Cameroun : Affaire vision 4, le CNC et le Mincom s'opposent sur le sort de la chaîne dans le bouquet Canal+
Documents consultés par la rédaction (Ph)
Suspendue par le CNC le 29 septembre 2026, la chaîne Vision 4 est au centre d'un différend entre le régulateur des médias et le ministre de la Communication. Les deux institutions ont adressé à Canal+ des demandes contraires, dans un dossier qui se joue aussi devant le tribunal administratif.
Chronologie
29 septembre. Réuni en 48e session extraordinaire à Yaoundé, le CNC suspend Vision 4 de toute diffusion pour un mois. Selon une décision citée par la presse (n°000230), la suspension vise des « violations des dispositions législatives et réglementaires » et une « défiance de l'autorité » du régulateur. Le CNC reprochait aussi à la chaîne, un reportage du 2 juin 2026 consacré à l'avocate Félicité Esther Zeifman, dans l'affaire Martinez Zogo.
30 septembre et 1er octobre. Le groupe L'Anecdote annonce que les programmes de Vision 4 sont diffusés via Vision 4 RCA, puis sur le canal 531 du bouquet Canal+. Le 1er octobre, le Tribunal administratif du Centre ordonne le sursis à exécution d'une décision du CNC visant la chaîne et deux de ses responsables.
2 octobre. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, écrit à la directrice générale de Canal+ Cameroun pour demander le rétablissement de Vision 4. Sa lettre invoque la préservation de l'équilibre médiatique, l'emploi et l'économie, et rappelle la décision du CNC.
6 octobre. Le président du CNC, Joseph Chebonkeng Kalabubsu, écrit à Canal+ International pour demander à nouveau le retrait « sans délai » du signal, après avoir constaté le retour de la chaîne « à travers les réseaux sociaux ». Le CNC y précise être une autorité administrative indépendante, « nullement placée sous la tutelle du Ministère de la Communication », et se réserve le droit d'engager des mesures réglementaires.
Cadre juridique
Le CNC a été créé par la loi n° 90/052 du 19 décembre 1990. Son organisation est régie par le décret n° 2012/038 du 23 janvier 2012. Il est décrit comme un organe de régulation et de consultation, doté de la personnalité juridique et de l'autonomie financière, placé auprès du Premier Ministre. Il compte neuf membres, dont un président et un vice-président nommés par décret présidentiel.
Ses missions incluent, le respect des lois en matière de communication sociale, de l'éthique et de la déontologie, de la paix sociale et de l'unité nationale. Le décret lui donne le pouvoir d'infliger des avertissements et des sanctions motivées aux opérateurs et aux professionnels.
Deux lectures des compétences
Le CNC se présente comme indépendant du ministère. Le ministère de la Communication, lui, délivre les licences. Plusieurs sources relèvent que la justice administrative aurait fixé une limite : le régulateur peut sanctionner un contenu, un journaliste ou une émission, mais fermer une chaîne relèverait du ministère. Cette lecture est celle de ces experts, et le CNC n'a pas réagi publiquement à la décision du tribunal.
Les comptes rendus divergent sur la portée de la décision judiciaire. Certains parlent d'une annulation de toutes les sanctions, d'autres d'un sursis à exécution, et l'un d'eux indique qu'une seconde décision du CNC maintiendrait Vision 4 hors du bouquet pour un mois. L'audience sur le fond, selon la presse, doit déterminer si le CNC avait motif à sanctionner.
Précédents de tensions institutionnelles
Ce n'est pas la première fois qu'un désaccord entre un organisme et un ministère devient public. Le plus documenté est celui qui a opposé la Fecafoot au ministère des Sports (Minsep).
Mai 2024 : le Minsep avait nommé un sélectionneur sans en aviser la Fédération, qui avait ensuite mis en place son propre encadrement technique, d'où deux staffs pour une seule sélection.
Novembre 2025 : le ministre demandait de suspendre l'assemblée générale élective du 29 novembre, ce que la Fecafoot a refusé.
Les contextes diffèrent, mais ces épisodes montrent comment les compétences respectives d'une institution et d'un ministère peuvent être contestées publiquement au Cameroun.
Cette fois, le dossier touche plusieurs sujets : la répartition des pouvoirs entre régulateur et ministère, le pluralisme et la liberté d'expression, l'emploi des personnels de la chaîne, et la position de Canal+, opérateur international placé entre deux injonctions contraires.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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