Côte d'Ivoire : Traités d'«extraterrestres», d'«insectes » et d'«animaux », les déguerpis de Vridi Zimbabwé ripostent : «Nous avons perdu nos maisons, pas notre humanité»
Le Collectif des déguerpis de Vridi 3-Zimbabwé a vivement réagi aux propos tenus lors d’une conférence de presse du District autonome d’Abidjan, dont une vidéo est actuellement au cœur de la polémique. À l’occasion d’une conférence de presse tenue le 4 octobre 2026, les représentants des populations déguerpies ont dénoncé des propos qu’ils jugent « profondément humiliants » et réaffirmé leur volonté de poursuivre une démarche pacifique, républicaine et fondée sur le dialogue.
Le Collectif des déguerpis de Vridi 3-Zimbabwé est monté au créneau pour dénoncer des propos tenus dans une vidéo de la conférence de presse du 14 avril 2026, consacrée au bilan des actions menées en 2025 et aux perspectives du District autonome d’Abidjan pour 2026.
Selon le collectif, certaines expressions utilisées pour qualifier les populations de Vridi 3, notamment les termes « extraterrestres », « insectes » et « animaux », ont profondément choqué les familles concernées.
Lors de leur conférence de presse du 24 octobre, les représentants des déguerpis ont indiqué avoir découvert ces propos après les opérations de démolition intervenues en juin 2026.
« Ces propos nous ont profondément choqués », affirme le collectif, qui dit ressentir ces déclarations comme « une profonde humiliation », d’autant plus qu’elles auraient été prononcées par des représentants des autorités.
Malgré leur indignation, les responsables du collectif affirment vouloir éviter toute escalade verbale.
« Nous voulons répondre sans haine, sans injure et sans esprit de vengeance », ont-ils déclaré, réaffirmant ainsi leur volonté de privilégier une démarche pacifique et républicaine.
Pour les déguerpis, leur réaction s’inscrit dans un contexte particulièrement douloureux marqué par la destruction de leurs habitations et la perte de nombreux biens.
Le collectif entend cependant rappeler que les populations de Vridi 3 ne sont pas apparues récemment sur le site et que leur présence s’inscrit dans une histoire qui remonte à plusieurs décennies.
Selon le récit présenté par le collectif, les parents des actuels habitants de Vridi 3 étaient déjà installés sur le site en 1963, avant même l’érection de Port-Bouët en commune.
Ils auraient été installés à l’époque par les autorités, notamment pour exercer des activités liées au fumage du poisson. Le site, expliquent les représentants des déguerpis, n’était alors accessible que par pirogue et ne disposait ni de routes, ni de maisons, ni d’infrastructures.
Au fil des années, les habitants auraient construit progressivement leurs logements grâce à leurs propres moyens, à leur travail et à leurs sacrifices.
Des familles se sont constituées. Des générations sont nées et ont grandi sur place. Une véritable communauté s’est ainsi développée autour des activités économiques et sociales de Vridi 3.
Le collectif souligne également que le développement de Vridi 3 ne s’est pas limité aux initiatives des habitants.
Selon les éléments communiqués lors de la conférence de presse, des infrastructures publiques et différents services sont progressivement venus accompagner l’évolution de la communauté.
Le collectif cite notamment la construction, en 1987, d’une école primaire publique, ainsi que l’installation ultérieure d’un centre de santé, d’un marché et des réseaux d’eau et d’électricité.
Pour les déguerpis, ces infrastructures témoignent de l’existence d’une communauté organisée et intégrée à la vie urbaine. « Des générations sont ainsi nées, ont grandi, étudié, travaillé et vieilli à Vridi 3 », rappellent-ils.
C’est dans ce contexte historique que le collectif entend répondre aux qualificatifs rapportés dans la vidéo.
« Nous ne sommes pas des extraterrestres. Nous ne sommes pas des insectes. Nous ne sommes pas des animaux », martèlent les représentants des populations déguerpies.
Pour eux, derrière les maisons démolies se trouvent des hommes, des femmes, des enfants et des familles ayant une histoire et une identité.
« Nous sommes des êtres humains. Nous sommes des citoyens. Nous sommes les enfants de ceux qui ont construit cette communauté », soulignent-ils.
Le collectif estime que les conditions sociales ou économiques d'une population ne peuvent justifier qu’elle soit privée de sa dignité.
Tout en reconnaissant les prérogatives des pouvoirs publics en matière d’aménagement urbain, les déguerpis affirment comprendre les impératifs de développement et les décisions prises par les autorités.
Mais ils contestent l’idée selon laquelle la précarité pourrait justifier une quelconque déshumanisation.
« La pauvreté et la précarité ne retirent jamais à un être humain sa dignité », soutiennent-ils.
Dans une formule particulièrement forte, le collectif affirme : « On ne guérit pas une maladie en éliminant le patient. »
Une manière pour ses responsables de rappeler que, selon eux, la gestion des zones considérées comme problématiques doit également intégrer la situation des populations qui y vivent.
Le Collectif revient également sur les opérations de démolition qui ont touché Vridi 3 en juin 2026.
Pour ses responsables, les engins de démolition ont détruit des habitations et entraîné d’importantes pertes matérielles, mais ils n’ont pas effacé l’histoire de la communauté.
« Les pelleteuses ont détruit nos maisons. Elles n’ont pas détruit notre histoire. Elles n’ont pas détruit notre mémoire. Et elles ne détruiront jamais notre dignité », affirment-ils.
Une déclaration qui traduit la volonté des déguerpis de maintenir leur mobilisation tout en évitant la confrontation avec les autorités.
Un appel au respect et au dialogue
En conclusion de leur déclaration, les membres du collectif ont lancé un appel au respect et au dialogue.
Ils réaffirment leur engagement en faveur d’une démarche « pacifique, républicaine et responsable » et souhaitent que la situation des familles déguerpies continue d’être portée à l’attention de l’opinion publique.
Le Collectif des déguerpis de Vridi 3-Zimbabwé entend ainsi poursuivre son action dans le respect des voies légales, tout en demandant que la dignité des populations concernées soit préservée.
Une phrase qui résume, selon le collectif, l’essentiel de son message : au-delà des démolitions et des débats sur l’aménagement urbain, ce sont des vies, une mémoire collective et la dignité de plusieurs générations qui sont aujourd’hui au cœur de la controverse.
Wassimagnon
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