Cameroun : Procès Martinez Zogo, la bataille des téléphones rebat les cartes, Modeste Mopa dans le viseur, Amougou Belinga gagne du terrain
L'audience du 22 juin 2026 devant le Tribunal militaire de Yaoundé restera comme l'un des moments les plus importants du procès Martinez Zogo. Loin des déclarations spectaculaires et des affrontements médiatiques, les débats se sont concentrés sur les expertises numériques, les données téléphoniques et les messages supprimés. Une évolution qui pourrait peser lourd dans la manifestation de la vérité.
Au cœur de cette journée, la réaudition du Pr Bell Bidjocka, expert en analyse numérique. Son témoignage a permis de mettre en exergue plusieurs éléments. D'abord, l'expert a confirmé que des échanges entre Justin Ndanwé et plusieurs protagonistes du dossier avaient été supprimés. Il a notamment indiqué que des conversations entre Justin Ndanwé et Jean-Pierre Amougou Belinga, mais aussi entre Justin Ndanwé et Modeste Mopa, n'étaient plus disponibles dans les données analysées.
Toutefois, l'expert a également été catégorique sur un point : les éléments techniques exploités ne permettent pas d'établir une implication directe de Jean-Pierre Amougou Belinga dans l'enlèvement ou l'assassinat de Martinez Zogo. Interrogé sur d'éventuels échanges relatifs à l'affaire, il a déclaré n'avoir retrouvé aucun message mettant directement en cause l'homme d'affaires. Les messages supprimés récupérés et analysés n'ont révélé aucun contenu incriminant selon les conclusions présentées au tribunal.
À l'inverse, plusieurs observateurs ont relevé que les échanges effacés entre Justin Ndanwé et Modeste Mopa continuent de susciter des interrogations. Le nom de l'ancien directeur général des Impôts revient régulièrement dans les débats. Les experts ont confirmé l'existence de communications entre les deux hommes concernant l'affaire Martinez Zogo. De plus, certains échanges auraient été supprimés et demeurent à ce jour, inaccessibles aux enquêteurs.
Cette situation nourrit les questionnements sur le rôle exact de Modeste Mopa dans cette affaire. D'autant que son départ du Cameroun au lendemain de l'éclatement du scandale continue d'alimenter les spéculations, même si aucune juridiction ne l'a à ce jour formellement mis en cause.
Sur le plan procédural, le tribunal a également envoyé un signal fort. La demande d'expertise complémentaire formulée par la partie civile a été rejetée. Les juges ont estimé cette requête tardive et ont choisi de poursuivre les débats sur la base des éléments déjà versés au dossier.
Autre moment de tension : l'incident autour de l'« Annexe 1 ». Des divergences constatées entre plusieurs copies d'un rapport ont provoqué un vif affrontement entre avocats. Face à une situation devenue explosive, le président du tribunal a dû suspendre l'audience afin de permettre une harmonisation des documents et de restaurer la sérénité des débats.
L'interrogatoire du Dr Olumou Jean-Pierre, expert en cybercriminalité, a ensuite apporté de nouveaux éléments. Selon ses constatations, les téléphones saisis chez Jean-Pierre Amougou Belinga et Bruno Bidjang n'ont révélé aucun lien direct avec l'affaire. Il a par ailleurs affirmé que les appareils attribués à Justin Ndanwé avaient subi des modifications techniques les rendant difficilement exploitables.
Au terme de la journée du 22 juin, une conclusion s'impose : le procès entre dans sa phase la plus technique. Désormais, ce sont moins les déclarations que les données numériques, les expertises et les incohérences documentaires qui orientent les débats. Les regards se tournent désormais vers les communications supprimées, les téléphones non exploités et les zones d'ombre qui persistent autour de certains acteurs du dossier.
Pour Jean-Pierre Amougou Belinga, l'audience du 22 juin apparaît comme une étape favorable, aucun élément nouveau n'étant venu renforcer les accusations à son encontre. Pour Modeste Mopa, en revanche, les interrogations demeurent et pourraient prendre davantage d'importance au fur et à mesure que les experts poursuivront leurs démonstrations devant le tribunal.
La reprise de l'audience ce mardi à 10 heures est particulièrement attendue. Les débats devront d'abord clarifier les contradictions apparues autour de certaines pièces du dossier avant de poursuivre l'examen des preuves techniques qui constituent désormais le cœur du procès.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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