Côte d'Ivoire : Affaire deguerpissement de Koumassi-Campement, la HABG ouvre le dossier sensible des 34 hectares et promet toute la lumière
Épiphane Zoro (Ph Koaci)
L’affaire du déguerpissement du quartier Campement à Koumassi prend une nouvelle tournure. Alors que la destruction de nombreuses habitations et commerces continue de susciter de vives réactions au sein de l’opinion publique, la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG) a décidé de s’emparer du dossier. Dans une déclaration officielle rendue publique ce jeudi 18 juin 2026 au siége de l'Instition, à Abidjan, son président, Zoro Bi Ballo, annonce l’ouverture d’une phase de vérifications préliminaires destinée à établir les faits et à déterminer d’éventuelles responsabilités.
Une opération entourée de nombreuses zones d’ombre. Au cœur de la controverse figure une vaste parcelle de près de 34 hectares revendiquée par Alloui Brou Jacques, ancien troisième adjoint au maire de Koumassi chargé du domaine entre 1988 et 2000.
Selon les éléments rappelés par la HABG, l’intéressé affirme être propriétaire du terrain et avoir agi sur la base de titres fonciers et de décisions judiciaires. Pourtant, un communiqué du Procureur de la République publié le 10 juin dernier est venu jeter le doute sur cette version.
« Les informations communiquées par le Procureur de la République indiquent que la décision judiciaire invoquée n’autorisait aucune démolition de constructions », souligne la HABG dans son analyse préliminaire.
Cette contradiction nourrit aujourd’hui de nombreuses interrogations sur les fondements juridiques réels de l’opération menée le 3 juin dernier.
Pour l’institution chargée de promouvoir la transparence et l’intégrité dans la gestion publique, l’une des principales préoccupations concerne les conditions d’acquisition du terrain.
Comment un élu local chargé du domaine communal a-t-il pu devenir propriétaire d’une superficie représentant près de 4 % du territoire de la commune de Koumassi ?
C’est précisément à cette question que la HABG entend répondre à travers une collecte approfondie de documents fonciers, cadastraux et administratifs.
« Cette démarche vise à établir la traçabilité complète du foncier concerné et à apprécier la régularité des conditions d’acquisition au regard des fonctions publiques exercées », indique le rapport.
Au-delà du foncier, les travaux de remblayage et les opérations de démolition feront également l’objet d’un examen minutieux.
La HABG veut notamment vérifier l’existence d’éventuelles autorisations administratives, d’études d’impact environnemental et de décisions judiciaires pouvant justifier les interventions observées sur le site.
L’institution entend aussi identifier les autorités administratives, judiciaires et techniques ayant participé ou contribué à l’exécution des opérations.
Sans conclure à ce stade à l’existence de fautes ou d’infractions, la HABG estime néanmoins que les circonstances entourant cette affaire justifient des investigations approfondies.
« Les éléments actuellement disponibles ne permettent ni d’établir la régularité des droits revendiqués ni de conclure à l’existence d’irrégularités », précise la déclaration.
Toutefois, les vérifications engagées pourraient déboucher sur l’ouverture d’une enquête formelle si des indices d’abus de fonction, de conflit d’intérêts, de prise illégale d’intérêts ou de corruption venaient à être établis.
Par cette initiative, la HABG envoie un signal fort : dans une Côte d’Ivoire engagée dans la promotion de la bonne gouvernance, les opérations foncières impliquant des personnalités publiques ne sauraient échapper aux exigences de transparence, de redevabilité et de respect de la loi.
Jean Chresus, Abidjan
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
