Côte d'Ivoire : Filière anacarde, la BNI débloque un nouveau mécanisme de financement pour faire émerger des champions nationaux du cajou
La Banque Nationale d’Investissement, le Conseil du Coton et de l’Anacarde et les transformateurs nationaux unissent leurs forces pour accélérer la transformation locale de la noix de cajou.
Une nouvelle impulsion est donnée à la transformation industrielle de l’anacarde en Côte d’Ivoire. La Banque Nationale d’Investissement (BNI), le Conseil du Coton et de l’Anacarde (CCA) et les organisations représentatives des transformateurs nationaux ont procédé, ce jeudi 11 juin 2026, à la signature d’une convention-cadre tripartite portant sur l’approvisionnement en noix brutes de cajou et le financement des unités locales de transformation.
La cérémonie s’est tenue au Centre Intégré de la BNI, à Cocody-Les Ambassades, en présence des responsables des entreprises de transformation, des dirigeants du Conseil du Coton et de l’Anacarde, des représentants de la BNI ainsi que des organisations professionnelles du secteur.
À travers cet accord, les parties prenantes entendent lever l’un des principaux obstacles au développement des transformateurs nationaux : l’accès à la matière première et aux financements nécessaires à leurs activités.
Ouvrant la série des allocutions, le Directeur général de la BNI, Youssouf Fadiga, a souligné la portée stratégique de cette convention pour l’économie nationale.
Selon lui, l’initiative s’inscrit dans la volonté des pouvoirs publics d’accélérer la transformation locale des produits agricoles et de renforcer la création de valeur sur le territoire national.
« Cette cérémonie traduit la volonté commune de nos institutions de soutenir durablement la transformation locale de l’anacarde, un secteur stratégique pour notre économie, créateur de valeur ajoutée, d’emplois et de revenus pour nos populations », a déclaré le dirigeant de la banque publique.
Le Directeur général de la BNI a rappelé que la Côte d’Ivoire est aujourd’hui le premier producteur mondial de noix brutes de cajou, grâce aux efforts conjugués de l’État et des différents acteurs de la filière.
Il a également salué les progrès réalisés depuis la mise en place du programme de financement des transformateurs nationaux lors de la campagne 2022.
« Les résultats enregistrés au cours des campagnes précédentes démontrent la pertinence de cette initiative. Le volume de noix brutes transformées localement a connu une progression significative depuis le lancement du dispositif », a-t-il indiqué.
Dans le cadre du nouveau mécanisme, le Conseil du Coton et de l’Anacarde assurera une partie de l’approvisionnement en matière première tandis que la BNI financera les besoins complémentaires des transformateurs.
« La BNI apportera son expertise et ses capacités de financement afin de permettre aux transformateurs de couvrir les 80 % restants de leurs besoins en matières premières. Ce financement contribuera à renforcer leur trésorerie et à sécuriser leurs opérations d’approvisionnement », a expliqué Youssouf Fadiga.
Au-delà de l’aspect financier, la banque entend bâtir un partenariat durable avec les industriels du secteur.
« Chaque tonne de noix de cajou transformée localement génère davantage d’emplois, de revenus fiscaux, de savoir-faire industriel et de devises pour notre pays », a-t-il insisté.
Visiblement satisfait de l’aboutissement des négociations, le Directeur général du Conseil du Coton et de l’Anacarde, Mamadou Berté, a salué un mécanisme qu’il considère comme une avancée majeure pour les transformateurs nationaux.
« Obtenir ce financement représentait un véritable défi. Aujourd’hui, nous sommes heureux de voir se concrétiser plusieurs mois de travail et d’échanges entre les différents partenaires », a-t-il déclaré.
Le responsable du régulateur de la filière a rappelé les performances actuelles du secteur de l’anacarde.
« La Côte d’Ivoire produit aujourd’hui près de 1,5 million de tonnes de noix de cajou. Sur ce volume, environ 700 000 tonnes sont transformées localement », a-t-il indiqué.
Toutefois, il a relevé que la transformation reste encore largement dominée par les multinationales.
« Près de 75 % des quantités transformées sont réalisées par des groupes internationaux, contre seulement 25 % pour les transformateurs nationaux », a précisé Mamadou Berté.
Pour le Conseil du Coton et de l’Anacarde, l’enjeu est désormais d’accroître progressivement la part des opérateurs ivoiriens.
« Notre objectif est d’amener les transformateurs nationaux à représenter au moins 30 % de la transformation locale. Cela constitue un enjeu stratégique pour la pérennité de notre industrie », a-t-il affirmé.
Le Directeur général du CCA a souligné que les entreprises ivoiriennes ont démontré leur résilience malgré les difficultés rencontrées ces dernières années.
« Les nationaux ont connu des périodes difficiles, mais ils ont su remonter la pente grâce à leur professionnalisme et à leur détermination », a-t-il estimé.
Il a également tenu à saluer l’engagement de la BNI.
« Je me suis souvent interrogé sur les réticences de certaines banques commerciales à financer les entreprises de transformation de l’anacarde. La BNI a compris les réalités de notre secteur et a accepté d’apporter une solution adaptée à nos besoins », a-t-il déclaré.
Prenant la parole au nom des transformateurs, le président du Groupement des Transformateurs de Côte d’Ivoire (GTCI), Kouadio Denis, a qualifié la convention de tournant historique pour les industriels nationaux.
« Cette convention constitue bien plus qu’un simple accord. Elle est l’expression d’une vision commune visant à renforcer la transformation locale, créer davantage de valeur ajoutée, générer des emplois durables et accroître la compétitivité de notre industrie nationale », a-t-il déclaré.
Selon lui, les transformateurs nationaux ont longtemps souffert d’un accès limité à la matière première et aux financements bancaires, alors même que l’État ambitionne de porter le taux de transformation locale à 50 %.
« Les transformateurs nationaux étaient confrontés à une concurrence extrêmement forte des multinationales et éprouvaient d’importantes difficultés pour accéder aux noix brutes ainsi qu’aux financements nécessaires à leurs activités », a-t-il rappelé.
Kouadio Denis a révélé que cette convention est le résultat de plusieurs années de concertation entre les différents acteurs.
« Après de nombreuses réunions, des nuits blanches, des appels tardifs et des week-ends de travail, notre projet commun est enfin devenu réalité », s’est-il réjoui.
Le président du GTCI a expliqué que le dispositif permettra au CCA de garantir 20 % des besoins des transformateurs nationaux en noix brutes, tandis que la BNI financera les 80 % restants ainsi que les opérations de transformation.
Pour les bénéficiaires, cette convention représente une opportunité majeure de renforcer leurs capacités de production, moderniser leurs équipements et conquérir de nouveaux marchés.
« Nous prenons l’engagement de faire un usage responsable et efficace des opportunités offertes par ce partenariat. Notre ambition est de contribuer pleinement à la réussite de la stratégie nationale de transformation de l’anacarde », a-t-il assuré.
Au-delà des financements mobilisés, cette convention-cadre traduit la volonté des autorités ivoiriennes de favoriser l’émergence d’un tissu industriel national capable de rivaliser avec les grands groupes internationaux présents dans la filière.
Pour les signataires, l’avenir de l’anacarde ivoirien passe désormais par une transformation accrue sur le territoire national, créatrice d’emplois, de richesse et de souveraineté économique.
La réussite de ce partenariat pourrait ainsi constituer une étape décisive dans l’atteinte des objectifs nationaux de transformation locale et renforcer davantage la position de la Côte d’Ivoire comme leader mondial de l’industrie de l’anacarde.
Wassimagnon
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