Cameroun ; « Seigneur, encore un effort », Patrick Mengue jugé pour une prière Facebook, le délibéré attendu le 13 juillet
Patrick Mengue (Ph)en détention pour un commentaire sur Facebook
Une phrase publiée sur Facebook. Onze mots. C'est tout ce qu'il a fallu pour envoyer Patrick Mengue, jeune internaute camerounais, derrière les barreaux de la prison de Kondengui. Après un marathon judiciaire de plusieurs semaines, le tribunal a mis l'affaire en délibéré. Verdict attendu le 13 juillet 2026.
Tout commence le 11 avril 2026, au lendemain de l'annonce du décès de l'ancien président du Sénat, Marcel Niat Njifenji. Sur sa page Facebook, Patrick Mengue écrit : « Seigneur tu te rapproches déjà de la cible encore un effort stp ». Pour les autorités, le sous-entendu est clair : le jeune homme prierait implicitement pour la mort du chef de l'État. Il est interpellé dans les jours suivants par la SEMIL, la sécurité militaire, et aussitôt écroué.
La défense, elle, y voit au pire une plaisanterie de mauvais goût, au mieux une prière personnelle sans rapport avec la politique. Elle rappelle d'ailleurs que Patrick Mengue avait posté le 11 février un message souhaitant « bonne fête à nous » sur la page officielle du président de la République — difficile d'y lire une hostilité déclarée.
Un dossier vide, un homme en prison
Ce qui frappe dans cette affaire, c'est l'inversion du processus judiciaire. L'arrestation est intervenue d'abord ; la recherche des preuves, ensuite. Lors de l'audience du 25 mai 2026, le ministère public a reconnu avoir saisi l'ANTIC — l'Agence nationale des technologies de l'information et de la communication — pour authentifier les pièces du dossier... après plusieurs semaines de détention. Son avocat, Maître Batam Nkolong, n'a pas manqué de le relever avec force : « On a arrêté mon client, on l'a jeté en prison, et c'est maintenant qu'on cherche désespérément les preuves pour l'accuser. »
La défense a également dénoncé des irrégularités graves dans la procédure : interpellation par un organe militaire normalement incompétent pour un civil, dix jours de disparition entre le 13 et le 23 avril sans présentation à un magistrat — au mépris du délai légal de 48 heures — et des allégations de sévices corporels. Autant d'éléments que la défense a qualifiés de « gangrène procédurale ».
Plaidoirie
Les débats au fond se sont tenus lors de la dernière audience. Patrick Mengue a choisi de prêter serment à la barre. Sa défense a articulé son argumentaire autour de deux axes : les vices de forme qui, selon elle, entachent l'ensemble de la procédure, et l'impossibilité juridique de qualifier la phrase incriminée d'outrage au chef de l'État.
« La loi pénale est d'interprétation stricte. Où est écrit le nom du Chef de l'État dans 'Seigneur, tu te rapproches de la cible' ? Nulle part », a plaidé Maître Batam Nkolong, avant de conclure : « Lorsqu'on prie à l'église de réveil en criant 'le feu, le feu !', les voisins ne portent pas plainte au motif que le feu les a brûlés. »
Une affaire symptomatique
Au-delà du cas individuel, l'affaire Patrick Mengue cristallise un débat plus large sur les libertés numériques au Cameroun. Pour une partie de l'opinion publique, elle illustre une dérive inquiétante : celle d'une justice instrumentalisée pour réduire au silence toute voix perçue comme dissidente, fût-elle exprimée par un simple commentaire sur les réseaux sociaux.
Le délibéré est attendu le 13 juillet 2026. Patrick Mengue, lui, attend toujours derrière les barreaux.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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