Cameroun : Les deux principaux chefs de l'armée totalisent 160 ans
Le Général Claude Meka Chef d’État-Major (Ph)
Lundi 3 août, depuis Genève, Paul Biya a signé trois décrets qui ont rebattu les cartes de l’état-major. Parmi les mouvements, un choix saute aux yeux : l’âge des deux hommes qui tiennent désormais le sommet de la hiérarchie militaire.
Avec 87 ans pour le Général de corps d'armée René Claude Meka Chef d’État-Major des Armées, et 73 ans pour le Général de division Hippolyte Ebaka, nouveau Major Général des Armées, les deux principaux chefs de l’armée camerounaise totalisent à eux seuls 160 ans.
Le numéro 1 maintenu, le numéro 2 changé
Par le décret présidentiel, le Général Hippolyte Ebaka, 73 ans, originaire d’Enangana par Mbangassina dans le Mbam-et-Kim, région du Centre, est nommé Major Général des Armées. Il devient le numéro deux de l’institution et l’adjoint direct du Chef d'État Major des armées (Cema). Il remplace à ce poste le Général Tchemo Hector Marie. Le Cadet de 4 ans, du Chef d'État major est admis en deuxième section dans le jargon militaire cela signifie la retraite.
Dans le même mouvement, tous les chefs d’état-major des différents corps ont été changés. Tous, sauf un : le Général René Claude Meka. À 87 ans, et malgré une indisponibilité de plusieurs mois qui alimente les spéculations, il est maintenu à la tête de l’armée.
Le paradoxe est là : le plus jeune des deux, le numéro deux, est remplacé. Le plus âgé, le numéro un, reste.
Entre continuité et interrogations
Ce maintien a une portée institutionnelle forte. Le CEMA est l’un des hommes de confiance du président Paul Biya, 93 ans et 43 ans au pouvoir. Le garder en poste en pleine réorganisation, alors même que le président est hors du pays depuis 59 jours, envoie un signal de stabilité.
Mais il pose aussi la question de la continuité opérationnelle et du renouvellement générationnel. Comment assurer l’efficacité et l’anticipation dans un secteur aussi sensible avec deux généraux dont l’âge cumulé dépasse un siècle et demi ?
La question du vice-président
Ce remaniement intervient dans un contexte politique particulier. Selon la nouvelle loi, seuls le président et le vice-président qu’il nomme peuvent saisir le Conseil Constitutionnel en cas de vacance du pouvoir pour décès, incapacité ou démission. Or, il n’existe aujourd’hui aucun vice-président.
Concrètement, seul Paul Biya peut saisir le CC sur sa propre vacance. Le futur vice-président qu’il nommera sera donc celui qui aura la prérogative de constater la vacance. Les analystes y voient l’une des clés de la période à venir : c’est un cas unique où le président nomme celui qui pourra, constitutionnellement, constater la fin de son mandat.
Dans cette lecture, les nominations de ce lundi, et notamment l’arrivée du Général Ebaka aux côtés du Général Meka, apparaissent comme les prémices de cette étape. Elles dessinent l’architecture du commandement qui accompagnera la nomination du futur vice-président, et donc la fin effective du règne du président Biya.
Avec 160 ans à eux deux, Meka et Ebaka incarnent à la fois la continuité choisie par le président et les grandes questions que le Cameroun devra trancher dans les mois qui viennent : renouvellement, sécurité et transition.
La suite dira si ce duo d’expérience est un pont vers l’avenir, ou le dernier verrou d’un système.
-Armand Ougock, correspondant permanent de koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de koaci au WhatsApp 237 691154277 ou cameroun@koaci.com
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