Côte d'Ivoire : A Yopougon, un plaidoyer fort pour faire de l'éducation des filles le moteur du développement national
Réunis à la Mairie de Yopougon dans le cadre de la Semaine Nationale des Femmes Bâtisseuses de Côte d'Ivoire, des responsables institutionnels, universitaires, juristes et acteurs du secteur privé ont appelé à faire de l'éducation des filles une priorité stratégique. Au-delà de l'accès à l'école, les échanges ont mis l'accent sur l'excellence, la formation qualifiante, l'autonomisation économique et la lutte contre les stéréotypes de genre.
L'avenir de la Côte d'Ivoire passe aussi par celui de ses filles. C'est le message fort porté lors du panel consacré à l'éducation des filles, organisé au deuxième jour du Colloque national de la Semaine Nationale des Femmes Bâtisseuses de Côte d'Ivoire.
Placée sous le thème « Éduquer les filles, élever la nation : de la parité scolaire à l'excellence », cette rencontre, présidée par le Comité d'organisation dirigé par Rebecca Yao, Présidente de l'ONG Femmes Ivoiriennes en Politique (FIP), a réuni des personnalités du monde politique, universitaire, juridique et économique autour d'un même objectif : faire de l'éducation des filles un levier majeur de développement national.
Les intervenantes ont salué les avancées réalisées ces dernières années en matière d'accès des filles à l'éducation. Selon les données présentées au cours des échanges, plus de 90 % des filles en âge scolaire sont aujourd'hui scolarisées et la parité est presque atteinte dans l'enseignement secondaire général ainsi que dans l'enseignement technique et professionnel.
Les panélistes ont également souligné que, lorsqu'elles bénéficient des mêmes conditions d'apprentissage, les filles obtiennent généralement de meilleurs résultats scolaires que les garçons.
Parmi les progrès enregistrés figurent également la reconnaissance des certificats de qualification professionnelle, la mise en place d'infrastructures sanitaires adaptées dans les établissements scolaires pour favoriser le maintien des jeunes filles pendant leurs périodes menstruelles, ainsi que les dispositifs permettant aux élèves enceintes ou devenues mères de poursuivre leurs études.
Pour les participantes, ces acquis doivent désormais être consolidés en orientant davantage les politiques publiques vers le développement des compétences, le leadership féminin et l'excellence académique.
L'un des principaux constats du panel concerne la persistance des stéréotypes qui influencent encore l'orientation scolaire des jeunes filles.
Celles-ci restent majoritairement dirigées vers des métiers traditionnellement féminins comme la couture, la coiffure ou l'esthétique, tandis que les secteurs industriels, techniques ou mécaniques demeurent largement masculinisés.
La Professeure Joséphine Guidy Wandja, première femme agrégée de mathématiques d'Afrique subsaharienne, a invité les familles, les enseignants et les décideurs à encourager très tôt les filles à s'intéresser aux sciences, aux technologies et à la recherche.
Selon elle, le mentorat constitue un puissant levier pour susciter des vocations et permettre aux jeunes filles de s'identifier à des modèles de réussite capables de les inspirer à intégrer les filières scientifiques et techniques.
Les échanges ont également porté sur la formation professionnelle comme outil d'insertion économique.
Karitia Coulibaly, Directrice Générale de l'AGEFOP, a plaidé pour une meilleure adéquation entre les formations proposées et les besoins du marché du travail. Elle a également insisté sur la nécessité de valoriser les métiers techniques et les formations qualifiantes, souvent perçus à tort comme des parcours de second choix.
Le témoignage de Marianne Mouran est venu illustrer cette dynamique. Après avoir quitté l'école et travaillé comme employée de maison, elle s'est formée à la peinture en bâtiment avant de créer sa propre activité, devenue aujourd'hui source d'emplois pour plusieurs personnes.
Pour les participantes, l'éducation constitue la première étape vers l'indépendance financière des femmes.
Dans cette perspective, Mme Solange Amichia, Directrice Générale du CEPICI, a présenté le Guichet « Investir au Féminin », un dispositif destiné à accompagner les femmes entrepreneures dans des secteurs stratégiques tels que l'industrie, la construction, les mines, la logistique, le numérique ou encore les industries créatives.
Les discussions ont toutefois rappelé que les femmes continuent de faire face à de nombreux obstacles, notamment les difficultés d'accès au financement, aux marchés et à l'information, auxquelles s'ajoute le poids du secteur informel.
Pour les panélistes, l'investissement dans l'éducation des filles doit naturellement conduire à leur insertion professionnelle, puis à leur autonomisation économique.
La dimension juridique a également occupé une place importante au cours des débats.
Mme Virginie Gouekpo, Présidente de l'Association des Femmes Juristes de Côte d'Ivoire (AFJCI), a rappelé que le pays dispose d'un arsenal juridique important en faveur de la protection des femmes et des filles. Elle a toutefois regretté que ces textes restent encore insuffisamment connus du grand public.
Elle a présenté les cliniques juridiques de l'AFJCI, implantées notamment à Cocody, au Plateau, à Yopougon-Songon et à Niangon, qui accompagnent gratuitement les victimes de violences, de harcèlement ou de conflits familiaux.
Les participantes ont également dénoncé la persistance des violences basées sur le genre, des mariages précoces, des grossesses en milieu scolaire et des discriminations qui continuent de compromettre le parcours éducatif de nombreuses jeunes filles.
Au-delà des politiques publiques, les panélistes ont insisté sur le rôle fondamental de la cellule familiale.
Mme Yao Madeleine a rappelé que les valeurs de probité, de responsabilité, d'intégrité, de persévérance et de courage s'acquièrent d'abord au sein de la famille. Elle a appelé les parents à déconstruire les préjugés liés au genre et à encourager leurs filles à développer leur autonomie, leur confiance en elles et leur esprit d'initiative.
Au terme des échanges, plusieurs recommandations ont été formulées, parmi lesquelles le renforcement des partenariats entre les entreprises et les structures de formation, le développement du mentorat, une meilleure identification des besoins de formation dans les collectivités territoriales ainsi qu'une plus grande articulation entre enseignement supérieur, formation professionnelle et marché de l'emploi.
Une conviction a dominé l'ensemble des interventions : l'éducation des filles ne doit plus être considérée uniquement comme une exigence d'équité sociale, mais comme une véritable stratégie de développement économique et humain.
En investissant dans les compétences, le leadership et l'entrepreneuriat féminin, la Côte d'Ivoire se donne les moyens de mobiliser tout le potentiel de sa population pour construire une croissance plus inclusive et durable.
À travers ce panel, la Semaine Nationale des Femmes Bâtisseuses de Côte d'Ivoire a ainsi réaffirmé une certitude : éduquer une fille, c'est renforcer une famille, dynamiser une économie et préparer l'avenir de toute une nation.
Wassimagnon
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