Côte d'Ivoire : Abidjan, femmes et jeunes au cœur d'une semaine régionale consacrée à la paix, à la sécurité et à la résilience économique
La Côte d’Ivoire accueille, du 28 septembre au 3 octobre 2026 à Abidjan, une Semaine régionale de haut niveau consacrée aux femmes, aux jeunes, à la paix, à la sécurité et à la résilience économique en Afrique de l’Ouest et au Sahel. La cérémonie d’ouverture s’est tenue ce lundi 28 septembre au siège de la Banque africaine de développement (BAD), au Plateau, autour du thème : « De la résilience économique à la consolidation durable de la paix et de la sécurité ».
Pendant plusieurs jours, responsables gouvernementaux, représentants des organisations régionales et internationales, acteurs de la société civile, femmes et jeunes venus de plusieurs pays de la région échangeront sur les moyens de renforcer leur participation aux processus de paix et de développement.
À l’ouverture des travaux, Me Geneviève Diallo Sissoko, présidente de la représentation du Groupe de Travail Femmes, Jeunes, Paix et Sécurité en Côte d’Ivoire et de REPSFECO-CI, a rappelé les origines de cette plateforme régionale. Elle a souligné que le groupe, dont les premières réflexions remontent à 2007, s’est progressivement structuré autour de la mise en œuvre de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité », avant d’élargir son action à la jeunesse et aux enjeux spécifiques du Sahel.
Pour elle, les femmes et les jeunes ne doivent plus être considérés uniquement comme des victimes ou des personnes exposées aux crises. Ils doivent également être reconnus comme des acteurs à part entière de la prévention des conflits, de la médiation, de la reconstruction et de la transformation des sociétés.
La rencontre d’Abidjan intervient dans un contexte marqué par l’insécurité, l’extrémisme violent, les crises humanitaires, les changements climatiques, les transitions politiques et les difficultés économiques qui touchent plusieurs pays de la sous-région. Face à ces défis, les différents intervenants ont défendu une approche qui associe davantage les questions économiques aux problématiques de paix et de sécurité.
La représentante du Groupe de Travail a notamment insisté sur l’importance de l’autonomisation économique. Selon elle, une femme ayant accès aux ressources, au financement et aux opportunités économiques dispose de davantage de moyens pour participer à la vie de sa communauté. Elle a également appelé à offrir aux jeunes de meilleures perspectives en matière de formation, d’emploi, d’entrepreneuriat et d’innovation.
Cette orientation a été largement reprise par les différents responsables présents à la cérémonie.
Dr Maxime Houinato, directeur régional d’ONU Femmes pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, a mis l’accent sur la nécessité de mobiliser davantage de ressources en faveur des femmes de la région, dans un contexte où les financements destinés à leurs initiatives restent limités. Il a appelé à renforcer les actions collectives associant gouvernements, institutions internationales, acteurs régionaux et société civile afin de soutenir la résilience économique.
De son côté, Dr Ladislas Nze Bekale, représentant résident de l’Union africaine, a établi un lien étroit entre autonomisation économique, paix et sécurité. Il a rappelé que l’Agenda 2063 de l’Union africaine place les femmes et les jeunes au centre de la transformation du continent. Il a également évoqué le Protocole de Maputo, qui reconnaît notamment les droits économiques des femmes ainsi que leur droit à participer aux processus de prévention, de gestion et de résolution des conflits.
Le représentant de l’Union africaine a également rappelé l’adoption par l’organisation continentale de la Décennie des femmes africaines pour l’inclusion financière et économique, couvrant la période 2020-2030. Il a appelé à transformer les engagements continentaux en résultats mesurables dans la vie quotidienne des femmes et des jeunes.
Prenant la parole au nom du Conseil de l’Entente, M. Idi Ali, secrétaire exécutif adjoint de l’institution, a pour sa part insisté sur la situation particulière des zones frontalières, où se concentrent souvent les enjeux liés à la sécurité, au développement local et à l’accès aux services essentiels. Il a identifié trois priorités : renforcer l’action dans les territoires fragiles et frontaliers, investir dans l’autonomie économique des femmes et la formation des jeunes, puis accroître leur participation aux mécanismes de décision, de prévention et de dialogue.
Mme Hélène N’Garnim-Ganga, coordonnatrice résidente du Système des Nations Unies en Côte d’Ivoire, a également souligné le rôle des femmes et des jeunes dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix. Elle a salué les efforts engagés par la Côte d’Ivoire pour renforcer la mise en œuvre de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité », notamment à travers son Plan d’action national.
Elle a rappelé que la prévention des conflits ne peut pas être uniquement sécuritaire. Elle doit également intégrer les dimensions économiques et sociales. Dans cette perspective, elle a cité l’emploi, la formation, l’autonomisation économique, le dialogue communautaire et la lutte contre les discours de haine et la désinformation comme autant de leviers de prévention.
Mme Hassatou Diop N’Sele, vice-présidente chargée des Finances et cheffe de la direction financière du Groupe de la Banque africaine de développement, a, elle aussi, placé le financement au centre des échanges. Elle a relevé le rôle des femmes dans les économies locales, les systèmes alimentaires, la cohésion sociale et la médiation communautaire, tout en soulignant le potentiel de la jeunesse africaine.
La responsable de la BAD a présenté plusieurs axes d’intervention, notamment la mobilisation de capitaux à grande échelle, la réforme de l’architecture financière africaine, la valorisation du dividende démographique et le développement d’infrastructures résilientes. Elle a également mis en avant les possibilités offertes par les technologies numériques et l’intelligence artificielle pour faciliter l’accès aux marchés, aux services financiers, aux compétences et à l’emploi.
Pour S.E.M. Leonardo Santos Simão, représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel et chef de l’UNOWAS, l’enjeu est désormais de traduire les nombreux engagements pris au niveau régional en actions concrètes. Il a appelé à investir davantage dans le leadership des femmes et des jeunes, à renforcer leur participation aux processus de décision et à soutenir les initiatives locales, notamment dans les zones fragiles.
La cérémonie a été clôturée par le discours d’ouverture officiel de Mme Nassénéba Touré, ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant de Côte d’Ivoire. Dans son intervention, elle a rappelé que la paix ne se limite pas à l’absence de conflits. Elle repose également, selon elle, sur la capacité des sociétés à offrir à leurs populations des perspectives, des opportunités et les moyens de participer à leur propre développement.
La ministre a notamment cité le Plan national de développement 2026-2030, dont le premier pilier porte sur la paix, la sécurité et la stabilité durables. Elle a également rappelé l’engagement de la Côte d’Ivoire dans la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies et de son deuxième Plan d’action national pour la période 2024-2028.
Pour Mme Nassénéba Touré, l’autonomisation économique des femmes constitue également un levier de paix. Elle a appelé à renforcer les mécanismes de financement destinés aux entreprises dirigées par des femmes et des jeunes, tout en encourageant le secteur privé et les partenaires au développement à soutenir davantage les initiatives favorisant la cohésion sociale.
La ministre a également insisté sur la nécessité d'une approche régionale face aux défis sécuritaires et économiques. Terrorisme, extrémisme violent, déplacements de populations, changements climatiques et fragilités économiques dépassent les frontières nationales, a-t-elle relevé.
Les travaux d’Abidjan doivent ainsi déboucher sur plusieurs initiatives, notamment l’Appel d’Abidjan, les Engagements d’Abidjan et le Pacte des partenaires pour la résilience économique des femmes et des jeunes. L’objectif affiché est de passer des discussions aux actions concrètes, avec des engagements assortis de financements et d’un suivi dans la durée.
À travers cette rencontre, les participants entendent donc rapprocher deux agendas longtemps abordés séparément : celui du développement économique et celui de la paix et de la sécurité. Une approche qui place les femmes et les jeunes non plus seulement au rang de bénéficiaires des politiques publiques, mais au cœur des mécanismes de décision, d’innovation, d’entrepreneuriat, de médiation et de consolidation de la paix dans la région.
Jean Chresus, Abidjan
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