Cameroun : 1,1 milliard de tonnes de bauxite de Minim-Martap, le Cameroun à l'heure de sa révolution minière
L'arrivée ce lundi des premières locomotives diesel commandées par Camalco marque un tournant concret dans l'histoire minière du Cameroun. Derrière ces machines venues de Chine se joue en réalité un choix de civilisation économique : exporter la bauxite brute pour des recettes immédiates, ou transformer sur place le minerai pour construire une industrie durable. Le Cameroun a les cartes en main — et la pression du temps.
Géant endormi qui s'éveille enfin?
Dans la région de l'Adamaoua, à plusieurs centaines de kilomètres de Douala, repose l'un des secrets les mieux gardés de l'Afrique subsaharienne. Le gisement de Minim-Martap renferme 1,1 milliard de tonnes de bauxite, dont 144 millions de tonnes de réserves immédiatement exploitables. Ce n'est pas un gisement ordinaire : avec une teneur en alumine d'environ 51 % et un taux de silice remarquablement bas de 2 %, le minerai camerounais figure parmi les plus purs au monde. Les raffineurs internationaux, toujours en quête de matière première de qualité, le savent déjà.
Officiellement lancé en juillet 2025 par Camalco — filiale locale de l'australien Canyon Resources —, le projet entre aujourd'hui dans sa phase opérationnelle visible. Les premières locomotives diesel, sur les 22 commandées auprès du constructeur chinois CRRC Ziyang Co. Ltd., ont touché le sol camerounais. Les 560 premiers wagons ouverts commandés à l'indien Texmaco Rail & Engineering Limited sont attendus au port de Douala en juillet 2026, avec une option pour 1 040 wagons supplémentaires dans les cinq années suivantes.
252 milliards FCFA sur les rails
Déplacer des millions de tonnes de minerai depuis le plateau de l'Adamaoua jusqu'au littoral atlantique ne s'improvise pas. L'investissement total prévu pour le matériel roulant, les infrastructures ferroviaires et les installations portuaires atteint 252,6 milliards de FCFA. Un chiffre qui montre l'ampleur industrielle du pari camerounais.
Pour sécuriser durablement ce corridor logistique vital, Canyon Resources a franchi une étape stratégique en montant à hauteur de 26,9 % dans le capital de Camrail, le concessionnaire du réseau ferré national. Sur le terrain, les chantiers avancent : la pose des rails a débuté sur le site minier, et les terrassements au port de Douala battent leur plein.
Chiffres clés du projet
• 1,1 milliard de tonnes — Ressources globales estimées du gisement
• 144 millions de tonnes — Réserves immédiatement exploitables
• 51 % — Teneur en alumine (qualité rare sur les marchés mondiaux)
• 2 % — Taux de silice (très bas, très recherché)
• 252,6 milliards FCFA — Investissement total infrastructures + matériel
• 22 locomotives diesel commandées à CRRC Ziyang (Chine)
• 560 wagons initiaux commandés à Texmaco (Inde) + option 1 040 supplémentaires
• 26,9 % — Part de Canyon Resources dans le capital de Camrail
• Fin 2026 — Date cible pour les premières exportations maritimes
• 20 ans — Durée prévue de l'exploitation industrielle
Défi
Le calendrier est serré, mais l'ambition est assumée : les premières exportations de bauxite brute sont programmées pour fin 2026. Pour que le premier navire commercial quitte Douala, trois conditions devront être réunies simultanément : la livraison sans retard du matériel roulant chinois et indien, la finalisation des infrastructures à la mine et au port, et la constitution de stocks suffisants tout au long de la chaîne logistique.
Chaque maillon compte. Un retard dans la livraison des wagons indiens, une intempérie sur le chantier portuaire de Douala, un accroc sur la voie ferrée en cours de pose : autant d'aléas qui pourraient décaler l'échéance. C'est le prix d'un projet qui se construit en temps réel, sous l'œil attentif des partenaires financiers, des gouvernements et des populations de l'Adamaoua.
Qui transforme quoi ?
L'exportation de bauxite brute représente une victoire économique immédiate pour les recettes de l'État et les emplois locaux générés autour du chantier. Mais les économistes et les décideurs le savent : vendre une matière première brute, c'est laisser à d'autres la part la plus lucrative de la chaîne de valeur.
Le Cameroun n'est pas démuni face à ce défi. Il dispose d'un atout industriel rare sur le continent : l'usine Alucam à Edéa, qui transforme de l'alumine en aluminium — mais qui importe aujourd'hui encore ses matières premières de l'étranger. Connecter à terme la bauxite de Minim-Martap à Alucam, en s'appuyant sur l'énergie du nouveau barrage de Nachtigal, ouvrirait la voie à un aluminium véritablement "Made in Cameroon" — du minerai jusqu'au lingot.
Ce scénario n'est pas une utopie. Il est inscrit dans les projections du projet : une partie du minerai sera traitée localement pour alimenter Alucam. Mais la proportion, et surtout le calendrier de cette montée en puissance industrielle, restent à définir. C'est là que se joue l'ambition réelle du Cameroun : rester un exportateur de terre rouge, ou devenir un producteur d'aluminium africain.
Les rails ne suffisent pas
L'arrivée des premières locomotives de Camalco est un signal fort. Elle prouve que le projet avance, que les engagements sont tenus, que le chronogramme est respecté. Pour les populations de l'Adamaoua qui attendent des milliers d'emplois directs et indirects, c'est une promesse qui se matérialise enfin.
Mais la réussite du projet Minim-Martap ne se mesurera pas seulement à la régularité des convois de minerai vers Douala. Elle se mesurera aussi à la capacité du Cameroun à transformer progressivement son sous-sol en industrie nationale pérenne. Les locomotives sont là. Maintenant, il faut construire la vision.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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