Côte d'Ivoire : Faut-il supprimer la commune du Plateau ? Voici la lettre adressée au ministre de l'intérieur
Au Plateau
La gestion administrative et financière de la commune du Plateau mérite-t-elle d’être repensée au regard de son statut de centre névralgique des activités économiques et institutionnelles de la Côte d’Ivoire ? C’est la question soulevée par Oupoh Laurent, contributeur, dans une adresse au ministre de l’Intérieur et de la Sécurité. Il propose de supprimer la commune en tant que collectivité territoriale autonome et de transférer ses compétences au District autonome d’Abidjan.
La question n’est pas nouvelle. En avril 2024, Dabley Jean Cyriac, qui se présente comme un observateur indépendant de la vie politique ivoirienne, avait déjà suscité la polémique en proposant la suppression de la commune du Plateau. Près de deux ans et demi plus tard, Oupoh Laurent estime que cette réflexion mérite d’être reprise, notamment à l’occasion de la Journée des collectivités territoriales organisée au Parc des Expositions, dans un contexte où les élus locaux mettent en avant leurs contraintes budgétaires et leurs besoins de financement.
Pour défendre sa proposition, le contributeur s’appuie sur la configuration particulière du Plateau. Selon les chiffres qu’il avance, ce territoire de 394 hectares compte environ 7 186 habitants, alors que près de deux millions de personnes y convergent chaque jour pour travailler, commercer ou effectuer des démarches administratives. Un décalage qui, à ses yeux, pose la question de l’adéquation entre l’organisation municipale actuelle et les réalités de cette commune, qui concentre une grande partie des institutions publiques et des activités financières du pays.
Le budget communal, estimé à environ 14 milliards de FCFA par an dans sa contribution, constitue un autre élément de son argumentation. Oupoh Laurent s’interroge sur les investissements réalisés grâce à ces ressources, les services rendus aux populations et les résultats concrets obtenus. Il estime qu’une évaluation indépendante permettrait de déterminer si le maintien d’une mairie autonome représente la formule la plus adaptée aux particularités du Plateau.
L’auteur précise que sa démarche ne vise pas la personne du maire, mais plutôt le fonctionnement d’une institution publique. Pour lui, la décentralisation doit rester un moyen d’améliorer les services aux populations et l’efficacité de l’action publique. Elle ne saurait, selon son analyse, empêcher la remise en question d’une organisation administrative lorsque les circonstances justifient un examen approfondi.
Le contributeur soulève également une interrogation sur les données électorales attribuées à la commune. Il évoque 82 678 électeurs inscrits pour une population résidente estimée à 7 186 habitants. Cette différence, qu’il juge suffisamment importante pour appeler des éclaircissements, devrait selon lui conduire à vérifier les modalités d’inscription sur les listes électorales et les règles de rattachement des électeurs à cette circonscription. Il ne présente toutefois pas de preuve établissant une irrégularité, mais réclame davantage de transparence sur ces chiffres.
Dans son adresse au ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Oupoh Laurent souhaite également savoir si une étude a été engagée depuis le débat de 2024. Il demande que les conclusions d’éventuels travaux soient rendues publiques ou, à défaut, qu’une réflexion soit officiellement lancée. Il estime que le temps écoulé devrait permettre de disposer au moins d’un état d’avancement du dossier.
Sa proposition se distingue de celle formulée initialement par Dabley Jean Cyriac, qui envisageait un rattachement du Plateau à la commune d’Adjamé. Oupoh Laurent privilégie plutôt la création d’un territoire particulier placé sous la responsabilité du District autonome d’Abidjan. Le projet impliquerait la suppression de la commune comme collectivité territoriale autonome, le transfert de ses compétences au District, la continuité des services destinés aux résidents et une révision de la répartition des ressources fiscales entre les institutions concernées, notamment l’État, Adjamé et le District.
Une telle évolution nécessiterait cependant une étude préalable portant sur ses implications financières, administratives et juridiques. Les économies éventuelles, les coûts de transition, les besoins d’entretien du territoire et les charges liées à sa fréquentation quotidienne devraient être évalués avant toute décision. L’auteur reconnaît lui-même que la réforme devrait respecter les procédures législatives et réglementaires en vigueur.
Au-delà du cas du Plateau, cette proposition remet sur la table une question plus large : celle de l’adaptation de l’organisation des collectivités territoriales aux réalités démographiques, économiques et institutionnelles des espaces qu’elles administrent. Pour Oupoh Laurent, l’enjeu est de déterminer si le dispositif actuel demeure le plus pertinent ou si une autre formule permettrait de mieux répartir les responsabilités et les ressources publiques.
En sollicitant l’attention du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le contributeur appelle ainsi à une expertise indépendante et à un débat fondé sur des données vérifiables. Reste à savoir si cette nouvelle interpellation donnera lieu à une évaluation officielle de l’organisation administrative du Plateau ou si la question continuera d’alimenter les discussions sans déboucher sur une étude rendue publique.
Jean Chresus, Abidjan
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
