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Côte d'Ivoire : La médecine traditionnelle s'invite dans la recherche anticancéreuse, le Zézépagnon entre espoirs thérapeutiques et validation scientifique
 

Côte d'Ivoire : La médecine traditionnelle s'invite dans la recherche anticancéreuse, le Zézépagnon entre espoirs thérapeutiques et validation scientifique

 
 
 
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© Koaci.com - dimanche 18 octobre 2026 - 18:49


Le Zézépagnon, une préparation issue de la pharmacopée traditionnelle africaine, a fait l’objet d’évaluations scientifiques dont les premiers résultats ont été présentés le 14 octobre 2026 à Abidjan, lors du 47ᵉ Congrès annuel de la Société ouest-africaine de pharmacologie. Conduits par le chercheur burkinabè Richard Sawadogo, les travaux font état d’une qualité jugée conforme aux critères évalués, de l’absence de toxicité aiguë observée chez la souris et d’une activité inhibitrice sur des cellules cancéreuses du côlon, du sein et de la prostate en laboratoire. Des résultats encourageants qui appellent toutefois des investigations complémentaires avant toute conclusion sur l’efficacité et la sécurité du produit chez l’être humain.


La pharmacopée africaine continue de susciter l’intérêt des chercheurs. Le Zézépagnon, une préparation traditionnelle commercialisée et consommée en Côte d’Ivoire et au-delà de ses frontières, notamment pour ses effets revendiqués contre diverses maladies, dont le cancer, le diabète et l’insuffisance rénale, est désormais au cœur d’investigations scientifiques destinées à mieux documenter ses propriétés.


Les premiers résultats de ces travaux ont été présentés le mercredi 14 octobre 2026 à l’Institut national de santé publique (INSP), à Adjamé, à Abidjan, dans le cadre du 47ᵉ Congrès annuel de la Société ouest-africaine de pharmacologie, couplé à la 2ᵉ Journée de pharmacologie et de pharmacovigilance. Organisées du 13 au 17 octobre, ces rencontres scientifiques sont portées par la Société ivoirienne de pharmacologie et de thérapeutique (SIPT).


À cette occasion, le docteur Richard Sawadogo, chercheur senior à l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS) de Ouagadougou, au Burkina Faso, a présenté des données expérimentales portant sur la qualité, la sécurité, la toxicité et les effets cytotoxiques des extraits de Zézépagnon.


Jusqu’à présent, les données scientifiques disponibles sur cette préparation demeuraient insuffisantes pour établir précisément son profil de sécurité et caractériser ses effets biologiques. Les travaux présentés visent ainsi à apporter des éléments mesurables à l’évaluation de ce produit issu de la pharmacopée africaine.


Une qualité conforme aux critères évalués


Selon les résultats exposés par le chercheur, les échantillons de Zézépagnon analysés satisfont aux spécifications de qualité évaluées, en référence aux 8ᵉ et 11ᵉ éditions de la Pharmacopée européenne.


Les analyses ont notamment porté sur les paramètres physicochimiques et microbiologiques, afin de vérifier la conformité des échantillons aux critères retenus dans le protocole expérimental.


« Les conclusions sur ce volet sont rassurantes : la tisane est propre à la consommation et respecte les spécifications et normes de qualité fixées par la Pharmacopée européenne », a indiqué Richard Sawadogo lors de sa présentation.


Ces résultats constituent une première étape dans la caractérisation du produit. Ils doivent néanmoins être interprétés au regard des paramètres effectivement analysés et ne suffisent pas, à eux seuls, à établir l’innocuité du Zézépagnon dans toutes les conditions d’utilisation, notamment lors d’une consommation prolongée ou chez des personnes souffrant de maladies chroniques.


L’un des volets importants de l’étude concerne l’évaluation de la toxicité aiguë. Pour apprécier les effets d’une administration unique du produit, les chercheurs ont réalisé des essais chez la souris, selon un protocole s’appuyant sur les lignes directrices de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).


D’après les résultats présentés, aucun signe de toxicité aiguë ni aucun décès n’a été observé pendant les 14 jours de suivi après l’administration d’une dose unique de 2 000 milligrammes par kilogramme de poids corporel.


Sur la base de ces observations, le chercheur a indiqué que la dose létale médiane, ou DL50, pouvait être considérée comme supérieure à 2 000 mg/kg dans les conditions expérimentales retenues.


Cette donnée constitue un indicateur du profil de toxicité aiguë du produit chez l’animal. Elle ne permet cependant pas de conclure à une absence générale de toxicité chez l’être humain. Des études complémentaires, notamment sur les effets d’une administration répétée, demeurent nécessaires pour mieux caractériser les risques éventuels.


 

Les chercheurs ont également étudié les effets des extraits de Zézépagnon sur des cellules cancéreuses cultivées en laboratoire. Les résultats présentés font état d’une diminution de la viabilité de ces cellules lorsque la concentration des extraits augmente.


Trois types de cellules cancéreuses ont notamment été examinés : celles du côlon, du sein et de la prostate.


Pour les cellules cancéreuses du côlon, la concentration inhibitrice médiane, appelée CI50, a été estimée à 56,11 microgrammes par millilitre. Pour les cellules cancéreuses du sein, cette valeur s’établit à 70,10 µg/mL.

Concernant les cellules cancéreuses de la prostate, les données communiquées font état d’une réduction de plus de 50 % de leur viabilité à une concentration de 50 µg/mL.


La CI50 correspond à la concentration d’une substance nécessaire pour réduire de 50 % un paramètre biologique mesuré, ici la viabilité cellulaire. Ces valeurs permettent de quantifier l’activité observée dans les conditions précises de l’expérience.


Les résultats présentés indiquent également qu’aucun effet toxique n’a été observé sur les cellules normales étudiées dans les conditions expérimentales retenues.


Cette différence de réponse entre cellules cancéreuses et cellules non cancéreuses constitue une piste intéressante pour la poursuite des recherches. Elle ne permet toutefois pas encore d’affirmer que le produit détruit sélectivement les cellules tumorales dans l’organisme humain, ni qu’il peut traiter efficacement un cancer.


En effet, une activité observée sur des cellules cultivées en laboratoire ne garantit pas qu’une substance produira les mêmes effets chez un patient. Son absorption, sa distribution dans l’organisme, son métabolisme, ses interactions éventuelles avec d’autres médicaments et sa tolérance doivent notamment être étudiés.


Les investigations ont été conduites sous la direction de Richard Sawadogo, avec la participation d’autres chercheurs, notamment Compaoré-Coulibaly Adjaratou, Yi Zhu, Tong-Chuan He et Chan-Su Yuan.


Docteur en biochimie et chimie des substances naturelles depuis 2006, Richard Sawadogo est directeur de recherche à l’Institut de recherche en sciences de la santé de Ouagadougou et chercheur associé au Tang Center for Herbal Medicine Research de l’Université de Chicago, aux États-Unis.


Ses travaux portent principalement sur l’évaluation des propriétés biologiques des produits naturels, notamment dans les domaines de la recherche anticancéreuse et anti-inflammatoire. Il est également auteur de plus de 45 publications scientifiques internationales et a effectué plusieurs séjours de recherche postdoctorale en France, au Luxembourg et aux États-Unis.


Le Zézépagnon a été développé par le professeur Alain Tagro Kalou, présenté comme le concepteur de cette préparation à base de plantes africaines. Sa formulation et ses usages revendiqués suscitent un intérêt qui nécessite désormais une documentation scientifique rigoureuse, tant sur sa composition que sur ses propriétés biologiques et son profil de sécurité.


La poursuite des recherches devra notamment permettre de mieux caractériser les substances présentes dans les extraits étudiés et de déterminer celles qui pourraient être responsables des effets observés.


Des études complémentaires attendues


Loin de constituer une conclusion définitive, les résultats présentés à Abidjan ouvrent une nouvelle étape dans l’évaluation scientifique du Zézépagnon.


Selon Richard Sawadogo, les investigations devraient se poursuivre avec une étude de toxicité à doses répétées sur une période de 28 jours, ainsi qu’avec des expériences destinées à mieux comprendre les mécanismes d’action du produit.


 

Ces travaux seront essentiels pour préciser les conditions dans lesquelles les extraits étudiés produisent leurs effets, évaluer les risques associés à une exposition répétée et déterminer les étapes nécessaires à d’éventuelles recherches ultérieures.


Si des résultats suffisamment solides sont obtenus, des études précliniques supplémentaires pourraient être envisagées avant de déterminer si des essais cliniques chez l’être humain sont justifiés et peuvent être conduits dans un cadre réglementaire approprié.


Valoriser la pharmacopée africaine sans renoncer à l’exigence scientifique

Pour les chercheurs, l’évaluation du Zézépagnon illustre l’intérêt de rapprocher les savoirs traditionnels des méthodes modernes de recherche biomédicale.


La valorisation des ressources naturelles africaines peut contribuer au développement de la recherche locale, à la formation de nouvelles compétences et à l’identification de substances susceptibles de présenter un intérêt thérapeutique.


Cette démarche suppose toutefois des protocoles rigoureux, la publication des résultats, leur reproduction par des équipes indépendantes et une évaluation transparente des bénéfices et des risques.


Les données présentées par Richard Sawadogo apportent ainsi de premiers éléments expérimentaux sur la qualité de certains échantillons de Zézépagnon, leur toxicité aiguë chez la souris et leur activité sur des cellules cancéreuses en laboratoire.


Le principal enjeu est désormais de déterminer si ces observations peuvent être confirmées et si elles présentent un intérêt thérapeutique réel chez l’être humain. À ce stade, le Zézépagnon demeure un objet de recherche : son efficacité contre le cancer, le diabète ou l’insuffisance rénale n’est pas établie par les résultats présentés.


Entre valorisation des savoirs traditionnels et exigences de la médecine fondée sur les preuves, la poursuite des travaux scientifiques sera déterminante pour préciser la portée de ces premiers résultats et les perspectives qu’ils pourraient ouvrir.



Wassimagnon





 
 
  Par Koaci
 
 
 
 
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