Cameroun : 5,5 milliards pour 20 000 jeunes à la veille des municipales et législatives - Aide sociale ou calendrier politique ?
275 000 FCFA non remboursables pour 20 000 jeunes. C'est l'annonce du Ministre de l'Économie, Alamine Ousmane Mey, le 4 novembre 2026. Une annonce qui tombe alors que le Cameroun attend la date des élections municipales et législatives. Coïncidence de calendrier ou stratégie politique ?
Le gouvernement camerounais lance la deuxième phase du Programme d'inclusion économique des jeunes, destinée à 20 000 travailleurs indépendants du secteur informel.
Chaque bénéficiaire doit recevoir une subvention non remboursable de 275 000 FCFA, soit une enveloppe globale de 5,5 milliards de FCFA. Le lancement des candidatures a été annoncé dans un communiqué du Ministre de l'Économie, Alamine Ousmane Mey, signé le 4 novembre 2026.
Le dispositif cible les jeunes vulnérables de 18 à 35 ans établis à Maroua, Garoua, Ngaoundéré, Bertoua, Ebolowa, Bafoussam, Douala ou Yaoundé. Les inscriptions en ligne sont prévues du 9 novembre au 9 décembre 2026 sur le portail du Projet Filets sociaux adaptatifs et d'inclusion économique (PFS-AIE).
Soutenu par la Banque mondiale, le programme prévoit également des formations en entrepreneuriat, du coaching et un suivi après financement pour accompagner le développement des activités. Le calendrier de versement des aides reste à préciser.
Sur le papier, c'est une bonne nouvelle pour les jeunes du secteur informel. Sur le plan politique, c'est une annonce qui ne passe pas inaperçue.
Contexte
Le Cameroun est dans une période d'attente : les élections municipales et législatives sont en perspective, la date n'étant pas encore fixée.
Dans ce contexte, chaque annonce de distribution d'aide publique est scrutée. C'est un fait politique, pas une accusation.
Et le choix des villes interpelle : Maroua, Garoua, Ngaoundéré, Bertoua, Ebolowa, Bafoussam, Douala et Yaoundé. Ce sont 8 villes, mais aussi 8 régions, et surtout des bassins électoraux majeurs : L'Extreme Nord, le Nord, l'Adamaoua, l'Est, le Sud, l'Ouest, le Littoral et le Centre.
Pourquoi ces villes ? Pourquoi 20 000 jeunes ? Pourquoi maintenant ? Ce sont les questions qui circulent déjà.
Programme social
Pour le Gouvernement, la réponse est simple : il s'agit de la continuité d'un programme social, pas d'une création électorale.
C'est la deuxième phase d'un programme déjà engagé, soutenu par la Banque mondiale, avec des critères techniques, un ciblage des jeunes vulnérables, des formations en entrepreneuriat, du coaching et un suivi après financement.
Dans cette lecture, ce n'est pas un don électoral, c'est de l'inclusion économique. L'objectif est d'aider des jeunes qui travaillent déjà dans l'informel à structurer leur activité, à sortir de la vulnérabilité.
L'argument est solide : la phase 1 a déjà existé, le dispositif n'a pas été inventé pour les élections.
Timing
Pour une partie de l'opinion, le timing interroge.
Pourquoi lancer les candidatures du 9 novembre au 9 décembre 2026, juste avant la période électorale ? Comment seront choisis les 20 000 bénéficiaires parmi des centaines de milliers de jeunes du secteur informel dans ces 8 villes ? Qui contrôle réellement la sélection ?
Le risque de clientélisme et d'instrumentalisation est évoqué par les critiques, sans qu'il soit possible à ce stade de l'affirmer.
Les questions qu'ils posent sont concrètes : la plateforme d'inscription sera-t-elle vraiment transparente ? La liste des bénéficiaires sera-t-elle publique ? Quel sera le rôle de contrôle de la Banque mondiale ? Et surtout, le versement interviendra-t-il avant ou après les élections ?
Tant que ces questions restent sans réponse précise, le soupçon politique persistera.
275 000 FCFA, véritable fonds de commerce ?
Au-delà du débat politique, il y a l'économie réelle.
Pour un jeune vendeur à la sauvette à Mokolo, un mototaximan à Douala, une coiffeuse à Bafoussam, un petit commerçant à Garoua ou à Maroua, 275 000 FCFA, c'est un fonds de commerce, pas une fortune.
C'est de quoi acheter un stock, réparer une moto, acheter du matériel, relancer une petite activité. Ce n'est pas de quoi sortir définitivement de l'informel, mais c'est un coup de pouce qui peut compter, surtout s'il est accompagné d'une formation et d'un suivi.
C'est d'ailleurs toute la différence entre une aide ponctuelle et un programme d'inclusion : l'argent seul ne suffit pas, l'accompagnement fera la différence.
Transparence
Ce programme sera-t-il jugé sur son impact réel sur 20 000 jeunes, ou sur son effet politique dans les 8 villes ciblées ?
Tout dépendra d'une chose : la transparence de la sélection et la date réelle de versement - avant ou après les élections.
Si les 20 000 bénéficiaires sont choisis sur des critères clairs, publiés et vérifiables, l'argument de l'aide sociale l'emportera. Si la sélection reste opaque, l'argument du calendrier politique l'emportera.
En attendant, les inscriptions ouvrent le 9 novembre. Les jeunes concernés ont un mois pour candidater. Et le reste du pays a les yeux rivés sur la suite.
-Armand Ougock, correspondant permanent de KOACI au Cameroun
-- Joindre la rédaction camerounaise de KOACI au 691 154 277
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