Côte d'Ivoire : L'État et la CPU-PME veulent rapprocher les entreprises des marchés et des financements
En visite à la Confédération patronale unique des petites et moyennes entreprises de Côte d’Ivoire (CPU-PME), le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Ibrahim Khalil Konaté, a réaffirmé le lundi 19 octobre 2026, la volonté du gouvernement d’accompagner les entreprises locales vers une croissance durable. Entre accès au financement, développement des fournisseurs nationaux et émergence de champions économiques, cette rencontre a posé les bases d’une collaboration plus étroite entre les pouvoirs publics et le secteur privé.
Faire des petites et moyennes entreprises (PME) des acteurs incontournables de la transformation économique de la Côte d’Ivoire. Tel est l’objectif qui se dégage de la visite d’Ibrahim Khalil Konaté au siège de la Confédération patronale unique des petites et moyennes entreprises de Côte d’Ivoire (CPU-PME).
À cette occasion, le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat a présenté les grandes orientations du Programme national de tutorat et de construction des champions nationaux. Cette initiative entend accompagner les entreprises à fort potentiel, renforcer leurs capacités et favoriser l’émergence d’un tissu entrepreneurial plus compétitif.
Face aux préoccupations exprimées par les entrepreneurs, le ministre a privilégié une approche fondée sur l’écoute, la concertation et la recherche de solutions adaptées aux réalités du terrain. L’ambition est de rapprocher davantage les PME des dispositifs d’accompagnement, des mécanismes de financement et des opportunités de développement économique.
Pour la CPU-PME, cette visite représente bien plus qu’une simple rencontre institutionnelle. Elle constitue une occasion de renforcer le dialogue avec les autorités et de faire entendre les propositions des entreprises en faveur d’une économie davantage portée par les acteurs nationaux.
La CPU-PME plaide pour une meilleure intégration des entreprises locales
Accueillant le ministre dans ce qu’il a présenté comme la « maison des entrepreneurs ivoiriens », le président de la CPU-PME, le Dr Elias-Farakhan Moussa Diomandé, a insisté sur la nécessité de bâtir un partenariat durable entre l’État et les PME.
« Il y a des visites de courtoisie, et il y a des visites qui engagent l’avenir. Nous formons le vœu que celle-ci appartienne à la seconde catégorie », a-t-il déclaré.
À travers cette intervention, le président de la Confédération a exprimé une attente majeure du secteur privé : passer d’une reconnaissance institutionnelle des PME à leur participation effective aux circuits de production, de financement et de commercialisation.
Selon la CPU-PME, les difficultés des entreprises ne peuvent être résolues par des mesures isolées. Si les allègements fiscaux peuvent contribuer à améliorer leur situation, ils ne garantissent pas pour autant l’accès aux marchés. De même, l’obtention d’un crédit ne suffit pas à assurer la rentabilité d’une activité en l’absence de débouchés commerciaux.
L'organisation défend ainsi une approche globale articulant financement, formation, mise aux normes, renforcement des compétences et accès à la commande publique comme privée.
Parmi les propositions avancées par la CPU-PME figure la mise en place d’un programme national de fournisseurs ivoiriens. L’objectif serait d'identifier les biens et services importés par les entreprises minières, les industries, les établissements hôteliers, les grandes surfaces et les porteurs de grands projets, puis de préparer les PME locales à répondre à cette demande.
Cette initiative vise à rapprocher les besoins des grandes entreprises des capacités de production des fournisseurs nationaux. Elle permettrait également de créer de nouvelles opportunités commerciales pour les PME et de favoriser la conservation d’une plus grande part de la valeur ajoutée sur le territoire ivoirien.
Pour soutenir cette démarche, la CPU-PME propose de mobiliser son Hub comme plateforme d’intermédiation entre les pouvoirs publics, les banques, les grandes entreprises et les fournisseurs locaux.
La performance du dispositif pourrait être évaluée à partir d’indicateurs concrets, notamment le volume des commandes attribuées aux entreprises ivoiriennes, le nombre d’emplois formels créés et la valeur ajoutée générée localement.
À travers cette proposition, la Confédération entend faire des PME des partenaires économiques à part entière, capables de répondre aux exigences du marché et de contribuer activement à la réduction de certaines dépendances aux importations.
En présentant le Programme national de tutorat et de construction des champions nationaux, Ibrahim Khalil Konaté a mis en avant la nécessité d’accompagner les entreprises dans leur structuration et leur développement.
Le dispositif vise notamment à identifier les PME à fort potentiel, y compris les startups innovantes, à évaluer leurs besoins et à rechercher des solutions d’accompagnement et de financement adaptées.
Le tutorat constitue l’un des leviers de cette stratégie. Il doit permettre aux entreprises en développement de bénéficier de l’expérience de dirigeants plus aguerris, capables de partager leurs connaissances en matière de gestion, d’organisation, de stratégie commerciale et de conquête des marchés.
Le ministre a également encouragé les entrepreneurs à renforcer leur organisation et à envisager des regroupements lorsque ceux-ci peuvent améliorer leur capacité d’action.
L'objectif est de permettre aux PME de franchir de nouveaux paliers de croissance, d'améliorer leur compétitivité et de gagner en crédibilité auprès des partenaires économiques et financiers.
À terme, cette dynamique doit favoriser l’émergence d’entreprises ivoiriennes suffisamment solides pour jouer un rôle moteur dans l’économie nationale et rivaliser sur des marchés plus exigeants.
La question du financement a occupé une place importante dans les échanges. Pour de nombreux entrepreneurs, l’accès au crédit demeure un enjeu déterminant, notamment pour développer les capacités de production, investir dans les équipements et conquérir de nouveaux marchés.
Sur ce point, Ibrahim Khalil Konaté a évoqué des discussions avec l’Association professionnelle des banques et établissements financiers de Côte d’Ivoire (APBEF-CI). L’objectif annoncé est de mieux comprendre les difficultés rencontrées par les PME et de rechercher des réponses tenant compte de leurs réalités.
Le ministre a également souligné l’intérêt des groupements d’intérêt économique (GIE), qui peuvent permettre aux entreprises de mutualiser leurs ressources, de renforcer leurs capacités opérationnelles et de présenter des projets plus structurés aux établissements financiers.
Cette approche ne signifie pas que l’accès au crédit sera automatiquement garanti. Elle vise plutôt à créer un environnement plus favorable au financement des PME, en améliorant la qualité de leurs projets, leur organisation et leur capacité à démontrer leur viabilité économique.
Pour les entreprises, le défi reste donc double : mieux se préparer aux exigences des banques et disposer de perspectives commerciales suffisamment solides pour sécuriser leurs investissements.
Au-delà des questions de financement et d’accompagnement, la rencontre a mis en évidence une ambition partagée : renforcer la production nationale et donner aux entreprises ivoiriennes une place plus importante dans les chaînes de valeur.
Le ministre a ainsi invité les entrepreneurs à explorer les possibilités de production locale dans des secteurs où la Côte d’Ivoire reste dépendante des approvisionnements extérieurs, notamment les industries manufacturières et le secteur pharmaceutique.
Pour la CPU-PME, cette orientation rejoint la nécessité de construire une souveraineté économique fondée sur la capacité du pays à produire, financer, transporter et commercialiser davantage de biens et de services.
Il ne s’agit pas de prétendre fabriquer localement tous les produits importés, mais d’identifier les activités pour lesquelles les entreprises nationales peuvent progressivement développer une offre compétitive.
L’automobile, l’agro-industrie, les matériaux de construction et le textile figurent parmi les secteurs évoqués par le président de la Confédération comme des domaines susceptibles d’offrir des perspectives aux fournisseurs ivoiriens.
Une meilleure articulation entre les besoins des grandes entreprises et les capacités des PME pourrait ainsi contribuer à dynamiser l’appareil productif, à soutenir la création d’emplois et à accroître les retombées économiques des investissements réalisés dans le pays.
La CPU-PME a également porté les attentes de ses membres en matière de représentation dans les instances de décision, de reconnaissance du mérite entrepreneurial, de protection sociale et d’accompagnement à l’international.
Ces préoccupations traduisent la volonté des PME de participer davantage à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques qui influencent leur environnement économique.
« Nous ne sollicitons aucun privilège. Nous aspirons à prendre toute notre part à l’effort national », a souligné le président de la Confédération.
Cette déclaration résume la position défendue par l'organisation patronale : les PME ne souhaitent pas seulement bénéficier de mesures de soutien, mais devenir des partenaires actifs de la croissance et de la transformation économique du pays.
En retour, le ministre a invité les entrepreneurs à s’approprier le programme présenté, à faire remonter leurs difficultés et à contribuer à la définition de solutions adaptées à leurs besoins.
Au terme de cette rencontre, les échanges entre Ibrahim Khalil Konaté et les responsables de la CPU-PME ont fait ressortir une convergence d’intérêts autour de plusieurs priorités : l’accompagnement des entreprises à fort potentiel, l’amélioration de l’accès au financement, le développement des fournisseurs locaux et le renforcement de la production nationale.
L’enjeu est désormais de traduire cette volonté de coopération en mécanismes opérationnels, assortis d’objectifs précis et de résultats mesurables.
La concrétisation du programme de fournisseurs ivoiriens, l’amélioration du dialogue entre les PME et les banques ainsi que la mise en œuvre d’un accompagnement mieux ciblé pourraient constituer des étapes décisives.
Pour les entreprises ivoiriennes, l’enjeu est de transformer les opportunités annoncées en contrats, en investissements et en emplois durables. Pour les pouvoirs publics, il s’agit de créer les conditions permettant au secteur privé national de contribuer plus fortement à la création de richesse.
La réussite de cette nouvelle dynamique dépendra donc moins des intentions affichées que de la capacité des différentes parties à traduire leurs engagements en résultats concrets. C’est à cette condition que les PME pourront renforcer leur place dans l’économie ivoirienne et participer pleinement à l’émergence de nouveaux champions nationaux.
Wassimagnon
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