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Cameroun : Quand le décès de Clément Atangana devient un nouveau terrain d'affrontement communautaire
 

Cameroun : Quand le décès de Clément Atangana devient un nouveau terrain d'affrontement communautaire

 
 
 
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© Koaci.com - jeudi 08 octobre 2026 - 11:18


Le communiqué publié le 7 octobre 2026 par la Fédération des Associations du Patriarcat Traditionnel Beti du Cameroun condamne les propos jugés injurieux, diffamatoires ou tribalistes visant la mémoire de son président, Sa Majesté Clément Atangana, par ailleurs président du conseil constitutionnel. Tout en annonçant sa détermination à défendre la dignité du défunt, l’organisation appelle à la retenue, à la paix et au respect du vivre-ensemble. Une prise de position qui ravive aussi une question plus large : les exigences de respect envers les morts doivent-elles s’appliquer de la même manière à tous, quelles que soient leurs appartenances politiques ou communautaires ?


La mort de Clément Atangana, survenue le 4 octobre 2026 à Paris à l’âge de 85 ans, a ouvert une période de deuil autour d’une personnalité qui occupait une place particulière dans la vie judiciaire et institutionnelle camerounaise. Premier président du Conseil constitutionnel depuis la création de cette institution en 2018, le magistrat avait également exercé de nombreuses responsabilités au sein de la magistrature. 


Trois jours après sa disparition, la Fédération des Associations des Patriarches Beti du Cameroun (FAP-TBC) a rendu public un communiqué consacré à la mémoire de son président. Mais au-delà de l’hommage, le document constitue surtout une mise au point face à ce que l’organisation présente comme des attaques diffusées depuis le décès sur les réseaux sociaux.


Mise en garde 


Le communiqué de la FAP-TBC commence par rendre hommage à Clément Atangana, présenté comme « magistrat hors hiérarchie, Patriarche et digne fils du Cameroun ». L’organisation exprime sa compassion à sa famille, à ses proches, à sa communauté traditionnelle ainsi qu'à ses collègues magistrats et à l'ensemble du corps judiciaire.


Mais le ton change lorsqu'il est question des réactions suscitées par sa disparition.


Sous l’intitulé « Une mémoire qui doit être respectée », la Fédération affirme ne pas vouloir rester silencieuse face à certaines publications et réactions apparues après le décès.


Elle dénonce des commentaires qu’elle qualifie de « méprisants », « offensants » et empreints de « considérations tribalistes ». Pour les patriarches Beti, le décès d’une personne ne peut constituer une occasion de prolonger les affrontements ou les antagonismes qui ont pu exister de son vivant.


La logique défendue est simple : les désaccords politiques, institutionnels ou personnels ne devraient pas faire disparaître les règles élémentaires de dignité attachées au deuil.


Cette position constitue le cœur du communiqué.


« Le deuil ne saurait être un prétexte à la haine tribale »


La Fédération élargit ensuite son propos. Dans son communiqué, elle affirme que « la mort ne saurait être un prétexte à la haine tribale, à l’humiliation ou au dénigrement ».


L’organisation s’oppose ainsi à toute utilisation du décès de Clément Atangana comme support à des affrontements entre communautés.


Elle insiste notamment sur la nécessité de distinguer liberté d’expression et liberté d’injurier, de diffamer ou de provoquer. Le communiqué rappelle à ce titre que la liberté d’expression ne devrait pas être considérée comme un « permis d’insulter, de diffamer, de provoquer ou d’attiser la haine » entre les composantes de la société camerounaise.


Le message vise particulièrement les auteurs de publications et de prises de position que la Fédération considère comme haineuses, diffamatoires ou tribalistes.


Elle leur demande de mettre fin à ces pratiques et indique se réserver, « le cas échéant », la possibilité d’emprunter les voies appropriées afin de faire respecter la dignité et la mémoire de son président.


Il ne s’agit donc pas seulement d’un hommage funéraire. Le document prend la forme d'un avertissement public.


Fermeté et apaisement


Pour autant, la FAP-TBC ne présente pas sa réaction comme une volonté d’entrer dans une nouvelle confrontation.


C’est même l’un des éléments les plus importants du communiqué.


 

Sous le titre « Appel à l’apaisement et à la responsabilité », les patriarches Beti affirment leur attachement à la paix, à la cohésion nationale et au respect mutuel entre les communautés.


La Fédération dit refuser de répondre « au mépris par le mépris, à la provocation par la provocation ou à la haine par la haine ».


L'organisation cherche à établir une ligne de conduite dans un contexte où les réseaux sociaux peuvent rapidement transformer une controverse individuelle en affrontement collectif.


Le message adressé aux Camerounais est donc double : ne pas laisser passer ce qui est perçu comme une atteinte à la dignité du défunt, mais ne pas davantage répondre à la provocation par une nouvelle provocation.


Mémoire des morts 


Le texte pose implicitement une question plus vaste : où situer la limite entre critique, polémique et atteinte à la dignité d’une personne décédée ?


Pour la FAP-TBC, cette limite est franchie lorsque la critique devient humiliation, lorsque le désaccord se transforme en insulte et lorsque la controverse politique prend une dimension communautaire.


La Fédération appelle ainsi à une période de retenue, particulièrement pendant le deuil.


Cette conception n’efface évidemment pas les débats sur le parcours public de Clément Atangana. Une personnalité ayant occupé de hautes fonctions institutionnelles peut continuer à faire l’objet d’analyses, de critiques ou de controverses après sa disparition.


Mais le communiqué défend une distinction : critiquer un bilan ou discuter d’une trajectoire publique ne devrait pas conduire à l’injure, à la stigmatisation ou à l’attaque contre une communauté.


C’est précisément cette frontière que la Fédération entend rappeler.


2023, le précédent du cercueil consacré à Maurice Kamto


Cette prise de position prend toutefois une résonance particulière lorsqu'elle est replacée dans un épisode survenu près de trois ans auparavant.


En novembre 2023, des images diffusées sur les réseaux sociaux avaient montré une cérémonie au cours de laquelle des personnes présentées comme des chefs traditionnels de la Lékié avaient utilisé un cercueil rouge et une photographie de Maurice Kamto, alors que le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun était vivant.


Plusieurs médias camerounais avaient rapporté l’affaire à l’époque. Le MRC avait dénoncé une mise en scène qu’il considérait comme une atteinte à l’image et à l’honneur de son président et avait évoqué la possibilité de poursuites judiciaires. 


Un élément important mérite cependant d’être précisé : il serait inexact d'attribuer automatiquement cet épisode à l'ensemble du patriarcat Beti ou à l'ensemble des chefs traditionnels de la Lékié, un des 10 départements de la région du centre. 


 « Deux poids, deux mesures »


C’est néanmoins ici que le débat devient plus délicat.


Certains camerounais rappellent qu’en 2023, la mise en scène d’obsèques visant une personnalité politique encore vivante avait suscité des réactions particulièrement vives. Le MRC avait alors dénoncé ce qu’il considérait comme une atteinte grave à la dignité et à l’honneur de Maurice Kamto. 


En octobre 2026, après la disparition de Clément Atangana, la FAP-TBC affirme à son tour qu’une personne décédée doit être protégée contre l’humiliation, le dénigrement et les attaques à caractère tribal.


 

Ces deux situations ne sont pas identiques et ne doivent pas être artificiellement mises sur le même plan. La première concernait une personne vivante faisant l'objet d'une mise en scène funéraire symbolique ; la seconde concerne les réactions publiques au décès d'une personnalité.


Mais elles permettent de poser une question de principe :


Le respect de la dignité humaine doit-il être une exigence constante, indépendamment de l’identité de la personne concernée, de son appartenance politique ou de sa communauté ?


Autrement dit, la condamnation de l’humiliation d’un défunt gagne-t-elle en portée lorsqu’elle s’inscrit dans une règle générale applicable également aux adversaires politiques, aux autres communautés et aux personnes qui ne partagent pas les mêmes convictions ?


La question ne vise pas uniquement la FAP-TBC. Elle concerne plus largement la culture du débat public au Cameroun.


Entre liberté d’expression et responsabilité


L’enjeu est d’autant plus important que les réseaux sociaux ont profondément modifié la circulation des opinions.


Un commentaire publié dans un contexte de polémique peut rapidement être repris, partagé et interprété comme une attaque dirigée non plus contre une personne, mais contre toute une communauté.


C’est précisément contre cette dérive que la Fédération met en garde dans son communiqué.


Mais l’équilibre demeure délicat. La protection de la mémoire d'un défunt ne peut pas non plus signifier la disparition de tout débat sur son action publique. La question est donc moins celle du silence que celle des limites de la parole publique.


Une critique argumentée n'est pas nécessairement une insulte. Une controverse historique n'est pas nécessairement une attaque communautaire. Et l'expression d'un désaccord politique ne devrait pas être automatiquement assimilée à de la haine tribale.


À l'inverse, l'existence d'une liberté d'expression ne transforme pas toute parole en parole acceptable.


C'est cette ligne de crête que le communiqué de la FAP-TBC tente de dessiner.


La Fédération des chefs traditionnels Beti rend hommage à Clément Atangana et formule trois souhaits : que sa mémoire soit honorée, que son œuvre demeure dans les mémoires et que la paix accompagne son repos.


La FAP-TBC veut à la fois protéger la mémoire de son président et éviter que sa disparition ne devienne un nouveau foyer de confrontation.


Dans une société camerounaise traversée par des clivages politiques, communautaires et identitaires, la question posée est finalement celle de la constance des principes : peut-on défendre la dignité d'un mort tout en acceptant les mêmes exigences de respect pour ceux qui furent ses adversaires ?


La réponse à cette question appartient au débat public. Le deuil ne devrait pas devenir un nouveau terrain d'affrontement entre communautés.


-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com 


 
 
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