Cameroun : Comment une rumeur sur Paul Biya a enflammé X en quelques heures
Une simple publication sur X a suffi à relancer la machine à rumeurs autour de la santé du chef de l'État camerounais. Retour sur une désinformation éclair, et sur les raisons pour lesquelles elle prend à chaque fois.
Tout part d'un compte nommé « Human Rights Forum ». Jeudi 15 octobre, il affirme, sans aucune preuve, le décès du président Paul Biya, ajoutant que des responsables politiques discuteraient déjà de sa succession avant une annonce officielle. Le post cumule plusieurs centaines de milliers de vues en quelques heures.
Quelques heures plus tard, le même compte enfonce le clou : il évoque une « épaisse fumée » au-dessus du Palais de l'Unité à Yaoundé et des « discussions sérieuses » pour désigner un successeur. Le hashtag #RIPPaulBiya commence à circuler.
C'est le schéma classique d'une rumeur virale au Cameroun.
Démenti
Face à l'ampleur prise par la publication, la présidence a réagi rapidement. Contacté par Jeune Afrique ce 16 octobre, Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil et homme clé du système Biya, a coupé court.
« Vous pensez qu'on peut cacher le décès d'un chef de l'État ? », a-t-il lancé. Qualifiant l'information de « fake », il a assuré que Paul Biya « est bien portant et qu'il travaille ». Pour preuve, selon lui, un décret signé de la main du président et publié le 15 octobre, le jour même où la rumeur naissait.
Le directeur de cabinet dit regretter la « persistance des fausses informations » sur l'état de santé du président.
Bis repetita
Cette rumeur n'arrive pas dans le vide. Elle s'appuie sur trois éléments qui la rendent crédible aux yeux d'une partie du public.
D'abord l'âge et la longévité au pouvoir du président. Paul Biya a 93 ans et dirige le Cameroun depuis 1982. C'est le plus âgé des chefs d'État en exercice dans le monde.
Ensuite le calendrier médical. Parti de Yaoundé le 7 juin pour ce qui avait été présenté comme un « court séjour privé en Europe », son absence s'est prolongée pendant plus de deux mois. Selon les médias, ce séjour a inclus une hospitalisation à Genève. Rentré le 20 août, il se serait vu recommander par ses médecins un nouveau séjour à l'étranger.
Le déficit d'images. Depuis son retour, aucune apparition publique filmée ou photographiée de manière indépendante n'est venue rassurer l'opinion. Dans ce vide, le décret reste la seule preuve d'activité.
C'est cette combinaison - un président très âgé, des séjours médicaux à l'étranger et une communication officielle réduite au minimum - qui fait de chaque rumeur un phénomène viral. Tant que la présidence communiquera uniquement par démenti écrit et non par l'image, la prochaine rumeur est déjà prête à partir.
-Armand Ougock, correspondant permanent de koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de koaci au WhatsApp 237 691154277 ou cameroun@koaci.com
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