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Cameroun : Accusé de tentative de coup d'Etat, Sani Mouhamadou contre-attaque, la DGRE de l'ex-directeur Eko Eko dément à son tour
 

Cameroun : Accusé de tentative de coup d'Etat, Sani Mouhamadou contre-attaque, la DGRE de l'ex-directeur Eko Eko dément à son tour

 
 
 
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© Koaci.com - lundi 10 août 2026 - 07:14

Sani Mouhamadou (Ph)

Trois jours après la publication à Paris d'un communiqué dans lequel il tentait de rétablir sa version des faits, Sani Mouhamadou se retrouve confronté à un nouveau front judiciaire et médiatique. Cette fois, c'est le collectif d'avocats de Léopold Maxime Eko Eko, ancien directeur général de la Recherche extérieure (DGRE/contre-espionnage camerounais), qui monte au créneau pour contester point par point les affirmations de l'homme d'affaires.

Déclarations fracassantes  

Le feuilleton a débuté les 24 et 25 juillet 2026, lorsque le capitaine Donald Effoudou Awussi Kenneth Romuald, ancien chef du bureau des renseignements à l'état-major particulier de la présidence camerounaise, a rompu un silence de trois ans depuis son exil européen. Dans une interview accordée au journaliste Morgan Palmer pour l'émission « Masterclass », l'officier en fuite — visé par un mandat d'arrêt pour désertion — a livré une série d'accusations explosives visant notamment le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, qu'il présente comme le cerveau présumé d'un projet de coup d'État contre le président Paul Biya.

Dans ce récit, Effoudou affirme qu'en 2023 son service avait signalé à la présidence la présence, à proximité de la résidence présidentielle, d'un individu détenant des armes de guerre sophistiquées et se faisant passer pour un chef de bataillon. Cet homme, selon l'ex-capitaine, ne serait autre que Sani Mouhamadou, présenté comme un ancien légionnaire de l'armée française. Interpellé, celui-ci aurait ensuite été remis en liberté sous l'effet de pressions exercées, toujours selon Effoudou, par l'entourage de Ngoh Ngoh. Aucune de ces accusations n'a à ce jour été confirmée par une enquête judiciaire indépendante, et les personnes visées n'y avaient pas répondu publiquement avant le 5 août.

Sani Mouhamadou dénonce une « campagne de diffamation »

C'est dans ce contexte que Sani Mouhamadou, qui se présente comme haut-conseiller en stratégie de défense et de sécurité internationale, a choisi de sortir du silence qu'il disait avoir observé « durant plusieurs années » face à cette campagne. Dans un communiqué diffusé le 5 août depuis Paris, avec l'assistance de son avocate Me Emilie Sudre, il qualifie les accusations d'Effoudou de « totalement fausses » et annonce le dépôt de plaintes en diffamation publique devant les juridictions françaises, visant le capitaine Effoudou et le journaliste Morgan Palmer, ainsi qu'un troisième homme, JP Remy Ngono, poursuivi pour diffamation et cyberharcèlement.

Pour étayer sa défense, Sani Mouhamadou retrace un parcours qu'il décrit comme mis au service de l'État camerounais depuis 2013 : participation à des réunions du Conseil national de sécurité en 2015, mission confiée par la présidence en 2016 pour sélectionner le cabinet international chargé d'enquêter sur la catastrophe ferroviaire d'Eséka — mission qu'il dit avoir menée à titre gracieux, en reversant ses honoraires aux familles des victimes — puis sollicitations, selon lui, de plusieurs ministères et services, dont la DGRE en 2020 et le Bataillon d'intervention rapide.

Sur la question des armes, qui constitue le cœur des accusations d'Effoudou, il conteste fermement avoir détenu clandestinement des armes de guerre. Il affirme qu'il s'agissait d'un pistolet Glock 19 et d'un fusil de type civil LUVO AR-15 chambré en calibre .223 Remington, importés légalement et dédouanés conformément à la loi camerounaise de 2016 sur le régime des armes, qui distingue les armes de guerre des armes de défense personnelle. Il va plus loin en évoquant une possible manipulation des photographies diffusées sur les réseaux sociaux, affirmant que les munitions montrées sur les clichés — du calibre 5,56×45 mm OTAN — ne seraient techniquement pas compatibles avec l'arme qu'il dit posséder. Il mentionne enfin qu'une enquête administrative ordonnée par la présidence en 2023 n'aurait débouché sur aucun élément à charge, et qu'à l'issue d'une confrontation avec Effoudou, ce dernier n'aurait pu préciser les circonstances de la perquisition qu'il évoquait.

La DGRE d'Eko Eko dément toute sollicitation

La riposte n'a pas tardé côté DGRE. Le collectif d'avocats de Léopold Maxime Eko Eko, qui dirigeait le service à l'époque des faits évoqués, a publié le 9 août depuis Yaoundé une mise au point cinglante. Les avocats rejettent catégoriquement l'idée que la DGRE aurait sollicité Sani Mouhamadou en 2020, comme l'affirmait le communiqué parisien. Selon leur version, c'est au contraire l'intéressé qui aurait lui-même demandé et obtenu une audience, en se prévalant de recommandations qu'il attribuait à de hautes autorités de la présidence, pour proposer des services dans la surveillance aérienne, la surveillance électronique et la cyberdéfense.

Le collectif va plus loin en affirmant que Sani Mouhamadou n'aurait alors présenté aucun document officiel permettant de justifier son titre autoproclamé de « haut-conseiller en stratégie, défense et sécurité », ni de compétences techniques crédibles : les avocats évoquent une « compilation d'équipements commerciaux obsolètes » déjà écartés par les services techniques de la DGRE, ce qui aurait conduit à une rupture définitive de tout contact dès 2020. Ils insistent enfin sur l'absence de tout lien contractuel — ni appel d'offres, ni contrat, ni bon de commande — entre la DGRE et l'homme d'affaires, et se réservent le droit d'engager des poursuites en cas de nouvelles imputations jugées diffamatoires.

Bataille de communiqués, en attendant la justice

À ce stade, aucune des versions en présence — celle du capitaine Effoudou, celle de Sani Mouhamadou ou celle du collectif défendant Eko Eko — n'a été confirmée par une instruction judiciaire indépendante. L'affaire s'inscrit dans un climat plus large de tensions au sommet de l'État camerounais, sur fond d'absence prolongée du président Paul Biya des radars officiels et de guerre de succession supposée entre clans, qu'évoquent plusieurs médias camerounais depuis les révélations d'Effoudou fin juillet. Le capitaine en exil a par ailleurs promis de nouvelles révélations, notamment sur l'identité du présumé commanditaire de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo, tué en janvier 2023 — une annonce qui laisse présager de nouveaux rebondissements dans les semaines à venir.

Reste que le dossier a désormais quitté le seul terrain des vidéos YouTube et des communiqués pour s'installer, du côté de Sani Mouhamadou au moins, sur le terrain judiciaire français, où une plainte en diffamation doit être déposée contre ses accusateurs.

-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.

-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com



 
 
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