Côte d'Ivoire : À Yopougon, six jeunes rappeurs prêts à faire de la musique une arme de sensibilisation
Le rap pour parler de santé, de prévention et d’avenir. C’est le pari de la deuxième saison de « Hello Cypher », officiellement lancée le mercredi 14 octobre 2026 à Yopougon. Porté par l’ONG Réseau Africain pour l’Éducation à la Santé (RAES), en partenariat avec l’UNESCO, le projet entend rapprocher les messages de sensibilisation des réalités quotidiennes des jeunes grâce à la musique urbaine.
L’initiative s’inscrit dans le programme « Nos droits, nos vies, notre avenir ». Son ambition est de mobiliser les adolescents et les jeunes d’Abidjan et des communes environnantes autour de problématiques qui les concernent directement. Plutôt que de s’appuyer uniquement sur les canaux classiques de communication, les promoteurs ont choisi de miser sur le rap, un univers dans lequel la jeunesse peut exprimer ses préoccupations, raconter son vécu et interpeller ses pairs.
Pour Aminata Sira Niang, coordinatrice du projet « Hello ADO » au sein du RAES, cette approche répond à une nécessité : adapter les méthodes de prévention aux habitudes et aux codes des nouvelles générations. « Aujourd’hui, si on veut parler à la jeunesse, il faut pouvoir comprendre sa réalité, utiliser ses codes et lui donner la parole », a-t-elle expliqué. Elle a rappelé que l’organisation s’appuie depuis vingt ans sur le rapprochement entre communication, médias et divertissement pour favoriser le changement social et comportemental.
Le choix d’Abidjan ne doit rien au hasard. Considérée comme l’une des grandes places du rap en Afrique francophone, la capitale économique ivoirienne constitue le point central de cette nouvelle édition. À l’issue d’une première sélection ayant réuni une quinzaine de candidats, six jeunes artistes ont été retenus pour poursuivre l’aventure.
Leur mission sera de transformer des sujets parfois difficiles à aborder en textes accessibles à leurs contemporains. La santé sexuelle et reproductive, la contraception, les addictions, les risques liés aux paris sportifs, les relations entre parents et enfants, mais aussi l’insertion professionnelle et les perspectives d’avenir figurent parmi les thèmes qui alimenteront leurs créations.
Présent à la cérémonie au nom de l’UNESCO, Désiré Gnackaby, responsable national du programme Éducation, a insisté sur la place que peut occuper la culture dans la formation et l’épanouissement des jeunes. En évoquant des références du rap engagé comme MC Solaar et Kery James, il a encouragé les participants à faire de leurs textes des supports de réflexion et de transformation sociale.
« La jeunesse ne saurait se contenter de recevoir des messages ; elle est elle-même actrice de ce processus de transformation », a-t-il souligné. Il a également invité les jeunes à utiliser les outils numériques de manière responsable, notamment pour relayer des informations fiables au sein de leurs communautés.
La suite du programme sera consacrée à la création artistique. Les six finalistes participeront à une résidence aux côtés du rappeur ivoirien Suspect 95. Cette collaboration doit aboutir à l’enregistrement d’un morceau collectif inédit, accompagné d’un clip vidéo destiné à être diffusé sur les réseaux sociaux. Un showcase viendra clôturer le parcours et permettra de désigner le vainqueur de cette deuxième saison.
Au-delà de la compétition musicale, « Hello Cypher » entend aussi favoriser les échanges entre jeunes artistes de la sous-région. Sangaré Ben Souleymane, producteur et réalisateur du projet « Hello ADO », s’est réjoui de cette dimension culturelle, marquée notamment par l’accueil de participants sénégalais en Côte d’Ivoire.
Avec cette nouvelle édition, les organisateurs veulent faire du rap bien plus qu’un divertissement : un moyen de donner la parole aux jeunes et de les amener à s’approprier des questions qui touchent à leur santé, à leurs relations sociales et à leur avenir.
Jean Chresus, Abidjan
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