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GABON: Jean Eyeghe Ndong interpelle la France de François Hollande
 

GABON: Jean Eyeghe Ndong interpelle la France de François Hollande

 
 
 
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© Koaci.com - vendredi 11 mai 2012 - 20:35

L'ancien premier ministre d'Omar Bongo, Jean Eyeghe Ndong était devant la presse ce vendredi à  Libreville pour un appel à  la France version François Hollande. Compte tenu de la déformation constatée des propos de Jean Eyeghe Ndong du jour nous vous proposons, ci dessous l'intégralité du contenu de la déclaration de l'opposant au régime d'Ali Bongo.

GABON - LIBREVILLE LE 11 MAI 2012 - Point de Presse de Jean EYEGHE NDONG Ancien Premier Ministre

Mesdames et messieurs,

LÂ’élection présidentielle française constitue à  nÂ’en point douter, un évènement politique majeur dans les relations internationales .Un évènement politique majeur parce quÂ’il sÂ’agit de la cinquième puissance économique mondiale, la deuxième puissance économique dÂ’Europe.

Un évènement politique majeur en ce sens que la France a été une puissance coloniale regroupant plusieurs pays dÂ’Afrique.
La longue histoire coloniale a laissé des traces, souvent indélébiles. CÂ’est cette longue histoire qui fonde aujourdÂ’hui les puissants liens économiques, politiques, sociaux et culturels qui unissent la France à  ses anciennes colonies, devenues indépendantes et souveraines.

CÂ’est pourquoi, lÂ’arrivée dÂ’un nouveau locataire à  lÂ’Elysée est regardée dans le monde en général et au Gabon en particulier avec une curiosité non dénuée dÂ’intérêts : intérêts politiques, économiques, culturels etc.

Nous venons dÂ’avoir droit, pendant les cinq dernières années à  la présidence de Monsieur Nicolas Sarkozy. La majorité du peuple gabonais a-t-elle été satisfaite du regard quÂ’a porté ce chef de lÂ’Etat Français au Gabon pendant sa mandature ! Sans prétendre me substituer au peuple gabonais, la réponse, à  mon avis, est sans ambages : Non .Car, le leader Français après le choix exprimé par le peuple gabonais lors de lÂ’élection présidentielle du 30 Août 2009, sÂ’est rangé résolument dans le camp des auteurs du coup dÂ’état électoral qui sÂ’en est suivi.
« Retirez ce que vous venez de dire, Monsieur, sinon je mÂ’en vais ».
Ainsi avait réagi, en substance, faisant mine de quitter le siège où il était assis, Monsieur Nicolas Sarkozy lorsque lÂ’opposition gabonaise, par la voix dÂ’un de ses membres, lui faisait comprendre quÂ’il avait, par son soutien actif, permis à  Ali Bongo Ondimba dÂ’accéder illégitimement au pouvoir (CÂ’était le 20 Février 2010 à  lÂ’hôtel Okoumé Palace de Libreville).

Ancien premier Ministre et le dernier du Président Omar Bongo Ondimba, je me suis demandé sur le moment si jÂ’avais devant moi le chef de lÂ’Etat Français, tellement la réaction de Monsieur Sarkozy était aux antipodes de lÂ’attitude de dignité quÂ’aurait dû avoir à  mon avis le représentant de la France face à  pareille accusation. Je nÂ’ai pas pu mÂ’empêcher de penser au Général De Gaulle, à  Mitterrand ou à  Pompidou ; et je me suis fait dès cet instant une certaine idée du chef de la France.
Je ne pense pas que les membres de la délégation française présents à  la rencontre de lÂ’Okoumé Palace aient gardé le meilleur souvenir de cette étape de la visite du Président français à  Libreville.

JÂ’ai aussi en mémoire le comportement pour le moins curieux de Monsieur Sarkozy à  son arrivée à  Libreville pour les obsèques officielles du Président Omar Bongo Ondimba. Comportement qui mÂ’inclinait à  entrevoir déjà  une sorte de connivence avec les comploteurs impliqués dans le coup dÂ’Etat électoral en préparation à  Libreville. En effet, comment expliquer lÂ’entorse faite au protocole gabonais qui avait prévu que le chef de lÂ’Etat Français, à  sa descente dÂ’avion, soit reçu par le Premier Ministre gabonais qui devait ensuite lÂ’accompagner jusquÂ’à  sa résidence ! A mon étonnement, il en a été décidé autrement à  la dernière minute sans que jÂ’en sois informé au moment où le président Français sÂ’embarquait dans son véhicule, mettant ainsi le protocole gabonais devant le fait accompli. Sans doute, ne voulait-on pas que jÂ’aie la possibilité dÂ’avoir une conversation avec le Président Français au risque de fausser les plans du complot en préparation.

Et que dire du discours mal inspiré et controversé de Dakar, ou même le caractère trivial de la phrase prononcée par Monsieur Sarkozy au salon de lÂ’agriculture en France ! Bref. CÂ’était le nouveau président de la France qui, certes a bien des qualités par ailleurs. Car on ne devient pas Président de la République Française par hasard.
AujourdÂ’hui, les Français, en peuple libre et souverain, viennent dÂ’élire par la voix des urnes un nouveau président en la personne de Monsieur François Hollande, sans quÂ’il y ait, en la circonstance une « main étrangère ». Ils viennent de le charger de conduire le destin de leur pays pendant cinq ans, aux termes desquels ils auront à  se prononcer à  nouveau, à  lÂ’occasion dÂ’une nouvelle élection. Nous avons tous été témoins au Gabon du processus sans équivoque et sans contestation de cette élection acquise par la voie des urnes. Cela nÂ’a pas manqué de susciter chez nous quelque interrogation au regard de la manière dont se déroulent les élections dans notre pays.

Les Français ont –ils eu tort ou raison dÂ’accorder leurs suffrages à  Monsieur François Hollande ? Il leur reviendra de sanctionner ou de renouveler le mandat de leur élu. Les questions qui se posent à  nous gabonais, à  cet égard, en raison de la crise politique et psychologique actuelle que connait le Gabon, sont celles de savoir si en 2009 le processus électoral sÂ’est déroulé comme on vient de le vivre en France, cÂ’est-à -dire démocratiquement ? A-t-on vu à  cette occasion les chars dans les carrefours de Paris avec les bérets rouges, armes aux poings ? Le ministre de lÂ’intérieur est-il venu annoncer des résultats avant la fin de leur centralisation et leur validation ? Combien de morts a-t-on déploré dans une quelconque ville de France, comme ce fut le cas à  Port-Gentil ? Bien sûr la réponse est Non à  toutes ces questions.
Mais quel scandale lorsque Monsieur Sarkozy persiste et signe en déclarant récemment lors de la visite de Maky Sall en France que le Président Gabonais avait été élu démocratiquement au même titre que le Président Sénégalais. Quelle insulte au Sénégal, quelle hérésie.

Mesdames et Messieurs,
En 2010, lÂ’opposition gabonaise avait remis un mémorandum à  Monsieur Sarkozy en tant que leader dÂ’un pays ami, ami séculaire, partenaire traditionnel du Gabon. Ce mémorandum portait sur les indispensables réformes à  engager au Gabon afin de parvenir à  la transparence électorale, objet de controverses après chaque élection, la présidentielle du 30 Août 2009 ne faisant pas exception. Malheureusement, ce document est resté sans réponse à  ce jour. Mais il est toujours dÂ’actualité pour lÂ’opposition et les populations gabonaises. Celles qui, dans leur majorité, aspirent légitimement à  une vie démocratique ponctuée par les élections libres, justes et crédibles.

Les Gabonais demandent et veulent se reconnaitre dans leurs dirigeants. Ce nÂ’est pas faire de la subversion que de revendiquer les valeurs de liberté et de démocratie fort heureusement consacrées par notre Constitution.
Voilà  pourquoi nous nous réjouissons de lÂ’avènement de Monsieur Hollande à  la tête de la France, car nous sommes persuadés que lÂ’homme politique et le démocrate quÂ’il est, respectueux des valeurs de liberté et de justice, aura vis-à -vis du Gabon, une attitude qui tranchera avec lÂ’arrogance, voire la cécité politique de son prédécesseur.
Bien sûr, il ne revient pas à  la France de sÂ’immiscer dans les problèmes internes du Gabon indépendant, la plupart de ces problèmes naissant dÂ’ailleurs de lÂ’égoïsme, de lÂ’étroitesse de vue, des pratiques et des turpitudes de certains de nos compatriotes. Qui ignore par exemple quÂ’au Gabon lÂ’ethnie est devenue un véritable virus chez certains.

CÂ’est précisément en raison de ces facteurs négatifs, que la France, dans le cadre bien compris de notre longue histoire commune et de nos intérêts réciproques, soucieuse du progrès de lÂ’humanité, devrait accepter de sÂ’associer à  nos côtés, à  lÂ’aune de son expérience démocratique et de son niveau dÂ’expertise technique, aux actions de « déverrouillage » des forces dÂ’inertie qui empêchent le fonctionnement démocratique normal de notre pays.

Maintenant que la France a un nouveau président qui dit placer la Justice et la Démocratie au cÂœur de son action politique, quoi de plus normal à  nos yeux. Ce sont là  des valeurs que nous souhaitons promouvoir au Gabon et que les populations, légitimement, revendiquent sans cesse : c'est-à -dire élire le Président de leur choix, les députés de leur choix, les conseillers municipaux et départementaux de leur choix, les sénateurs et les maires de leur choix, sans vivre des lendemains dÂ’élections, dans le doute et la perplexité, en se demandant où sont passés les suffrages quÂ’ils ont exprimés dans les urnes. Ou même bouder le scrutin à  plus de 80% comme nous avons eu à  le vivre lors des dernières législatives, les conditions de transparence électorale nÂ’étant pas réunies. Faut-il rappeler les évènements de Libreville et Port-Gentil qui ont rythmé les lendemains de lÂ’élection présidentielle.

La requête introduite à  lÂ’ONU par lÂ’opposition gabonaise sous forme de mémorandum était justifiée par cette situation. Rappelons en passant que lÂ’ONU a dépêché à  Libreville une mission pour sÂ’enquérir sur place de ce qui sÂ’était passé lors du scrutin présidentiel et au lendemain de ce dernier. CÂ’est ce même mémorandum qui avait été remis au président Sarkozy lors de son passage à  Libreville. La continuité de lÂ’Etat étant la règle, nul doute que Monsieur François Hollande trouvera ce dossier sur sa table de travail.

De quoi sÂ’agissait-il ? Il était question de solliciter lÂ’ONU et lÂ’autorité Française pour quÂ’elles assurent la médiation dans le cadre du nécessaire toilettage de certaines de nos institutions, principalement celles qui concourent à  lÂ’expression de la démocratie, valeur constitutionnelle faut-il le rappeler.

NÂ’étant pas adepte de la politique de la » terre brulée », jÂ’ai espoir que Monsieur le Président François Hollande, ouvrant en France une ère nouvelle marquée par des valeurs de respect, de démocratie et de justice, se penchera avec lÂ’ONU sur ce mémorandum qui porte essentiellement sur la Démocratie et les Libertés dans notre pays, qui sont des socles de notre développement économique et de notre épanouissement humain.

Je crois fermement quÂ’il en va de lÂ’intérêt de nos deux pays, unis par une amitié séculaire et conscients des intérêts économiques auxquels, de part et dÂ’autre, nous attachons tous la plus haute importance.

Le président Omar Bongo Ondimba, qui avait en son temps reconnu dans son discours, désormais historique, les graves faiblesses ayant jalonné son long règne, et qui recommandait aux uns et aux autres, au soir de sa vie, que dans le cadre de la transition du pouvoir, seule devait compter la Constitution, rien que la Constitution. Il doit aujourdÂ’hui se retourner dans sa tombe, si jÂ’en juge par le virage institutionnel opéré par les tenants actuels du pouvoir.

Oui, virage institutionnel rétrograde sÂ’il en est, quand on sait lÂ’arsenal des dispositions anti démocratiques que le pouvoir actuel a introduit en si peu de temps dans des textes de loi, y compris la Constitution, texte de loi qui sont de nature à  réduire les libertés publiques, à  rétrécir le champ de la démocratie, à  museler lÂ’expression politique de lÂ’opposition. En somme, à  donner un visage monarchique du pouvoir. Ce qui est le vécu des gabonais aujourdÂ’hui.

A lÂ’exemple de la révision constitutionnelle qui a renforcé les pouvoirs du président en matière de défense et de sécurité ; comme si le dispositif jusque-là  en vigueur ne lui conférait pas tous les pouvoirs dans ce domaine. LÂ’Assemblée Nationale, dont il nÂ’est pas besoin de dire quÂ’elle est aux ordres a adopté par ailleurs des modifications de loi iniques à  lÂ’exemple de celle qui interdit à  tout dirigeant dÂ’un parti dissout dÂ’en créer un autre avant une période de cinq ans ou de figurer comme membre dirigeant dÂ’une autre formation politique.

La biométrie réclamée par lÂ’opposition, rejointe et à  contre cÂœur par le PDG, les faux semblants dÂ’Ali Bongo à  ce sujet, les positions ouvertement opposées du Premier Ministre de lÂ’époque à  lÂ’introduction de la biométrie dans le système électoral, sans oublier le jeu ambigu auquel sÂ’est adonnée la Cour Constitutionnelle dans ce dossier. Rien qui puisse laisser entrevoir un espoir de démocratie avec ce nouveau pouvoir.
Et lorsquÂ’on en arrive à  la dissolution de lÂ’Union Nationale, on est dans le déni total de démocratie. Plutôt que dÂ’accepter dÂ’affronter selon les règles démocratiques un nouveau parti qui devait apporter une offre politique nouvelle dans le paysage politique gabonais, mais non, on profite de ce que lÂ’on détient les rênes du pouvoir pour dissoudre une formation politique, sous le prétexte fallacieux que son secrétaire exécutif a revendiqué, à  juste titre, son élection à  la Présidence de la République.

Un tel usage du pouvoir qui se traduit par des réflexes obscurantistes de cette nature ne peut laisser sans réagir tout citoyen digne, animé de lÂ’ardent désir de promouvoir des valeurs humaines, faites de dignité, de patriotisme, de liberté et de progrès.

Mesdames et messieurs,
Je mÂ’adresse à  vous chers compatriotes. Si lÂ’opposition gabonaise souhaite la présence dÂ’une médiation onusienne et française au sujet de la crise politique au Gabon, cÂ’est parce que la confiance est rompue entre gabonais qui, les uns confisquant le pouvoir politique par la force, lÂ’argent et les armes, les autres réclamant la liberté dÂ’expression politique et la justice électorale, le dialogue devient impossible. Autant dÂ’éléments sur lesquels sÂ’est assis volontiers Monsieur Nicolas Sarkozy alors que la nature des liens historiques qui unissent le Gabon à  la France lÂ’autorisait à  peser de tout son poids lorsquÂ’il fallait bien trouver une solution à  la crise post électorale qui aurait pu déboucher sur une explosion sociale, mettant à  mal les activités économiques et rompant la paix sociale.

Si au Gabon la vérité oblige à  reconnaitre quÂ’il ya eu des manifestations de joie dans les chaumières à  lÂ’annonce de la victoire de Monsieur Hollande, cÂ’est parce que les populations se sont mises à  espérer à  une ère nouvelle dans les relations franco-gabonaises.

Chers compatriotes,
Ne croisons pas les bras avec lÂ’espoir que la France seule règlera nos problèmes. Loin de là . Luttons sans relà¢che avec toutes les armes que le combat pour la démocratie exige. Ainsi la France et les instances internationales nous apporteront leur solidarité dans le respect de notre dignité.

CÂ’est le lieu de répondre à  tous ceux qui, avec toute la mauvaise foi du monde se répandent à  travers la presse pour dire que lÂ’opposition gabonaise, qui a dénoncé hier lÂ’immixtion de la France dans lÂ’élection présidentielle gabonaise, fait appel aujourdÂ’hui à  cette même France.

Mais non, il nÂ’est nullement question dÂ’appeler la France qui inspire ou participe aux coups dÂ’Etat électoraux par le biais des officines bien connues. Il ne sÂ’agit pas dÂ’appeler une certaine France des réseaux parallèles qui sont spécialisés dans le système des basses besognes. Non.
LÂ’appel est lancé à  la France, amie du Gabon et des gabonais.
LÂ’appel est lancé à  la France qui se respecte et est respectueuse des autres peuples.
LÂ’appel est lancé à  la France attachée à  une politique de coopération saine avec les autres Etats.

LÂ’appel est lancé à  la France de solidarité.
LÂ’appel est lancé à  la France qui gère ses intérêts économiques en prenant en compte les intérêts économiques bien compris du Gabon.
Le Gabon fait appel aujourdÂ’hui à  la France militante de la paix entre les peuples.
Le Gabon fait appel à  la France ouverte au multipartisme.
Le Gabon fait appel à  la France qui proscrit la dissolution des partis politiques et est favorable à  la possibilité de sÂ’ouvrir à  des offres politiques nouvelles.
LÂ’opposition gabonaise fait appel à  la France des médiations justes.

En somme, lÂ’opposition gabonaise fait appel à  la France des Droits de lÂ’Homme et du citoyen, ici et maintenant.
CÂ’est possible. Nous y croyons.
Je vous remercie.
 
 
  Par Koaci
 
 
 
 
 
 

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