Cameroun : SNK, fondation familiale ou fondation de gouvernance? Le flou qui interroge
Nbienou Kouadjo président de la SNK foundation (Ph)
Il y a ce que l'on communique, et il y a ce que l'on gouverne. A la SNK Foundation, les deux semblent avancer à deux vitesses.
Le 12 octobre 2026, cérémonie à GreenSprings Digital University. Dix jeunes bacheliers scientifiques, dont Ahmadou Ahidjo de Ngaoundéré avec 16/20, reçoivent la Bourse Académique d'Innovation. 50 millions FCFA annoncés, soit 5 millions par étudiant pour scolarité, hébergement, laptop, santé et allocation. Sur scène, le Président Fondateur Steven Nbienou Kouadjo, son épouse Muriel blanche qui porte le message, des autorités, et deux artistes, Krys M et Moustik le Karismatik.
Le 13 octobre, soit le lendemain, réunion du Conseil d'Administration au siège. Objet: faire le point sur 2026 et valider les documents de gestion, préparer le budget 2027. Présents: le Président Fondateur qui préside, deux administrateurs non nommés, et la Directrice exécutive. Slogan du jour: "Bien gouverner aujourd'hui, c'est mieux préparer l'impact de demain."
C'est précisément ce slogan qui interroge.
Gouvernance à trois?
Comment une fondation qui annonce une vision Pentagone 2026-2030 et un projet d'université de 10 hectares à Esse peut-elle tenir son CA avec deux administrateurs? Quel est le quorum statutaire? Où sont les autres membres? Quelle est l'indépendance de ces deux administrateurs face au couple fondateur Nbienou Kouadjo qui occupe tout l'espace médiatique?
On a ici le schéma classique de la fondation familiale: le fondateur préside le CA qui est censé le contrôler, il exécute le budget et valide lui-même son exécution. L'épouse assure la communication officielle. La Directrice exécutive exécute. Mais où est le contre-pouvoir? Où est le regard externe?
Annonce avant la validation
Le point le plus troublant est chronologique. On annonce 50 millions le 12, on tient le CA qui doit valider la gestion le 13. En bonne gouvernance, c'est l'inverse. Le CA valide, puis on annonce. Ici, le CA est mis devant le fait accompli médiatique. Il ne peut plus que valider.
Et que valide-t-on exactement? Aucun rapport financier 2026 publié, aucun audit, aucune ventilation des 5 millions par étudiant. Combien coûte réellement la formation à GreenSprings? Combien va à l'hébergement? L'institut s'appelle tantôt GreenSprings Digital Institute, tantôt GreenSprings Digital University dans les communiqués officiels. Pour une filière qui revendique robotique, IA, cybersécurité et data science, ce flou sur le nom de l'établissement partenaire interroge sur l'accréditation.
De 10 étudiants à 10 hectares
C'est le grand écart qui fait douter. On peine à structurer un CA à plus de deux administrateurs, mais on annonce déjà la SNK Innovation University sur 10 hectares. Foncier acquis? Titre foncier? Autorisation du MINESUP? Plan de financement? Rien n'est publié. On passe d'une bourse de 10 jeunes logés à Yaoundé à une université dans le Centre, sans étape intermédiaire.
Quelle méthode ?
Personne ne contestera l'intention: donner sa chance à dix bacheliers méritants issus de milieux défavorisés. C'est louable. Et c'est nécessaire.
Mais une fondation n'est pas une entreprise familiale. Elle gère un intérêt général, elle collecte la confiance, parfois des fonds publics ou des partenariats. Elle doit donc plus de transparence qu'une société privée.
Aujourd'hui, la SNK Foundation communique comme une entreprise familiale - couple fondateur en avant, cérémonie avec artistes, chiffres ronds - mais elle revendique l'impact d'une fondation de gouvernance - vision 2030, université, souveraineté technologique.
Le flou est là. Entre les deux modèles, il faut choisir.
Si la SNK veut être une fondation de gouvernance, qu'elle publie: ses statuts, la liste complète de son CA, le PV du 13 octobre, son rapport financier audité, la convention GreenSprings et la preuve de son foncier à Esse.
Si elle veut rester une fondation familiale assumée, qu'elle l'assume. Mais qu'elle ne parle pas de gouvernance.
Parce que bien gouverner aujourd'hui, ce n'est pas annoncer 50 millions la veille du CA. C'est valider 50 millions en CA, puis les annoncer.
-Armand Ougock, correspondant permanent de koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de koaci au WhatsApp 237 691154277 ou cameroun@koaci.com
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