Cameroun : Suspendue par le CNC, Vision 4 repêchée par le Mincom, à quoi sert encore le régulateur ?
Trois jours après la suspension d'un mois prononcée par le CNC, une lettre du ministre de la Communication enflamme les réseaux sociaux. Elle demande à Canal+ de rétablir « sans délai » Vision 4. Pour beaucoup, c'est un désaveu pur et simple du régulateur. Et depuis quelques heures, la télévision sanctionnée par le CNC est de nouveau sur Canal+
Datée du 2 octobre 2026 et signée du ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, elle est adressée à la directrice générale de Canal+ Cameroun, à Douala. Son objet est sans ambiguïté : demander la reprise de la diffusion de Vision 4 sur le bouquet.
Retour en arrière. Le 29 septembre, lors de sa 48e session extraordinaire, le Conseil national de la communication (CNC) suspend la chaîne pour un mois. Canal+ retire alors le signal. Selon les éléments rapportés, le CNC reproche à Vision 4 trois manquements : une atteinte à la dignité de Félicité Esther Zeifman, avocate des ayants droit dans l'affaire Martinez Zogo, à travers un reportage diffusé le 2 juin 2026 ; la non-exécution d'une décision antérieure du 18 août 2026, visant notamment le journaliste Martial Owona ; et une défiance envers l'organe de régulation.
Trois jours plus tard, la réponse du ministère tombe. Le MINCOM écrit que cette suspension intervient « au moment où le gouvernement s'emploie à consolider les acquis de la liberté d'expression et de l'État de droit ». Elle constituerait, selon la lettre, une menace pour l'équilibre de l'espace médiatique national et un préjudice pour les nombreux emplois de la chaîne comme pour l'économie nationale. Le ministre demande en conséquence la reprise « sans délai » de la diffusion. Le CNC et le PCA de Canal+ sont en copie.
Ce que la lettre ne dit pas
Le document est révélateur autant par ce qu'il avance que par ce qu'il omet. Il ne répond à aucun des trois griefs du CNC. Il ne cite aucune base légale permettant à un ministre de demander la remise en ligne d'un média suspendu par le régulateur. Et il ne mentionne nulle part le chef de l'État. Pourtant, sur les réseaux et dans plusieurs commentaires, la lettre est présentée comme un recadrage venu de plus haut. Cette lecture reste, à ce stade, une interprétation : rien dans le document ne l'établit. L’Anecdote, journal du groupe titre ce matin, « Merci Monsieur le président. »
Emplois
L'argument est sérieux et politiquement habile : des journalistes, des techniciens et des producteurs dépendent de la chaîne. Mais il a ses limites. La lettre ne chiffre rien. Et une suspension d'un mois, motivée par des manquements précis, se discute-t-elle au nom de l'emploi ? Si oui, quelle sanction resterait applicable à un média qui emploie du monde ?
A quoi sert le CNC ?
C'est là que le dossier dépasse Vision 4. Si une décision prise en session extraordinaire peut être neutralisée en trois jours par une lettre ministérielle, que reste-t-il de l'autorité du régulateur ? Pour ses défenseurs, c'est un précédent dangereux : les autres médias sanctionnés pourront désormais plaider à la porte du ministère plutôt que devant le CNC. Pour les partisans de la reprise, au contraire, il s'agit d'un apaisement nécessaire et d'une protection de l'emploi dans un secteur fragile.
Le contexte ajoute à la tension : la plaignante est l'avocate des ayants droit dans l'affaire Martinez Zogo, un dossier qui continue de mobiliser l'opinion. Les défenseurs de la mémoire du journaliste assassiné en janvier 2023 pourraient ne pas rester silencieux.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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