Côte d'Ivoire : Menacé par l'extension du port d'Abidjan, Maître Pierre-Olivier Sur vole au secours du village de Vridi-Ako : « il faut préserver ce paradis »
Face aux inquiétudes suscitées par l’éventuelle extension de la zone portuaire d’Abidjan sur les terres de Vridi-Ako, Maître Pierre-Olivier Sur, avocat inscrit au barreau de Paris et conseil du village, tire la sonnette d’alarme. Intervenant ce mercredi 14 octobre à Abidjan, au nom du chef du village, l’Honorable Ahibé Djako Philippe, il appelle à un dialogue constructif entre les autorités, les responsables portuaires et les populations locales. Son objectif : préserver le patrimoine naturel et culturel de Vridi-Ako tout en tenant compte des impératifs de développement économique de la Côte d’Ivoire.
« Hier, j’ai découvert le paradis. Hier, j’ai passé une journée au paradis. » C’est en ces termes enthousiastes que Maître Pierre-Olivier Sur décrit sa découverte de Vridi-Ako, un village dont la beauté naturelle l’a profondément marqué.
Entre l’océan Atlantique, le canal, la lagune et un vaste lac végétal, le site offre, selon l’avocat, un paysage d’une rare beauté. Il évoque notamment la tranquillité du lac, son caractère sauvage et la richesse de son environnement naturel.
À ce décor s’ajoute la silhouette urbaine d’Abidjan, visible depuis le canal, ainsi que les installations portuaires et leurs grues, symboles de l’ouverture de la Côte d’Ivoire sur le monde.
Pour Maître Pierre-Olivier Sur, la singularité de Vridi-Ako réside précisément dans cette coexistence entre un environnement naturel préservé, des traditions ancestrales et les signes du développement économique moderne.
« Cette journée que j’ai passée là-bas est tout à l’honneur de votre grand pays », souligne-t-il, estimant que ce patrimoine mérite d’être davantage connu et valorisé.
Au-delà de l’émerveillement, cette visite a également nourri sa réflexion sur les enjeux fonciers et territoriaux auxquels le village est aujourd’hui confronté.
Au cœur des préoccupations figure la superficie du territoire revendiqué par la communauté de Vridi-Ako. Selon les éléments présentés par l’avocat, ce territoire couvre initialement 1 864 hectares, une superficie reconnue par le cadastre en 1970, avant que le village ne bénéficie, en 2010, d’une reconnaissance juridique de son ressort territorial.
Maître Pierre-Olivier Sur indique toutefois qu’un décret pris en 2016 a ramené l’emprise territoriale concernée à 433 hectares.
« On a donc divisé par plus de quatre la superficie », relève-t-il, soulignant que cette réduction ne concerne pas uniquement des limites géographiques, mais touche également à la valeur patrimoniale, sociale et économique des terres.
L’avocat précise que cette décision n’a pas fait l’objet d’un contentieux à l’époque, ce qui constitue aujourd’hui un élément important du contexte juridique.
Désormais, les inquiétudes portent sur la possibilité d’une nouvelle réduction de l’espace villageois dans le cadre des projets d’extension de la zone portuaire d’Abidjan.
Une enquête administrative étant en cours, la communauté redoute que ses terres et certains espaces naturels auxquels elle est attachée soient concernés par de futures décisions administratives, voire judiciaires.
Maître Pierre-Olivier Sur ne conteste pas la nécessité pour le port d’Abidjan de poursuivre son développement. Il reconnaît l’importance stratégique de cette infrastructure pour l’économie ivoirienne, l’emploi et les échanges commerciaux.
Il estime cependant que les ambitions économiques doivent s’accompagner d’une réflexion approfondie sur leurs conséquences pour les communautés riveraines.
« Nul ne conteste la nécessité pour le port de s’agrandir, mais on pourrait peut-être trouver d’autres solutions », fait-il valoir.
Pour l’avocat, l’enjeu consiste à rechercher un équilibre entre les impératifs d’expansion portuaire, la préservation du patrimoine naturel et les droits des populations qui vivent sur ces terres depuis plusieurs générations.
Il invite ainsi l’ensemble des parties prenantes à privilégier une démarche fondée sur le respect mutuel, la concertation et la prise en compte de l’histoire du village.
À ses yeux, l’enquête administrative en cours doit permettre d’examiner objectivement la situation territoriale, les besoins du port et les différentes possibilités d’aménagement.
Il insiste néanmoins sur le fait qu’une enquête administrative ne saurait, à elle seule, remplacer un véritable dialogue entre les acteurs concernés.
Dans ce dossier sensible, Maître Pierre-Olivier Sur entend privilégier, dans un premier temps, la voie du dialogue.
« Pour l’instant, on n’est pas du tout dans le combat judiciaire d’avocat », précise-t-il, tout en rappelant sa responsabilité envers les quelque 30 000 habitants que compterait le village, selon les informations qui lui ont été communiquées.
Il rappelle également le sens de sa mission : « Avocat, ça veut dire en latin ad vocare, parler pour. » C’est dans cet esprit qu’il affirme vouloir porter la voix du chef du village, des habitants et des valeurs patrimoniales attachées à Vridi-Ako.
Son ambition est de créer un cadre d’échanges dans lequel les représentants de la communauté pourront exposer leurs préoccupations, tandis que les autorités et les responsables concernés pourront présenter leurs contraintes et leurs objectifs.
La démarche envisagée repose sur une médiation qu’il souhaite « extrêmement courtoise et équilibrée », avec la volonté de parvenir à des solutions négociées avant que le différend ne prenne une tournure judiciaire.
Pour donner corps à cette initiative, l’avocat évoque l’organisation d’une grande rencontre populaire, locale et traditionnelle à Vridi-Ako.
Cette réunion pourrait rassembler les autorités administratives, civiles, politiques et religieuses, ainsi que des représentants des institutions concernées, des médias et d’autres personnalités susceptibles de contribuer à la recherche de solutions.
L’objectif serait de permettre à la population de présenter son histoire, ses traditions, ses préoccupations foncières et son attachement au territoire.
Maître Pierre-Olivier Sur souhaite notamment que le chef du village, les doyens et les représentants de la communauté puissent s’exprimer librement devant les différentes parties prenantes.
La rencontre pourrait également être marquée par des prestations musicales et des danses traditionnelles, afin de mettre en lumière l’identité culturelle de Vridi-Ako et de montrer que la démarche se veut avant tout un espace de présentation, d’écoute et de dialogue.
Le partage du traditionnel poulet-bicyclette est également envisagé, dans un esprit de convivialité et de rapprochement entre les participants.
L’avocat n’exclut pas non plus d’inviter des correspondants de la presse internationale basés à Abidjan, afin de donner une plus grande visibilité à la situation du village et aux enjeux liés à la préservation de son territoire.
Au-delà des considérations foncières et économiques, Maître Pierre-Olivier Sur souhaite replacer les habitants au centre du débat.
Pour lui, la question de Vridi-Ako ne peut se limiter à des chiffres, à des superficies ou à des projets d’aménagement. Elle concerne aussi des familles, une mémoire collective, des traditions et un mode de vie transmis de génération en génération.
« Il faut présenter les lieux et il faut présenter la population. Il faut présenter des cœurs de familles qui battent depuis moult générations sur ce petit paradis sur terre, à quelques kilomètres du centre d’Abidjan », insiste-t-il.
Cette dimension humaine constitue le fil conducteur de son plaidoyer. Il s’agit, selon lui, de faire comprendre aux décideurs que le développement d’une infrastructure stratégique peut et doit s’accompagner d’une attention particulière aux communautés concernées.
En attendant les conclusions de l’enquête administrative, l’avocat entend poursuivre les démarches préparatoires à cette rencontre avec les représentants locaux, notamment les personnes qu’il cite comme interlocuteurs, MM. Coulibaly et Sankara.
Pour le conseil du village, l’enjeu est désormais d’ouvrir un espace de concertation susceptible de rapprocher les positions et de faire émerger des solutions équilibrées.
À Vridi-Ako, le débat est donc engagé autour d’une question essentielle : comment accompagner le développement du port d’Abidjan sans sacrifier un territoire auquel une communauté est profondément attachée ?
Maître Pierre-Olivier Sur espère que le dialogue permettra d’apporter une réponse à cette interrogation, dans le respect des populations, de leur histoire et des ambitions économiques de la Côte d’Ivoire.
Wassimagnon
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