Côte d'Ivoire : Annonce d'une unité d'affinage, Don Mello : « A qui profite l'or ivoirien ? »
Le 16 septembre 2026, le Ministre des Mines Mamadou Sangafowa a clôturé une réunion consacrée à l'opérationnalisation de la Société Ivoirienne des Métaux Précieux (SIMEP).
La Côte d'Ivoire vient ainsi de franchir une étape décisive dans la structuration de sa filière aurifère. L'ambition affichée est noble : maîtriser l'ensemble de la chaîne de valeur, de la production à la commercialisation, et hisser le pays au rang de premier producteur africain d'or d'ici 2035.
Mais pour le politicien, Ahoua Don Mello, une question demeure : à qui profite l'or ivoirien ? Pourquoi l'État, qui dispose déjà d'une maîtrise avérée de la production aurifère avec la SODEMI, ne détient-il que 49% du capital de cette société stratégique, quand la participation nationale globale plafonne à 70%, avec une zone d'ombre persistante sur l'identité des autres détenteurs nationaux ?
Selon ce dernier, la logique souverainiste voudrait que l'État, garant de la souveraineté monétaire, soit l'unique détenteur du capital.
« Chaque franc généré par l'or doit servir en priorité à financer ce plan selon nos propres conditions, plutôt qu'à rémunérer des actionnaires extérieurs pour ensuite leur demander de financer notre développement selon les leurs. Cette logique était compréhensible en 1960 ; elle ne l'est plus en 2026 », relève-t-il dans une déclaration pondue sur le sujet.
Il a révélé que la production de l’or en Côte d’Ivoire, est officiellement passée de 10 tonnes en 2012 à près de 62 tonnes en 2025, et plus de 140 tonnes supplémentaires issues de l'orpaillage clandestin, et le pays disposerait des moyens de sa souveraineté économique et financière.
« Malheureusement, toute cette manne est concédée ou pillée sans un réel contrôle des quantités effectivement produites. Les 90% concédés dans les différents contrats de concession aurifère en Côte d'Ivoire, ainsi que les 30% de la SIMEP cédés aux partenaires techniques et financiers, auxquels s'ajoute le pillage lié à l'orpaillage clandestin, représentent une part considérable de la valeur ajoutée qui échappe mécaniquement au pays, sans raison pertinente. Les partenaires internationaux de la SIMEP : StoneX pour la commercialisation, AlphaStream pour la collecte, AVA pour la logistique, apportent une expertise qui peut pourrait être acquise par appel d'offres, sans nécessairement céder une part du capital », explique-t-il.
Pour Don Mello, la SODEMI, bras minier de l'État, a déjà démontré sa capacité à gérer des participations dans des sociétés d'exploration et d'exploitation.
Elle pourrait parfaitement assumer le rôle d'opérateur unique, avec un appui technique contractualisé.
« L'or est précisément la ressource qui pourrait permettre à l'État de réduire sa dépendance aux financements extérieurs et aux marchés financiers. Chaque once d'or affinée localement et vendue au prix du marché représente une recette nette pour le Trésor et la Banque centrale. En partageant le capital, l'État partage aussi cette ressource.
Le capital de la SIMEP est estimé à 5 milliards de francs CFA, une somme modique au regard des enjeux. L'État pourrait aisément la mobiliser via un emprunt sur le marché régional ou une dotation budgétaire, plutôt que de diluer sa propriété. Les marchés financiers régionaux seraient disposés à financer un projet aussi structurant.
La création d'un stock d'or pour le compte de l'État est d'ailleurs un objectif affiché de la SIMEP. Les 30% actuellement concédés pouvaient précisément alimenter ce stock.
La gouvernance actuelle du secteur de l'or constitue une occasion manquée de souveraineté économique, financière et monétaire à l'instar de la gouvernance des autres matières premières. Une loi sur la gouvernance des matières premières stratégiques est plus que jamais nécessaire », a conclu Ahoua Don Mello.
Donatien Kautcha, Abidjan
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