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Cameroun : Election au Mrc, le retrait de Pierre Emmanuel Binyam expose la fragilité démocratique de l'opposition
 

Cameroun : Election au Mrc, le retrait de Pierre Emmanuel Binyam expose la fragilité démocratique de l'opposition

 
 
 
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© Koaci.com - jeudi 15 octobre 2026 - 08:04

Pierre Emmanuel Binyam (Ph)


À deux jours de sa Convention extraordinaire, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) enregistre un coup de théâtre. La liste conduite par Pierre Emmanuel Binyam annonce son retrait de la course à la présidence du parti. Un retrait accompagné d'accusations graves contre le directoire national du parti: Tripatouillage, scrutin verrouillé, marginalisation du Grand Nord. Au-delà de la crise interne, c'est l'image d'une opposition qui se veut alternative démocratique qui se fissure.


Les faits

Dans son communiqué daté de ce 15 octobre 2026, signé par sa porte-parole Marie Flore Mboussi, la liste Binyam officialise sa décision.


" Fidèles à nos convictions et soucieux de préserver la dignité de notre engagement politique, nous annonçons officiellement le retrait de notre candidature à l'élection du Présidium du MRC ", peut-on lire.


Le texte évoque des "conditions nécessaires à une participation crédible et équitable" qui ne seraient plus réunies, malgré une démarche défendant "les principes de transparence, de justice, d'inclusion et de démocratie interne". Le communiqué appelle à la sagesse et à éviter "toute initiative susceptible d'aggraver les divisions internes".


En coulisses, le ton est plus dur. Selon ses proches, Binyam se dit poussé dans ses derniers retranchements, harcelé et menacé. Trois griefs sont mis en avant contre le dispositif piloté par le directoire du Mrc.


Accusations 


Le tripatouillage. C'est le premier grief mis en avant. Des proches de Binyam évoquent la gestion des listes de délégués, aux validations tardives de candidatures et à l'opacité sur les procédures de vote prévues le 17 octobre. Dans ce genre d'élection, le contrôle de la liste électorale interne est l'arme absolue.


Scrutin verrouillé 


C'est l'accusation la plus lourde. Toujours selon les proches du candidat Binyam, le vainqueur serait connu avant même le vote. Mécanisme classique dans les partis camerounais: cooptation des délégués acquis, répartition géographique favorable, maîtrise du présidium sortant qui organise sa propre succession.


 

Marginalisation du Grand Nord


C'est l'angle politique le plus sensible. Le Grand Nord - Adamaoua, Nord, Extrême-Nord - représente plus de 30% de l'électorat national et un vivier de militants pour le MRC. Des camerounais qui ont pendant longtemps fait le choix du Rdpc au pouvoir mais qui aujourd'hui sont déçus par Yaoundé. Comme on n'a pu le constater lors de la dernière élection présidentielle ils ont majoritairement voté pour le candidat Issa Tchiroma Bakary le propulsant à la seconde place.


Selon Binyam, ses délégués auraient été systématiquement sous-représentés ou invalidés. Si elle est avérée, cette marginalisation reproduirait exactement les reproches faits au Rdpc sur la centralisation du pouvoir.


Déjà-vu 


Ce scénario n'est pas inédit. Du SDF de Ni John Fru Ndi aux crises successives de l'UDC, du PCRN ou du MRC lui-même en 2022-2023, l'histoire de l'opposition camerounaise est jalonnée de congrès contestés et de départs fracassants pour "déficit démocratique interne".


Le paradoxe est connu des politologues camerounais. Des formations qui exigent - à juste titre - transparence électorale, accès équitable à Elecam et au fichier électoral national, peinent à appliquer ces mêmes principes à leurs instances internes.


Comment prétendre réformer la démocratie camerounaise quand on ne parvient pas à organiser une élection interne crédible?


Pierre Binyam a-t-il exposé les tares du MRC?


 

La réponse est plus nuancée qu'un simple oui.


Oui, sur le fond, Binyam met le doigt sur une faille structurelle. Le Mrc, construit autour d'une figure charismatique et d'un discours de rupture morale, n'a jamais véritablement institutionnalisé ses mécanismes de dévolution du pouvoir. La Convention du 17 octobre devait être l'occasion de cette institutionnalisation. Son retrait transforme l'exercice en plébiscite.


Non, sur la forme, car ce retrait prive le parti d'un débat contradictoire. En se retirant, Binyam évite l'épreuve des urnes, même verrouillées. Il laisse le champ libre à la candidature de Tiriane Noah et s'expose à l'accusation classique de "mauvais perdant". Sa posture de victime harcelée, si elle n'est pas étayée par des preuves concrètes, restera comme un témoignage partisan.


Le Mrc se retrouve donc devant un dilemme: valider une élection à candidat unique et assumer l'image d'un parti verrouillé, ou reporter sa convention et donner raison à Binyam.


Dans les deux cas, la séquence du 15 octobre 2026 restera comme un rappel cruel. Au Cameroun, la démocratie n'est pas seulement un combat contre le pouvoir. C'est d'abord une épreuve interne pour ceux qui prétendent l'incarner.

 

-Armand Ougock, correspondant permanent de koaci au Cameroun. 


-Joindre la rédaction camerounaise de koaci au WhatsApp 237 691154277 ou cameroun@koaci.com




 
 
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