Côte d'Ivoire : Orpaillage illégal, Sangafowa-Coulibaly appelle les communautés du Woroba à rompre avec les réseaux clandestins
Après les districts des Savanes, des Lacs, ainsi que les régions de l'Agnéby-Tiassa et de La Mé, le gouvernement ivoirien poursuit sa vaste campagne nationale de sensibilisation contre l'orpaillage clandestin. En déplacement à Séguéla, le ministre des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, a lancé une nouvelle étape de cette tournée qui couvre les régions du Worodougou, du Béré et du Bafing, réunies au sein du district du Woroba.
À travers cette initiative, les autorités entendent renforcer l'implication des communautés locales dans la lutte contre l'exploitation illégale de l'or, tout en promouvant l'orpaillage artisanal légal comme un véritable levier de développement économique et social.
Le choix de Séguéla n'est pas fortuit. Selon le ministère des Mines, la seule région du Worodougou concentre près de 60 % des sites d'orpaillage clandestin recensés dans le district du Woroba. Cette activité, largement incontrôlée, entraîne une dégradation accélérée des terres agricoles, une pollution des cours d'eau par des produits chimiques, une montée de l'insécurité et prive l'État ainsi que les populations locales d'importantes retombées économiques.
Si les opérations de démantèlement des sites illégaux se poursuivent sous la conduite du Groupement spécial de lutte contre l'orpaillage illégal (GS-LOI) et de la Brigade de répression des infractions au Code minier (BRICM), le gouvernement mise désormais sur une approche complémentaire fondée sur la sensibilisation et l'adhésion des communautés.
Face aux chefs traditionnels, aux élus, aux autorités administratives, aux jeunes, aux femmes et aux organisations communautaires, Mamadou Sangafowa Coulibaly a délivré un message ferme. Il a appelé les populations à se désolidariser des réseaux qui organisent l'exploitation clandestine de l'or, rappelant que les principaux bénéficiaires de ce trafic se trouvent hors de Côte d'Ivoire.
Les chiffres présentés par le ministère sont éloquents : plus de 80 % des revenus issus de l'orpaillage illégal alimenteraient des filières de trafic basées à l'étranger. Les communautés locales n'en percevraient qu'environ 7 %, le reste étant capté par différents intermédiaires.
« Vous devez rompre avec les réseaux qui organisent l'exploitation illégale de l'or », a insisté le ministre, estimant que les populations supportent l'essentiel des conséquences environnementales et sociales sans bénéficier réellement des richesses extraites de leurs terres.
Les échanges avec les habitants ont mis en évidence une prise de conscience croissante des ravages causés par l'orpaillage clandestin.
« L'or est une bénédiction, mais son exploitation illégale est une malédiction », a résumé un participant.
Un autre a plaidé pour « un or qui construit plutôt qu'un or qui tue », dénonçant les effets dévastateurs de cette activité : destruction des terres agricoles, pollution des sols et des rivières, insécurité, prostitution, conflits fonciers et désorganisation du tissu social.
En réponse à ces préoccupations, le gouvernement encourage les populations à s'engager dans l'exploitation artisanale légale.
« Organisez-vous pour exploiter vous-mêmes vos terres. L'État est prêt à vous accompagner, à faciliter votre intégration dans un cadre formel qui protège vos intérêts, vous permet de récupérer les revenus qui vous échappent aujourd'hui et donne à l'État davantage de moyens pour investir dans vos communautés », a déclaré Mamadou Sangafowa Coulibaly.
Cette politique commence à produire des résultats. Plus de 800 autorisations d'exploitation artisanale ont été délivrées au cours des trois dernières années, soit davantage que pendant toute la décennie précédente.
L'ambition du gouvernement est désormais d'encourager les exploitants à se regrouper en coopératives afin de professionnaliser la filière, d'améliorer les conditions d'exploitation et de faire de l'orpaillage légal un véritable moteur du développement local.
La visite ministérielle a également été marquée par l'annonce de la relance de la filière diamant dans la région de Séguéla, autrefois principal bassin diamantifère du pays.
Le gouvernement travaille actuellement à la mise en place d'un partenariat avec le Botswana, premier producteur africain de diamants. Plusieurs missions d'experts botswanais ont déjà été effectuées afin d'évaluer le potentiel des gisements et d'identifier les perspectives de développement de cette industrie.
Au terme de cette étape de la tournée, le ministre a confié au corps préfectoral la mission de poursuivre les actions de sensibilisation dans les départements, les sous-préfectures et les villages les plus reculés.
L'objectif est d'ancrer durablement le message auprès des populations afin que la lutte contre l'orpaillage clandestin repose autant sur l'engagement des communautés que sur l'action des services de l'État.
Cette campagne s'inscrit dans la stratégie globale de transformation du secteur minier ivoirien. Alors que la production industrielle d'or continue de progresser grâce à l'entrée en exploitation de nouvelles mines, les autorités ambitionnent de faire de l'exploitation artisanale légale un secteur structuré, créateur de richesses pour les territoires et respectueux des exigences environnementales et sociales.
Wassimagnon
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