Côte d'Ivoire : Chefferie d'Anan, une affaire présumée d'escroquerie à plus de 150 millions FCFA secoue plusieurs villages Atchan
L'affaire chefferie d'Anan (Ph Koaci)
Derrière les querelles de succession qui agitent certaines chefferies Atchan depuis l'année 2022, se dessine aujourd’hui une affaire aux ramifications multiples.
Au cœur des accusations : l’ancien député de Touba, Dr Sako Mamadou, que plusieurs responsables coutumiers accusent d’avoir profité des crises de légitimité pour soutirer d’importantes sommes d’argent à des villages de la génération Tchagba.
Des allégations fermement rejetées par l’intéressé, tandis que la justice est désormais saisie.
Le litigieux dossier R25. Selon plusieurs sources proches du l'affaire, les faits remonteraient à 2022. À Anan, dans le département de Bingerville, deux factions se disputaient alors la légitimité de la chefferie. C’est dans ce contexte que Dr Sako Mamadou aurait été introduit auprès des autorités coutumières locales par un fils du village.
Les plaignants affirment que l’ancien parlementaire se serait présenté comme un intermédiaire disposant d’appuis au plus haut niveau de l’État afin de faciliter l’obtention d’un arrêté préfectoral. En contrepartie, il aurait exigé une commission globale de 150 millions de FCFA.
D’après les notables d’Anan, près de 125 millions de FCFA auraient effectivement été versés. Ces fonds auraient été présentés comme destinés à diverses démarches administratives, notamment auprès de l’autorité préfectorale.
L’affaire aurait pris une autre dimension lorsque des attestations de vente de terrains, évaluées à plusieurs centaines de millions de FCFA, auraient été signées par des responsables locaux.
Selon les accusations portées contre lui, Dr Sako Mamadou aurait également évoqué l’existence de ressources financières cachées estimées à plusieurs milliards de FCFA au profit du village, promettant d’en obtenir le déblocage contre une commission de 10 %.
« Nous avons découvert que plusieurs engagements avaient été pris sur la base de promesses qui ne se sont jamais concrétisées », affirme le chef actuel d’Anan, Aké Niaba Jean Chrisostome, qui dit agir pour la préservation du patrimoine foncier de sa communauté.
Président du comité de gestion foncière rurale d’Anan, Koutouan Koutouan Williams Harris, actuellement détenu depuis octobre 2025 selon ses proches, soutient avoir été victime de pressions après avoir refusé de nouvelles transactions foncières.
« Après avoir découvert ce que je considère comme des irrégularités, j’ai refusé d’endetter davantage le village. C’est à partir de ce moment que les tensions se sont accentuées », affirme-t-il.
Il soutient également que des alliances se seraient nouées entre certains opposants à la chefferie et l’ancien député pour faire pression sur les responsables favorables au chef Aké Niaba Jean Chrisostome.
Les dénonciations ne concernent pas uniquement Anan. Des villages tels qu’Adjamé-Bingerville, Bregbo, Abadjin-Doumé, Abouabou et Odouhin-Assandé sont également cités par certains plaignants comme ayant été approchés dans des circonstances similaires.
Face à l’ampleur des accusations, le dossier aurait été porté à l’attention du Premier ministre Robert Beugré Mambé, du gouverneur du District autonome d’Abidjan ainsi que du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le Général .
Contacté sur cette affaire, Dr Sako Mamadou rejette catégoriquement l’ensemble des accusations portées contre lui. L’ancien député nie toute escroquerie, tout faux et usage de faux ainsi que toute acquisition frauduleuse de terres.
Il rappelle que le dossier se trouve désormais entre les mains de la justice et indique réserver ses explications détaillées aux juridictions compétentes, en présence de son conseil.
Alors que les procédures judiciaires suivent leur cours, cette affaire met en lumière les fragilités qui entourent les conflits de succession au sein de certaines chefferies traditionnelles et les risques auxquels sont exposées les communautés confrontées à des crises de gouvernance locale.
Pour l’heure, nos équipes s’efforcent d’entrer en contact avec le présumé Dr Sako Mamadou afin de recueillir sa version des faits. Toutefois, au moment où nous mettons sous presse, nos différentes tentatives sont restées sans suite. Nous ne manquerons pas d’intégrer ses éventuelles observations dans un souci d’équilibre et de rigueur journalistique.
Jean Chresus, Abidjan
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