Gabon Tribune
 
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TRIBUNE: Émergence, quand tu te fourvoies et nous fourvoies!
 

TRIBUNE: Émergence, quand tu te fourvoies et nous fourvoies!

 
 
 
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 Il y a 8 ans
 
 
 
 
 
© Koaci.com - mercredi 10 novembre 2010 - 00:29

:: Article posté librement par un Koacinaute::

Plusieurs de mes amis me demandent sans cesse pourquoi je ne rejoins pas lÂ’émergence et travailler dans lÂ’idée de faire avancer le pays, en toute confiance, comme ils disent, au lieu dÂ’aller dans une opposition quÂ’ils qualifient de stérile. Pourquoi, se demandent-ils, je manifeste cette promptitude de confrontation à  lÂ’égard de lÂ’émergence. Je réponds que cÂ’est tout simplement parce que je ne me sens pas interpellé par ce qui est développé autour de lÂ’idée de lÂ’émergence. JÂ’écoute avec une attentions toute soutenue les discours élaborés par mes amis qui font la promotion et défendent lÂ’idée dÂ’émergence du pays. Je crois quÂ’ils sont sincères et persuadés de lÂ’idéal quÂ’incarne cette idée, même si les contours du projet sont mal circonscrits, que mes amis nÂ’en saisissent quÂ’à  peine ce dont-il est question, je suis convaincu que faire du Gabon un pays émergent nécessite dÂ’aller au-delà  du simple slogan.

Le Gabon, dans une perspective dÂ’émergence, nécessite une ouverture dÂ’esprit à  lÂ’égard de tous et de tout : rassembler les Gabonais et poser le problème de la situation socio-économique du pays, redéfinir les finalités de la mission de lÂ’État, les finalités de la mission éducative de lÂ’école, celle du développement régional, etc.. Je nÂ’ai pas le sentiment, dans ce que jÂ’entends et dans ce je vois des actes de lÂ’émergence à  la gabonaise, que de telles redéfinitions ont été faites.

M. Ali Bongo Ondimba est dans le vrai, seulement par rapport à  lui-même, dans les ambitions quÂ’il affiche pour le Gabon. Tout comme lÂ’était par ailleurs son père, le défunt président, dans son idée de moderniser le Gabon. Nous savons où a conduit la politique de «rénovation» puis celle de «rénover la rénovation», ne parlons même pas «des actes pour le Gabon». Omar Bongo Ondimba nÂ’était pas animé de mauvaises intentions quand il accède démocratiquement aux commandes de lÂ’État. Pourtant, malgré sa bonne volonté, notre pays est aujourdÂ’hui plongé dans le gouffre de la misère et la population aux abois. On ne peut que se demander, comment une personne douée de raison et animée de bonnes intentions telle quÂ’il lÂ’était, a-t-elle pu sÂ’instituer dans des pratiques de gouvernance qui ont conduit le pays dans la catastrophe socio-économique que nous connaissons aujourdÂ’hui?

Je ne trouve réponse à  cette question que dans lÂ’arrogance de la suffisance du pouvoir, telle quÂ’elle peut se manifester chez des gens qui nÂ’ont pour limite, pour leur ambition, que leur égo. Ils ne font jamais lÂ’expérience de la confrontation de leurs idées avec celles des autres ou nÂ’ont jamais à  user du savoir que dÂ’autres peuvent posséder par rapport à  la réalité du monde. Tellement convaincus du bien-fondé de leur pensée, ils sÂ’enferment, avec leur entourage immédiat, dans un monde à  eux. Ils plongent dans lÂ’illusion du vrai et mettent en place des pratiques de gouvernance illusoires aux conséquences dramatiques pour le peuple.

Dans lÂ’Antiquité romaine, puisque personne ne pouvait honnêtement le contredire, Néron a été dans lÂ’illusion du vrai. Profusément convaincu de la justesse de sa poésie que, croyant faire pà¢lir son génie créateur, il a brûlé la ville de Rome pour la faire renaitre de ses cendres. Nous avons ce quÂ’il en a été. Semblable à  Néron, voulant établir lÂ’unité nationale, Omar Bongo, qui nÂ’était conseillé de personne, a institué une gouvernance politique clientéliste qui a abouti à  une gouvernance des Gabonais par la souffrance. Elle a mené les gens à  agir dans la quémande pour la quête de leur accomplissement socioprofessionnelle. Cette politique a brûlé le génie créateur des Gabonais pour faire dÂ’eux des éternels quémandeurs, des assistés économiques qui vont jusquÂ’à  acheter la honte pour posséder quelque chose en propre.

Nonobstant lÂ’héritage politique quÂ’il traîne, Ali Bongo manifeste une certaine authenticité pour lÂ’ambition quÂ’il exprime pour notre pays. Mais puisquÂ’il sÂ’enferme dans «son bon droit de président tout puissant», il ne manifeste aucun esprit dÂ’ouverture authentique. Il nous conduit à  nous opposer les uns les autres. Inexorablement, le pays ne pourra que reculer ou, au mieux, à  faire du surplace.

À juste titre, lorsque lÂ’on examine cette ambition dÂ’émergence de prêt, par rapport aux actes, on se rend compte que ce projet nÂ’est rien dÂ’autre quÂ’une idée, une illusion dÂ’esprit : une croyance issue dÂ’un désir. Autrement dit, on parle de lÂ’émergence du Gabon seulement parce quÂ’on désire que cela le soit. En somme, par la force du désir, on croit que lÂ’émergence va se faire parce que nous avons le désire que cette possibilité devienne une évidence. Le désire se transforme alors en une illusion, un mirage, voire une chose chimérique. Pourtant, ils en sont convaincus de son existence prochaine. Ils parlent de 2025. Il faut les entendre parler, on se croirait dans une secte. NÂ’est-ce pas cette année-là  quÂ’est prédite la fin du monde?

Mais jusquÂ’à  quel point sont-ils dans lÂ’illusion ? On pourrait répondre : jusquÂ’à  la folie, si lÂ’on admet que le fou se définit comme vivant justement dans un monde illusoire et non dans ce quÂ’on appelle la réalité. En effet, si lÂ’illusion se caractérise notamment par le fait quÂ’elle nÂ’apparaît pas immédiatement comme telle à  celui qui la subit, quÂ’elle peut même ne jamais se révéler en tant quÂ’illusion, personne ne peut, en toute rigueur, affirmer quÂ’il nÂ’est victime dÂ’aucune illusion. NÂ’allez surtout pas les dire que lÂ’émergence au Gabon dans les actes posés est impossible. Ils vous prendraient pour des fous. Évitez de souffrir de leur inconscience. Vous ne pouvez mettre fin à  leur illusion. Aucune véritable désillusion ne peut mettre fin à  leur croyance, puisque ces personnes se situent précisément hors de toute réalité.

Précisément, face à  lÂ’échec appréhendé de leur projet, ils renouvelleront leur idée. LÂ’échec de la rénovation nÂ’a-t-elle pas conduit à  lÂ’idée de rénover la rénovation. Il ne sera pas étonnant quÂ’il faille faire émerger lÂ’émergence, submergé par les incohérences, les inconsistances et lÂ’amateurisme. Il faudra, dans ce contexte, le moment venu, plonger le ciel dans lÂ’eau pour se servir des nuages comme flotteurs pour quÂ’émerge le Gabon. Non mais! Sans blague, ils prennent vraiment les enfants du bon Dieu pour des canars boiteux! Réveillez-moi quelquÂ’un!

Si le Gabon doit émerger, cÂ’est dans lÂ’unité politique de ses citoyens. Cela ne veut pas dire revenir au parti unique, simplement dÂ’instituer un cadre dÂ’organisation politique où nous nous respectons les uns les autres; où il y a contradiction du débat politique, où la primauté du droit est autre chose quÂ’une farce; où la Constitution ne se ressemble pas au règlement intérieur dÂ’une organisation de scouts; où la presse fait son travail avec rigueur et abnégation; où les richesses du pays sont équitablement reparties; où lÂ’esprit créateur des Gabonais est sollicité de façon efficace. En fait, un contexte sociopolitique où chacun peut rêver de faire des grandes choses en jouissance de ses libertés fondamentalesÂ… Ce contexte nÂ’existe pas. EtÂ…, à  la lumière de ce qui se passe maintenantÂ…, il nÂ’existera pas sans une opposition farouche. Voilà  pourquoi je ne suis pas dans lÂ’émergence. Je nÂ’ai rien de personnel contre M. Ali Bongo Ondimba. Mais quÂ’il nous laisse avancer, même sans confiance, on sÂ’en fout, quÂ’il nous laisse avancer.

Joel Mbiamany-N'tchoreret
 
 
  Par Koaci