Côte d'Ivoire : Réforme électorale, Simone Gbagbo et ses alliés récusent la méthode réduisant les forces politiques à de simples destinataires d'une information déjà arrêtée
Simone Gbagbo ce lundi à Abidjan (DR)
Simone Gbagbo et ses alliés initiateurs et signataires du projet de proposition de loi organique portant création d'un Haut Conseil électoral (HCE) ont réagi, ce lundi 29 juin 2026, à Abidjan, aux récentes propositions du Premier Ministre, Robert Beugré Mambé, concernant l’architecture de la nouvelle reforme électorale.
Face à la presse et au nom de ses mandataires, l’ex-Première dame de Côte d’Ivoire, a pris acte de cette communication avec tout le respect dû aux institutions de la République, et a relevé avec satisfaction que le Premier ministre a placé son intervention sous le signe de principes auxquels son camp adhère pleinement, c’est-à-dire, la souveraineté du peuple, la légitimité des institutions, la confiance des citoyens, la transparence et le dialogue, avant de souligner.
« Ces principes constituent effectivement le socle de toute démocratie véritable. Mais précisément parce que nous partageons ces principes, nous constatons qu'ils n'ont malheureusement pas inspiré la méthode retenue par le Gouvernement. En effet, beaucoup d'acteurs politiques pensaient que la rencontre du 22 juin ouvrirait un véritable processus de concertation nationale, permettant à toutes les forces politiques, à la société civile et aux compétences nationales de contribuer à la définition du futur système électoral. Or, il est apparu que les principales orientations avaient déjà été arrêtées », a fait observer, la présidente du Mouvement ds Générations Capables (MGC), avant de poursuivre.
« Les analyses avaient été conduites, des experts avaient été mandatés, des missions d'étude avaient été effectuées à l'étranger et une nouvelle architecture institutionnelle avait déjà été élaborée. Le Premier ministre a lui-même précisé qu'il s'agissait d'« une séance d'information sur les grandes idées qui vont guider le nouveau cadre de gestion des élections .
Cette précision est essentielle. Elle signifie que les partis politiques n'ont pas été conviés à construire ensemble la réforme. Ils ont été appelés à prendre connaissance d'une réforme déjà conçue. Nous le disons avec gravité : une telle méthode n'est pas acceptable lorsqu'il s'agit de définir les règles du jeu démocratique. La réforme de la gouvernance électorale ne peut être le produit d'une démarche unilatérale. Elle doit être le fruit d'une concertation sincère, inclusive et transparente. Les règles appelées à garantir la paix ne sauraient être élaborées sans ceux qui auront à les appliquer et à s'y soumettre. Nous récusons donc fermement cette méthode qui réduit les forces politiques à de simples destinataires d'une information déjà arrêtée. Une réforme aussi fondamentale mérite un véritable dialogue national et non une simple séance d'information unilatérale. »
Au-delà de la méthode, la position de Simone Gbagbo et ses alliés sur le fond est claire. Ils insistent sur la nécessité de la création d'un véritable organe électoral indépendant, totalement soustrait à toute influence gouvernementale et à toute emprise partisane.
« Cet organe devra exclure rigoureusement, de sa composition, tout représentant du Gouvernement ainsi que tout membre de parti politique. L'institution que nous proposons est un véritable organe politico-technique chargé du management global du processus électoral et investi de la responsabilité exclusive de l'organisation matérielle des élections dans toutes ses étapes », font-ils savoir.
Selon les politiques et les personnalités politiques et les organisations de la société civile, issus de cette de l’opposition, pour accomplir efficacement cette mission, cet organe devra pouvoir mobiliser l'ensemble des compétences de l’État, juridiques, administratives, techniques et sécuritaires, tout en bénéficiant des ressources financières publiques nécessaires à l'exercice de ses attributions.
« Si une structure distincte de contrôle, de suivi ou d'observation devait être instituée et ouverte aux partis politiques ainsi qu'aux organisations de la société civile, nous n'y serions favorables qu'à une condition absolue : qu'aucune de ces organisations ne participe, directement ou indirectement, à la préparation, à l'organisation ou à la conduite des scrutins. Leur mission devrait être exclusivement limitée à l'observation et au contrôle du processus électoral », a proposé Simone Gbagbo, avant de lancer un appel.
« Nous lançons un appel solennel au Gouvernement afin qu'il renonce à toute démarche unilatérale et engage sans délai une véritable concertation nationale sur la réforme de la gouvernance électorale. Notre pays a trop souffert des crises électorales pour que les règles destinées à les prévenir soient élaborées sans un large consensus. La Côte d'Ivoire dispose de toutes les compétences nécessaires pour bâtir une institution électorale indépendante, impartiale et crédible, capable de restaurer durablement la confiance des citoyens dans les élections », a-t-elle conclu.
Donatien Kautcha, Abidjan
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