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Côte d'Ivoire : Situation politique tendue, Séraphin Prao (LDCI) au gouvernement : « Mettez balle à terre et libérez Dr Koné Katinan »
 

Côte d'Ivoire : Situation politique tendue, Séraphin Prao (LDCI) au gouvernement : « Mettez balle à terre et libérez Dr Koné Katinan »

 
 
 
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© Koaci.com - vendredi 02 octobre 2026 - 09:40


Dans une interview consacrée à l’état de la démocratie en Côte d’Ivoire et à l’arrestation de Dr Koné Katinan Justin, 4e vice-président du PPA-CI, le professeur Séraphin Prao, enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké et président du mouvement citoyen Les Démocrates de Côte d’Ivoire (LDCI), interpelle le pouvoir. Il appelle à la décrispation du climat politique, à la liberté d’expression et à la libération de l’ancien ministre. Pour lui, la lutte contre l’orpaillage clandestin relève d’un « problème d’ordre national » et ne devrait pas conduire à l’incarcération d’un responsable politique qui dénonce ce phénomène.


Professeur titulaire en sciences économiques et de gestion, enseignant à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké et recteur de l’Université populaire de Côte d’Ivoire (UPCI), Séraphin Prao porte un regard particulièrement critique sur la situation politique nationale.


« En Côte d’Ivoire, la démocratie est mise à mal », affirme-t-il d’emblée. Le président de LDCI estime que la multiplication des procédures judiciaires visant des responsables politiques et l’incarcération de certains militants et cadres de partis constituent des motifs d’inquiétude.


Il cite notamment plusieurs responsables du PPA-CI, dont Damana Adia Pickass, Blaise Lasm, Koné Boubacar et, plus récemment, Koné Katinan. Du côté du PDCI-RDA, il évoque également le cas du député Brédoumi, arrêté puis libéré, ainsi que la situation de l’ancien président du parti, Tidjane Thiam.


« J’ai l’impression qu’on veut obliger les gens à se taire », déplore-t-il, estimant que les citoyens et les acteurs politiques doivent pouvoir s’exprimer sur les questions d’intérêt national.


Pour lui, la liberté d’expression demeure indissociable de la responsabilité : « Dans une démocratie, les gens doivent être libres de s’exprimer. Mais être libre de s’exprimer, c’est aussi être responsable de ses opinions.»


Séraphin Prao appelle le gouvernement ivoirien à prendre des mesures en faveur d’un retour à un climat politique plus apaisé.


« Le président Alassane Ouattara et son gouvernement doivent tout mettre en œuvre pour restaurer la démocratie dans notre pays», soutient-il.


Le professeur rappelle, à titre de comparaison historique, la période du président Laurent Gbagbo, marquée notamment par la rébellion de 2002 et la division du pays. Selon lui, malgré cette situation, les partis politiques avaient continué à participer au débat public et un gouvernement d’union nationale avait été mis en place au nom de la paix.


« Si un parti politique n’arrive plus à s’exprimer, quelle est sa raison d’être ? », interroge-t-il.


À ses yeux, les partis politiques constituent des acteurs essentiels du processus démocratique. Ils doivent, selon lui, pouvoir jouer leur rôle de contre-pouvoirs et de forces de proposition.


L’arrestation de Dr Koné Katinan Justin constitue le principal sujet de préoccupation du président de LDCI.


Selon Séraphin Prao, le responsable du PPA-CI avait tenu, le 3 septembre, une conférence de presse consacrée à l’orpaillage clandestin avant d’être convoqué, le 9 septembre, à la préfecture de police à la suite d’une plainte du RHDP.


« En bon citoyen, il s’y rend. Et là-bas, on sort une autre affaire remontant à 2025 », relate-t-il.


Le professeur affirme que Koné Katinan a ensuite été présenté à une juridiction d’instruction et placé sous mandat de dépôt pour des faits qualifiés notamment d’actes terroristes et d’atteinte à l’autorité de l’État.


Précisant qu’il n’est pas juriste et ne souhaite donc pas se prononcer sur le fond du dossier judiciaire, Séraphin Prao s’interroge toutefois sur le calendrier de la procédure.


 

« Les présumés faits remontent à 2025. Pourquoi avoir attendu que le ministre Katinan dénonce un fait qui menace le pays tout entier pour sortir ce dossier ? », questionne-t-il.


Pour lui, la question de l’orpaillage clandestin dépasse largement les clivages politiques.

Séraphin Prao considère que la dénonciation de l’orpaillage clandestin par Koné Katinan relève d’une préoccupation d’intérêt général.

« Les Ivoiriens doivent défendre les 322 000 km² du territoire ivoirien. C’est pourquoi il y a une armée », soutient-il.q

Il dénonce les conséquences environnementales, économiques et sociales de l’exploitation clandestine de l’or. Selon lui, cette activité contribue à la dégradation des sols, à la pollution des cours d’eau et à la destruction des forêts. Elle favoriserait également, poursuit-il, le développement de phénomènes tels que la criminalité et la prostitution, tandis que certains jeunes abandonneraient les salles de classe pour rejoindre les sites d’orpaillage.


« Ce phénomène fait perdre à notre pays autour de 4 600 milliards de francs CFA par an », affirme-t-il.


Pour l’universitaire, un responsable politique ne peut rester silencieux face à un phénomène qu’il considère comme une menace pour l’économie et l’environnement.

« Quand vous êtes un homme politique, face à de telles menaces, soit vous vous taisez, soit vous réagissez », estime-t-il.


Il considère ainsi que le PPA-CI et Koné Katinan ont choisi d’alerter l’opinion sur une question d’intérêt national.


Séraphin Prao revient également sur le timing de l’arrestation du responsable du PPA-CI.


« Si tant est qu’il avait fait quelque chose de grave avant, le timing pour l’arrêter n’est pas décent », estime-t-il.


À ses yeux, le fait que Koné Katinan ait été convoqué après sa prise de position sur l’orpaillage clandestin, avant que d’autres faits présumés ne soient évoqués, soulève des interrogations politiques.


« Quelqu’un s’exprime, vous le convoquez pour ça, en bon citoyen respectueux des institutions, il se présente et c’est là que vous sortez d’autres infractions. Politiquement, ce n’est pas élégant », affirme-t-il.


Le professeur insiste néanmoins sur le fait qu’il ne prétend pas se substituer à la justice et qu’il ne se prononce pas sur la qualification juridique des faits reprochés au responsable politique.


Face à cette situation, le président de LDCI appelle les autorités à « mettre balle à terre».

« La Justice doit participer à l’apaisement du climat politique. Nous sommes tous des Ivoiriens. Nous aimons tous notre pays. Nous n’avons pas intérêt à ce qu’il brûle », plaide-t-il.


Il estime que l’opposition doit pouvoir jouer son rôle de contrôle de l’action gouvernementale.


«En tant qu’opposant, Dr Koné Katinan joue son jeu d’opposant. L’opposant ne se tait pas face à des faits aussi graves que l’orpaillage illégal. L’opposant est quelqu’un qui surveille l’activité gouvernementale », explique-t-il.


Séraphin Prao se félicite par ailleurs des mesures annoncées par le gouvernement contre l’orpaillage clandestin. Il estime que la pression exercée par les responsables politiques et la société civile a contribué à mettre davantage cette question au centre du débat national.


Le président des Démocrates de Côte d’Ivoire va plus loin en lançant un appel personnel au chef de l’État.


 

« Moi, personnellement, c’est mon plaidoyer. En tant que président des Démocrates de Côte d’Ivoire, je demande pardon au président Ouattara de peser de son poids pour que le ministre Koné Katinan soit libéré », déclare-t-il.


Son argument repose notamment sur la dimension nationale de la question de l’orpaillage.


« L’or n’appartient pas à Katinan, l’or n’appartient pas à Prao, l’or n’appartient pas à Gbagbo Laurent, l’or n’appartient pas au ministre Thiam, l’or n’appartient pas au président Ouattara. L’or appartient aux Ivoiriens », insiste-t-il.


Pour lui, la défense des ressources naturelles du pays doit transcender les appartenances partisanes.


Il estime par ailleurs que Koné Katinan, en tant qu’ancien haut fonctionnaire et responsable politique, n’a pas vocation à s’en prendre aux institutions de la République.

« Quand vous avez fait l’ENA, vous êtes un administrateur et un administrateur défend avant tout les intérêts de l’État », soutient-il.


Au-delà du cas Koné Katinan, Séraphin Prao inscrit son plaidoyer dans une perspective plus large de réconciliation nationale.

Il rappelle les crises successives qu’a connues la Côte d’Ivoire depuis 2002, notamment la rébellion, la crise postélectorale de 2010-2011 et leurs lourdes conséquences humaines et politiques.


« Nous avons connu beaucoup d’événements malheureux dans notre pays. Avec les élections de 2010, nous avions pensé qu’on allait définitivement tourner la page des violences. Malheureusement, ça n’a pas été le cas », rappelle-t-il.


Pour lui, le retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire avait pu être perçu comme un signe d’apaisement et de réconciliation. Il regrette toutefois que les tensions politiques et les procédures judiciaires visant des acteurs de l’opposition continuent d’alimenter, selon lui, un climat de crispation.


Son message final se veut donc un appel au calme et à la décrispation.

« Le gouvernement doit être habité par un esprit de pardon et de décrispation. Le pays a besoin de paix. J’en appelle au calme », déclare-t-il.


Et de conclure, au nom de son mouvement : « Je demande pardon au président Ouattara de libérer le ministre Koné Katinan afin qu’il vienne reprendre avec nous la marche du développement vers l’émergence. »



Wassimagnon





 
 
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