Cameroun : Affaire Vision 4, Me Zeifman interpelle le MINCOM, qui réplique – jusqu'où ira la polémique ?
Visée par le reportage qui a valu une suspension à Vision 4, Me Félicité Esther Zeifman écrit au ministre de la Communication. Un directeur du MINCOM lui répond. Reste une question : cette polémique peut-elle s'éteindre sans réponses ?
Le 29 septembre 2026, le Conseil national de la communication (CNC) suspend Vision 4 pour un mois. Il lui reproche une atteinte à la dignité de Me Zeifman, la non-exécution d'une décision du 18 août et une défiance envers le régulateur.
Le 2 octobre, le ministre René Emmanuel Sadi écrit à la directrice générale de Canal+ Cameroun. Il demande la reprise « sans délai » de la chaîne. Il invoque les emplois, l'économie nationale et l'équilibre de l'espace médiatique. La lettre ne répond à aucun grief du CNC et ne cite aucune base légale.
La lettre ouverte
Datée du 6 octobre, la lettre de Me Zeifman est adressée au ministre de la Communication. L'avocate est conseil de la famille de Martinez Zogo. Elle précise que le reportage sanctionné la visait.
Elle reproche au ministre de s'être érigé en juge d'appel du régulateur. Elle écrit que Vision 4 appartient à Jean-Pierre Amougou Belinga, accusé dans le procès de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo. Il est présumé innocent.
Elle évoque une proximité entre le ministre et M. Amougou Belinga. Elle affirme que « M. Ombwa », directeur au ministère, serait à l'origine du courrier à Canal+. Elle parle de « corruption qui ne dit pas son nom ». Ces accusations sont les siennes. Koaci ne les a pas vérifiées.
Elle pose trois questions au ministre : quel texte l'autorise à neutraliser une décision du CNC, quel rôle a joué M. Ombwa, et son lien avec M. Amougou Belinga a-t-il pesé sur sa décision.
La réplique du MINCOM
Joint par Koaci, Denis Omgba Bomba, directeur de l'Observatoire national des médias et de l'opinion publique (OMOP), répond. Rien ne permet de l'identifier à « M. Ombwa », cité dans la lettre.
Il conteste le droit de l'avocate de « donner des leçons » au ministre, qui, dit-il, agit dans son rôle. Il dénonce un mélange entre l'affaire Martinez Zogo, pendante devant le tribunal, et une suspension de média. Il rappelle que le CNC est compétent en matière d'éthique et de déontologie.
Il évoque deux communiqués du ministre : l'un demandant le respect des sanctions du CNC, l'autre le rétablissement de la chaîne. Me Zeifman parle, elle, de deux courriers. Koaci n'a pu consulter aucun de ces textes à ce stade. Enfin, M. Omgba Bomba appelle les journalistes à la solidarité confraternelle avec ceux de Vision 4.
Ce qui peut éteindre la polémique
Plusieurs éléments pourraient faire retomber la tension.
D'abord, le calendrier. La suspension court un mois à compter du 29 septembre. Elle prendrait donc fin autour du 29 octobre, si cette date d'effet se confirme. Le sujet pourrait alors perdre en actualité.
Ensuite, le silence officiel. Le ministre n'a pas répondu directement à ce stade. Sans réponse, la polémique peut s'essouffler, ou au contraire se nourrir de ce silence.
Enfin, le clivage. Chaque camp a campé sur sa position dans ses prises de parole.
Ce qui peut la relancer
À l'inverse, d'autres éléments pourraient ranimer le dossier.
La question posée par l'avocate n'a pas reçu de réponse. Si un juriste, le CNC ou une juridiction s'en saisit, le dossier change de nature.
Le procès Martinez Zogo pèse aussi. La lettre lie les deux affaires, l'OMOP s'y oppose. Une audience ou un incident de procédure peut relancer la controverse.
Enfin, le précédent peut inciter d'autres chaînes sanctionnées à se tourner vers le ministère plutôt que vers le régulateur.
Au-delà des échanges de lettres, une question reste ouverte : que vaut une décision du CNC face à un courrier ministériel ? Tant que personne n'a cité de texte précis, la polémique garde sa raison d'être.
Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun
Joindre la rédaction camerounaise de Koaci : WhatsApp +237 691 154 277 ou cameroun@koaci.com
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