Côte d'Ivoire : Prise en charge des victimes des crises, la COVICI met en évidence des avancées significatives, mais alerte sur l'insuffisance du suivi à long terme
La prise en charge des victimes des crises en Côte d’Ivoire constitue un enjeu majeur de justice réparatrice, de cohésion sociale et de reconstruction du tissu communautaire. Dans ce cadre, la Coalition des organisations de victimes des crises en Côte d’Ivoire (COVICI) a réalisé un monitoring indépendant des interventions du Fonds au profit des victimes (FPV), afin d’évaluer leur impact sur les bénéficiaires et d’identifier les acquis ainsi que les difficultés persistantes.
Cette évaluation s’est appuyée sur une enquête quantitative menée auprès de 400 victimes, avec un taux de réponse de 93 %, ainsi que sur l’analyse de 13 incidents emblématiques ou critiques. Elle a porté notamment sur les différentes formes de réparation et d’assistance proposées aux victimes, à savoir l’accompagnement psychologique, la prise en charge médicale, l’appui matériel et économique ainsi que les initiatives mémorielles.
L’un des principaux enseignements du monitoring concerne l’importance de l’accompagnement psychologique dans le processus de reconstruction des victimes. À Abidjan, les thérapies communautaires, notamment les « rondes brésiliennes », ont permis d’offrir des espaces d’écoute, de dialogue et de partage à plusieurs milliers de personnes touchées par les crises.
Au total, 350 rondes ont été organisées à Abidjan, avec une moyenne d’une vingtaine de participants par séance, permettant ainsi à plus de 7 000 personnes de bénéficier de ces thérapies communautaires. Cette approche apparaît comme une réponse particulièrement pertinente aux traumatismes liés aux violences, dans la mesure où elle favorise non seulement l’expression de la souffrance individuelle, mais aussi la solidarité et la reconstruction des liens entre les membres des communautés.
L’appui économique constitue également un volet important de l’assistance apportée aux victimes. Dans l’ensemble des zones d’intervention, 702 bénéficiaires ont reçu un soutien destiné à la mise en place ou au développement d’activités génératrices de revenus (AGR), notamment dans les petits métiers et le commerce.
À Abidjan, l’évaluation s’est particulièrement intéressée à 283 bénéficiaires, dont 47 hommes et 236 femmes. Cet accompagnement économique a contribué à renforcer les capacités des victimes, à faire face aux difficultés matérielles et à retrouver progressivement une certaine autonomie.
Les initiatives mémorielles constituent, elles aussi, un acquis important. La réalisation de stèles et d’autres projets à caractère mémoriel a permis de préserver la mémoire des événements vécus et de rendre visibles les souffrances des victimes. Surtout, ces projets ont été conçus dans une logique inclusive, associant différentes communautés. Ils ont ainsi contribué à promouvoir le dialogue, la reconnaissance mutuelle et la cohésion sociale.
Malgré ces résultats encourageants, le monitoring de la COVICI met en évidence des insuffisances importantes, particulièrement en matière de suivi et d’évaluation des actions mises en œuvre.
La principale difficulté concerne le suivi des bénéficiaires après la fin des programmes d’assistance. Cette situation est particulièrement préoccupante dans le domaine économique. À la fin des interventions du FPV en Côte d’Ivoire, les acteurs communautaires ne disposent pas toujours des informations nécessaires pour déterminer si les activités génératrices de revenus mises en place sont toujours viables ou si certains bénéficiaires sont retombés dans leur situation de précarité initiale.
L’absence ou l’insuffisance d’un mécanisme de suivi à long terme limite ainsi la capacité à mesurer l’impact réel des interventions. Une activité peut être mise en place et fonctionner pendant la période d’accompagnement sans pour autant garantir une autonomie économique durable au bénéficiaire.
Cette situation souligne la nécessité de dépasser une logique d’assistance ponctuelle pour mettre en place un véritable accompagnement dans la durée. Le suivi post-intervention devrait notamment permettre de mesurer la pérennité des AGR, d’identifier les difficultés rencontrées par les bénéficiaires et, lorsque cela est nécessaire, de proposer des mesures correctives ou un accompagnement complémentaire.
Au regard de ces constats, la COVICI estime qu’il est essentiel de soutenir la recherche et la mise en place de mécanismes permettant de pérenniser les acquis de la prise en charge des victimes, notamment en matière de thérapie communautaire et d’assistance psychosociale.
Il apparaît également nécessaire d’encourager la recherche sur les questions liées à la justice réparatrice et à l’assistance aux victimes. Une meilleure connaissance des besoins des victimes et de l’efficacité des différents dispositifs permettrait d’améliorer les politiques et les programmes futurs.
Par ailleurs, le rôle des organisations de la société civile demeure déterminant. Même après l’achèvement du mandat du FPV en Côte d’Ivoire, ces organisations doivent pouvoir continuer à accompagner les victimes, à suivre leur situation et à servir d’interface entre elles et les institutions compétentes. Leur proximité avec les communautés constitue un atout essentiel pour assurer la continuité de l’accompagnement.
Le monitoring indépendant réalisé par la COVICI montre ainsi que les interventions du FPV ont produit des effets positifs sur de nombreuses victimes, particulièrement à travers les thérapies communautaires, les activités génératrices de revenus et les projets mémoriels. Ces actions ont contribué à répondre à des besoins psychologiques, sociaux et économiques tout en favorisant la reconstruction des liens communautaires.
Cependant, ces acquis restent fragiles en l’absence d’un mécanisme solide de suivi et d’évaluation à long terme. La véritable réussite de la réparation ne se mesure pas uniquement au nombre de bénéficiaires ou d’activités réalisées, mais également à la capacité des victimes à retrouver durablement leur dignité, leur autonomie et leur place au sein de la société.
Pour la COVICI, l’enjeu est donc désormais de consolider les acquis, de renforcer le suivi des bénéficiaires et de garantir la continuité de l’accompagnement. La pérennisation des thérapies communautaires, le suivi des activités économiques et le renforcement des organisations de la société civile constituent, à cet égard, des priorités pour inscrire la prise en charge des victimes dans une véritable dynamique de justice réparatrice et de réconciliation durable en Côte d’Ivoire.
Wassimagnon
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
