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TRIBUNE GABON : MOUILA : Me Paulette OYANE ONDO expose sur nécessité de la tenue dÂ’une Conférence Nationale Souveraine(CNS).
 

TRIBUNE GABON : MOUILA : Me Paulette OYANE ONDO expose sur nécessité de la tenue dÂ’une Conférence Nationale Souveraine(CNS).

 
 
 
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© Koaci.com - lundi 10 septembre 2012 - 13:41

Paulette Oyane Ondo

GABON - LE 10 SEPTEMBRE 2012 - KOACINAUTE - Exposé présenté au cours des Assises de l'Opposition à  Mouila qui viennent d'avoir lieu du 7 au 9 septembre 2012.


Mesdames et Messieurs les Présidents et représentants des partis politiques,

Messieurs les représentants et membres de la société civile,

Mesdames et Messieurs et surtout Chers Amis,

Je veux dÂ’emblée doublement vous remercier très chaleureusement.
DÂ’abord, pour lÂ’à  propos de ces assises ainsi que des thèmes choisis dont lÂ’actualité qui nÂ’est plus à  démontrer justifie quÂ’on se retrouve ici aujourdÂ’hui, à  Mouila.
Je veux vous dire merci également de mÂ’avoir convié à  vous donner mon point de vue jÂ’allais dire personnel, mais objectif sur la question de la crise politique dans notre pays et la nécessité de la tenue dÂ’une Conférence Nationale Souveraine(CNS) comme condition pour en sortir.
Je centrerai donc mon propos, comme vous mÂ’y avez invité, sur la question des éléments justifiant la tenue de la CNS et de la nécessité politique de cette dernière.

Alors. Il est toujours difficile, voire hasardeux (dÂ’un point de vue intellectuel) de prétendre présenter en quelques lignes les positions relatives à  lÂ’intérêt et la nécessité dÂ’aller à  la CNS, tant la litanie est longue de raisons qui justifient lÂ’impérieuse nécessité de la tenue de telles assises. Mais mon propos nÂ’est pas de lister ni détailler de manière exhaustive de telles raisons, mais simplement de souligner brièvement et rapidement les enjeux et les défis qui rendent inéluctable la tenue de la CNS.

Pour bien évaluer la portée de ces enjeux et de ces défis, il me semble quÂ’il convient dÂ’exposer deux traits essentiels qui peuvent soutenir une telle exigence démocratique.
Il convient dÂ’exposer sommairement les éléments qui en sous-tendent lÂ’urgence. CÂ’est lÂ’objet de la première partie de mon exposé que jÂ’ai opportunément et simplement intitulé : lÂ’état des lieux du pays (I).

Mais, cette première approche ne suffit pas en elle-même à  justifier notre exigence. Il faut encore démontrer en quoi ladite CNS ne constitue pas un simple adjuvant aux concertations habituelles, mais est au service de la construction dÂ’un pacte social rénové.

JÂ’exposerai donc brièvement, dans la deuxième partie de mon propos, en quoi le projet de la CNS est lÂ’instrument essentiel de la fondation de la démocratie et le renouveau dÂ’une République en souffrance quÂ’est le Gabon (II).

I- Etat des lieux de la situation de crise au Gabon

Mon propos nÂ’est pas ici de vous assommer avec un catalogue de choses précises que chacun sait par ailleurs, ni de faire le compte de ce qui repose sous le catafalque. Je voudrais seulement prendre quelques exemples édifiants qui expliquent la crise politique ouverte que chacun de nous peut observer.

Chacun convient que la crise politique qui secoue le Gabon est dÂ’abord une crise morale. La manifestation la plus spectaculaire de cette crise morale sÂ’illustre certes dans la question du refus épidermique de la transparence électorale mais aussi du refus de la transparence dans la conduite de lÂ’action publique. Or, la force dÂ’une République repose sur le principe de la transparence.

SÂ’agissant de la compétition électorale dans une République, cÂ’est par le vote des électeurs, par le suffrage universel que sÂ’exerce la souveraineté et que sÂ’acquière la légitimité par lÂ’acceptation des citoyens de se soumettre à  une autorité librement consentie. On ne peut à  cet égard continuer durablement à  mépriser le vote des populations et espérer dans le même temps quÂ’elles continuent à  se soumettre à  une autorité qui ne provient pas de son libre consentement. Les deux ne vont pas ensemble.

On sait depuis Rousseau que sur le plan des principes « toute loi que le peuple en personne nÂ’a pas ratifiée est nulle : ce nÂ’est point une loi. CÂ’est un mensonge ».
Or, il est impossible en pratique, et lÂ’histoire est là  pour en témoigner, de construire un pays sur la base du mensonge. Quiconque dénie à  ses concitoyens le droit dÂ’avoir accès à  la vérité trahit la République en faisant bon marché des principes élémentaires de la démocratie.

Parce quÂ’elle est lÂ’à¢me dÂ’un pays, dÂ’une Nation et le socle de lÂ’Etat de droit, la Constitution doit être stable et fiable. Or, ce qui nous sert de constitution au Gabon ne remplit aucune de ses caractéristiques. Au fil dÂ’incessantes révisions dictées par le seul calcul de confisquer le pouvoir, la constitution à  la gabonaise est tout sauf un texte qui donne lÂ’égalité des droits, qui défend la justice, le libre vote, qui protège la propriété et la famille. Au contraire, son application et son interprétation personnelle par le juge qui est, en principe, chargé de la faire respecter en a fait un instrument qui protège les privilèges du régime, qui justifie lÂ’existence de féodalités et la société ordinale de privilèges indus qui gangrènent notre pays. Alors que la constitution doit être pour le peuple une garantie dirigée contre la tyrannie des pouvoirs héréditaires, elle est au contraire considérée au Gabon comme lÂ’instrument de légitimation de tous les abus du Prince et de sa Cour contre le peuple. Elle est donc devenue un facteur dÂ’insécurité juridique et politique au lieu dÂ’être un outil de protection des libertés et droits fondamentaux. On est alors en droit de ce se demander quelle est la valeur de ce qui fait aujourdÂ’hui office de constitution ? La réponse est sans aucun doute : Aucune ! Elle nÂ’a même pas une valeur symbolique.
Or, Solon, le père de la démocratie athénienne martelait que la « Cité est bien gouvernée quand les citoyens obéissent aux magistrats et les magistrats aux lois » Et par loi il faut entendre la règle de droit.
À cette aune, la Cour constitutionnelle gabonaise et les autres institutions constitutionnelles comme par exemple le Conseil National de la Communication sont totalement discréditées et nÂ’ont plus aucune légitimité autre que celle quÂ’elles se donnent elles-mêmes et qui flotte sur le corps social sans jamais le toucher ou le pénétrer en profondeur.

Face à  cette situation, la question qui se pose est : Doit-on détourner la tête et continuer notre chemin en espérant que les choses changeront dÂ’elles-mêmes?
La réponse est évidemment, non.

LÂ’Etat de droit, cÂ’est la promesse que nul ne peut être accusé, arrêté ou détenu que dans les cas déterminés par le droit et selon les principes et procédures équitables, et non par lÂ’arbitraire de juges qui reçoivent les ordres venant dÂ’ailleurs.
LÂ’Etat de droit cÂ’est la promesse que tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement, sans autre entrave que sa déontologie et les atteintes prescrites par le droit et dûment constatées par le juge.
LÂ’Etat de droit, cÂ’est la promesse que la force publique est instituée pour lÂ’avantage de tous et non pour lÂ’utilité politique de ceux à  qui elle est confiée pour de basses manÂœuvres dÂ’intimidations et de répressions dÂ’adversaires politiques.
La question qui se pose est : Notre pays obéit-il à  cette promesse ?
La réponse est évidemment, non.
Bien au contraire, on observe chaque jour un rétrécissement du champ des libertés et des droits visant à  exclure et à  priver des parties entières de la population gabonaise de participer légitimement au débat public. Comme cÂ’est le cas de lÂ’ordonnance n° 009/PR/2011 modifiant, complétant et abrogeant certaines dispositions de la loi n° 7/96 du 12 mars 1996 portant dispositions communes à  toutes les élections politiques. Il en est de même du principe qui soumet la création dÂ’un parti politique ou de nÂ’importe quelle association, tout comme le droit de sÂ’exprimer et de manifestement publiquement et pacifiquement dépendent exclusivement de la bonne volonté ou pas de vos adversaires politiques, de leur pouvoir discrétionnaire.

Dans ces conditions, on ne saurait parler de pluralisme.
Comment peut-on jouir effectivement de ses libertés publiques reconnues si leur exercice est soumis à  la discrétion de ses adversaires politiques ?
Qui oserait croire que lÂ’alternance démocratique serait possible dans ces conditions ?

Chacun le sait, et on nÂ’a pas attendu que le Président Obama le dise, que la force dÂ’une République, dÂ’un Etat plus généralement dÂ’ailleurs, repose sur les Institutions fortes, solides, neutres et impartiales. Une institution nÂ’est pas fortes parce quÂ’elle asphyxie, étouffe et oppresse le citoyen. Une institution forte est une institution capable de résister aux pressions de toutes sortes pour protéger lÂ’intérêt général. Or, dans notre beau pays, lÂ’Etat, au sens sociologique et administratif du terme, est un corps mort. Un corps privatisé qui a disparu derrière lÂ’épaisseur des ambitions personnelles de ceux qui étaient temporairement chargés de le conduire à  bon port. Ces individus ne font plus quÂ’un quÂ’avec lÂ’Etat. LÂ’Etat est devenu eux-mêmes et eux-mêmes personnifient lÂ’Etat. Une telle confusion est le signe certain de lÂ’arbitraire, de lÂ’injustice, et de lÂ’impunité.

Et dÂ’ailleurs lÂ’article 16 de la Déclaration des Droits de lÂ’Homme et du Citoyen, qui semble-t-il est incorporé au préambule de ce qui nous sert de « constitution » considère pourtant que tout Etat dans lequel cette séparation des pouvoirs nÂ’est pas effective ne possède en réalité pas de constitution.

Dans le langage dÂ’aujourdÂ’hui, on traduirait « Constitution » par « Etat de droit », c'est-à -dire un Etat qui respecte les règles de droit quÂ’il a pris lÂ’engagement devant le peuple et le concert des nations de respecter.

La force et lÂ’efficacité dÂ’une démocratie cÂ’est le mérite, cÂ’est lÂ’égalité. Or, chacun sait que dans notre admirable pays, ce ne sont pas le talent et la vertu qui font les carrières et les hommes, mais la faveur du Prince qui a rétabli la vénalité des charges à  travers la floraison de structures et de postes qui font office de vrai gouvernement, qui ne sont contrôlés par aucun contre-pouvoir, aucun citoyen pas même les gens dont cÂ’est la mission en théorie, et qui nÂ’ont dÂ’autre utilité que de caser les courtisans unis par le mépris du principe selon lequel tout travail mérite salaire, et de détourner les fonds publics faisant voler en éclat les aspirations collectives.

La question qui se pose est : Pendant combien de temps devons-nous continuer à  fermer les yeux sur le malaise dÂ’une société dont le moteur de lÂ’organisation politique, sociale, administrative et économique est lÂ’apartheid ethnolinguistique ?

Mais rassurons-nous. La crise aiguë de nos institutions nÂ’est pas une fatalité. CÂ’est pas le sens de lÂ’histoire. Cette crise se résume simplement au fait que les Institutions ne poursuivent pas les buts dÂ’intérêt général, mais visent plutôt à  autoriser de façon permanente la survie dÂ’une famille, dÂ’un clan à  la tête de lÂ’Etat.
La question qui se pose est : Devons-nous continuer à  le tolérer sans réagir ?

Dans cet inventaire sommaire des ingrédients, des fondements de la crise , il est inutile que jÂ’aborde la question de la misère dans notre pays si riche, si prospère. CÂ’est juste un grand déshonneur pour notre pays et une partie importante de la crise actuelle y puise sa source.

On le voit. Le Gabon est un pays démoralisé, malade, gangréné par la misère et anesthésié par la peur du lendemain. La République est en souffrance partout. Oui, le système gabonais est en faillite !
Comment le pays pourrait-il dans ces conditions décoller sans un débat public sérieux qui traite sans fard les choix primordiaux des gabonais ?
Justement lÂ’objet de la CNS est de reconfigurer notre pays livré à  des baronnies qui le pressurent et le laissent en jachère, sans horizon, sans perspectives, sans espoirs, simplement condamné à  tourner en rond, à  errer dans le désert, si vous préférez, comme nous sommes un pays de forêt, à  errer dans les bois ayant perdu la boussole.
La question qui se pose est : JusquÂ’où ? JusquÂ’à  quand ?

Nul besoin de forcer le trait, il suffit de prendre la mesure des quelques exemples que je viens dÂ’exposer pour sÂ’accorder sur la nécessité pour notre pays de sÂ’interroger sur lui même. Il faut lui donner des raisons dÂ’espérer en dissipant les incertitudes et les gros nuages noirs qui planent au-dessus de nos têtes. Face à  cette grave crise qui marque une béance profonde entre les uns et les autres, il est temps de proposer aux Gabonais un New Deal, une nouvelle donne dans la mesure où cÂ’est tout bonnement la survie du corps social qui est en jeu.

Pourquoi la CNS ? Parce quÂ’il est impossible de faire quoi que ce soit de sérieux à  ce jour dans notre pays sans le souffle, la spiritualité, sans lui donner un supplément dÂ’à¢me.
Et pourtant, que de réticences pour accepter cette vérité dÂ’évidence ! Ces attitudes sont à  rebours de la cohésion nationale et du jeu démocratique parce que le temps du dialogue nÂ’est jamais un temps inutile. Au contraire, cÂ’est un temps efficace. Et, il est douteux que lÂ’on puisse faire lÂ’économie de discussions approfondies sur lÂ’ensemble des problématiques auxquelles notre pays est confronté.

La liberté nÂ’est quÂ’illusion dans un pays qui nÂ’a ni constitution, faute de séparation et de contrôle des pouvoirs, ni Etat de droit, compte tenu du naufrage de toutes les institutions.

Le travail est une chimère quand les privilèges et les statuts vont de paire avec la ségrégation selon lÂ’origine ethnique et géographique et en exacerbant les pulsions tribales.

Bien plus quÂ’une simple concertation, la CNS doit prendre la forme dÂ’un examen de conscience face à  la nécessité des gabonais de se réapproprier leur destin. Elle est lÂ’ultime occasion de faire prévaloir la réforme sur lÂ’insurrection. Au-delà  des attaches partisanes, elle oblige chacun à  prendre position sur la question cardinale dÂ’une évolution au fil de lÂ’eau ou dÂ’une rupture brutale, douloureuse et incertaine.

A lÂ’aune de ces premières réflexions, il faut convenir que la clé du redressement est donc à  chercher dans lÂ’organisation dÂ’une CNS pour renouer le fil brisé du destin du Gabon. Car, pour rendre aux gabonais confiance et fierté, il faut éclater la bulle de mensonge dans laquelle le pays se trouve enfermé depuis les espoirs déçus des années 90, mensonge qui consiste à  revendiquer son adhésion aux principes de la démocratie et de lÂ’Etat de droit, sans en respecter le moindre des principes élémentaires.

Une fois quÂ’on a fait lÂ’état des lieux de notre pays, il convient également de sÂ’interroger sur le sens et la légitimité que lÂ’expression de la CNS peut avoir sur les principes de la démocratie: La CNS est-elle bien une émanation, voire la quintessence de la démocratie ? Ou au contraire, la CNS menace-t-elle les principes de la démocratie ? En quoi la CNS peut-elle être un instrument démocratique ?

II – La CNS, un instrument de fondation et de légitimation de la démocratie

Au-delà  de la démonstration de cet état de crise ouverte et donc la justification de la nécessité dÂ’une CNS, comme instrument permettant de mettre fin à  cette crise, la CNS est sans conteste un instrument démocratique. Elle peut même être regardée dans certains cas comme la forme suprême, ou à  tout le moins, comme un instrument majeur de légitimation de la démocratie. Or, nul ne devrait avoir peur de la démocratie. On ne peut pas se proclamer démocrate et refuser de sÂ’y soumettre quand lÂ’occasion sÂ’y prête.

Mes chers amis, Mesdames et Messieurs,

La question de savoir si la CNS est un instrument de création, de fondation de la démocratie se nourrit dÂ’expériences historiques et théoriques.

Historiquement, ce type de mécanisme a toujours émergé comme un instrument de rationalisation et de rupture des excès dÂ’anciens systèmes arrivés en fin de cycle. Mais cÂ’est surtout la révolution française qui a posé les fondements historiques de cette conception. LÂ’histoire de la révolution française enseigne que cÂ’est à  partir du moment où le Tiers-État a été pénétré du sentiment de son droit et de sa mission, quÂ’il a adopté la motion de Sieyès et quÂ’il sÂ’est proclamé Assemblée nationale. CÂ’est à  partir de cet acte fondateur que les états généraux du 1er mai 1789 ont été convoqués. Et cÂ’est cet événement qui a mené à  la chute de la monarchie absolue et installer corrélativement la République.

Cela signifie bien que lÂ’histoire de la démocratie nÂ’est pas le monopole des Monarques, des Présidents, des ministres et autres autorités. Elle est avant tout, et elle est dÂ’ailleurs surtout, écrite par des sans voix, des sans visages, des sans grades et des sans-le-sou.
Qui peut croire sérieusement que lÂ’on peut impunément et durablement se contenter de discourir avec soi-même, son clan, sa caste, sa chapelle pour faire la démocratie ?

Chers amis, même Socrate, le père, jÂ’allais dire le Christ des philosophes, qui a été désigné par lÂ’oracle de Delphes comme étant « le plus sage des hommes » est allé dialoguer avec ses concitoyens. Perplexe, il nÂ’a dit ni oui ni non à  lÂ’Oracle après cette prédiction. QuÂ’a-t-il fait ? Il est parti interroger lÂ’ensemble de la société athénienne, les riches et les esclaves, les érudits et les analphabètes, les sages et les fous. Il a questionné tous les savoirs, techniques, religieux, sophistes, traditionnels et moraux. CÂ’est cela la définition de la démocratie et cÂ’est cela la CNS.
Cet exemple montre lÂ’importance du peuple, la place du dialogue avec le peuple dans la construction de la démocratie.

Au demeurant, en permettant directement une participation plus large de lÂ’ensemble des corps intermédiaires, la CNS est un instrument de création et de fondation de la démocratie. Si on prend la démocratie au sens étymologique du terme comme désignant
le gouvernement (pas au sens institutionnel ou même constitutionnel) de tous, autrement dit, la souveraineté collective par opposition à  lÂ’aristocratie et à  la monocratie, on sÂ’aperçoit que dans le cas du Gabon, seule lÂ’organisation dÂ’une CNS permettrait au Gabon de se doter dÂ’une constitution démocratique dans la mesure où, selon la formule de Thucydide, le pouvoir serait « entre les mains non dÂ’une minorité, mais dÂ’une majorité ». CÂ’est dÂ’ailleurs dans ce sens courant de « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » que lÂ’on continue à  définir le mieux la démocratie.

Voilà  le dessein de lÂ’exigence de la CNS : redonner le pouvoir aux Gabonais, à  chaque Gabonaise, et à  chaque Gabonais. Parce que la démocratie implique autre chose que des élections au demeurant frauduleuses de supposés représentants. Elle implique la participation de tous pour que le riche et le pauvre aient les mêmes droits. Tel est dÂ’ailleurs le sens de la formule consensuelle de Talleyrand qui a finalement été retenue lors de la discussion et la rédaction de lÂ’article 6 de la Déclaration des Droits de lÂ’Homme et du Citoyen, selon lequel : « Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, » à  la formation de la Loi, expression de la volonté générale.

Et si lÂ’on prend appui sur ces métaphores, on voit assez mal quel démocrate pourrait sÂ’opposer à  lÂ’idée dÂ’une CNS – instrument de la volonté générale – qui est forcément un grand moment dÂ’expression démocratique. CÂ’est le triomphe de la liberté. Car chacun sera assuré de pouvoir faire entendre ses convictions et ses valeurs. Cette liberté est capitale pour la démocratie. Et, corrélativement, chacun sait que la démocratie est un abri sûr pour la liberté puisque cÂ’est dans ce terreau quÂ’elle bourgeonne et quÂ’elle sÂ’épanouit. La liberté nÂ’est pas un concept essentiel dÂ’une démocratie. CÂ’est le concept essentiel de la démocratie. CÂ’est son point de départ et son horizon. Refuser la mise sous tutelle, oser penser par soi-même est la promesse de la démocratie. Car « la liberté est la fin suprême de lÂ’Histoire universelle. Pour elle ont été faits tous les sacrifices sur le vaste autel de la terre dans le long cours du temps ».

Du reste, la liberté est lÂ’autre nom de la démocratie. La quête de la liberté est le cÂœur du projet de la démocratie et qui est au fondement de toutes les révolutions. Sur le plan philosophique et historique, la liberté nÂ’est pas simplement une valeur. CÂ’est le fondement, « la clé de voûte » au sens kantien de toutes les valeurs. CÂ’est la condition qui rend possible les idées du juste et de lÂ’injuste.

En dehors de ces expressions, la CNS se conçoit aussi comme un instrument de construction de la démocratie à  partir du moment où cÂ’est la satisfaction dÂ’un but dÂ’intérêt général qui est visé. Or, la volonté générale – qui est à  la fois le fondement et la finalité de la CNS – tend toujours comme le soutient Rousseau à  lÂ’intérêt général.

LÂ’intérêt général renvoie donc à  des valeurs sociales, juridiques, économiques et politiques collectives. CÂ’est en cela quÂ’il a été une préoccupation essentielle de la Déclaration des Droits de lÂ’Homme et du Citoyen qui fait référence à  lÂ’intérêt général au travers des notions telles que le « bonheur de tous » ou « lÂ’utilité commune ».
Le Préambule, lÂ’article 1 ou encore lÂ’article 12 de la Déclaration des Droits de lÂ’Homme et du Citoyen expriment justement lÂ’idée que poursuivre les buts dÂ’intérêt général cÂ’est se conformer aux principes de la démocratie. Car, la délibération, le dialogue est lÂ’ossuaire de la démocratie. Et lÂ’intérêt général est le principe protecteur des droits et des valeurs dans une démocratie. Poursuivre lÂ’intérêt général cÂ’est être proprement démocrate, en faire fi cÂ’est faire lÂ’exacte inverse de ce quÂ’exige une démocratie. Et cÂ’est au nom de lÂ’intérêt général - critère déterminant de l'action publique dans une démocratie – que doivent se tenir les assises de la CNS.

CÂ’est pourquoi la CNS creuset de la construction de notre horizon démocratique est un préalable. Ce rassemblement, ce pluralisme dÂ’inspirations qui fera travailler ensemble de manière trans-partisane les femmes et les hommes est le point clé de la reconstruction du pays. CÂ’est pourquoi la constitution et le droit ne sont justes que sÂ’ils résultent de la délibération politique du peuple. Souverain. En ce sens, le dialogue induit par la CNS ne peut être considéré comme une barrière ou une limite à  la démocratie, il en constitue au contraire une modalité incontournable, la condition sine qua non dÂ’institutions justes et impartiales.

Mes très chers amis, mesdames et messieurs,

Les Gabonais sont mûrs pour reprendre leurs affaires en main. Ils mesurent pleinement la crise existentielle que traverse notre pays. Car, nul ne peut aujourdÂ’hui contester sérieusement lÂ’ampleur de la crise qui dévaste notre pays. Crise institutionnelle. Crise juridique de la règle de droit dans la certitude quÂ’a le citoyen quÂ’elle nÂ’est jamais appliquée. Crise fonctionnelle du système politique. Crise matérielle avec la grande pauvreté qui gangrène notre société et la misère solidement accrochée à  sa locomotive. Crise morale avec lÂ’exacerbation des pulsions stigmatisantes de certaines communautés et du dénigrement de pans entiers du peuple gabonais. Les lourds nuages noirs que nous voyons à  lÂ’horizon ne vont pas se dissiper tous seuls.

La seule question qui vaille aujourdÂ’hui porte sur le redressement du pays. Travestir la vérité est le pire des services à  rendre à  notre pays et aux gabonais. Au plan pratique cÂ’est inutile car les gabonais sont loin dÂ’être aussi sots que le présume lÂ’armée des opportunistes prompts à  marteler quÂ’il nÂ’y a pas de crise. Au plan des principes cÂ’est inadmissible car cela postule que les gabonais sont incapables de comprendre les difficultés de leur pays et dÂ’en débattre, puis de les surmonter en assumant les risques des changements nécessaires.

Chers amis, un pays cÂ’est une architecture. Comme une maison. Dans ce sens, « une société commence dÂ’exister lorsque tout le monde sait, à  lÂ’intérieur comme à  lÂ’extérieur, ce qui est le plus important et pour quelle destination. Quelles sont les colonnes de lÂ’édifice – qui le tiennent - , quelles sont ses élévations qui le haussent, quels sont ses planchers et ses murs qui le sécurisent, quels sont ses toits qui le protègent, ses portes et ses fenêtres qui lÂ’ouvrent, lÂ’éclairent et lÂ’aèrent ». CÂ’est cela la tà¢che de la CNS qui veut remettre lÂ’essentiel à  sa place. Le redressement est indispensable. Un redressement qui débute comme dans toutes les sociétés, par un débat public ouvert. Il est vital que les choix fondamentaux du pays soient exposés, expliqués et tranchés par tous les gabonais, sauf à  évoluer vers lÂ’ingouvernabilité, synonyme de son implosion à  terme désormais rapprochée. Car, on sait quÂ’un pays « qui nÂ’a pas les moyens de sa réforme nÂ’a pas non plus les moyens de sa conservation. »

Ne nous limitons plus à  dresser des rapports. Ne donnons pas cette fois-ci raison à  Rabourdin cet employé de bureau dépeint par Balzac (dans lÂ’une de ses scènes de la vie parisienne) qui pronostiquait que la France allait « se ruiner en de si beau rapports, et disserter au lieu dÂ’agir ».

À ce stade je ne peux résister à  lÂ’envie de partager avec vous cette pensée de Soljenitsyne quand il déclare que : « la part essentielle de notre liberté est intérieure, elle dépend de notre volonté. Si nous cédons nous-mêmes à  la corruption, nous nÂ’avons plus le nom dÂ’homme ». Oui mes chers amis, « il faut savoir ce que lÂ’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire. Quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire. ». Car, le prix que nous payons pour garder les apparences en lÂ’état est trop fort. Mes chers amis, nous portons avec nous, ici et maintenant, les destinées du Gabon et de sa liberté. Militons pour une nouvelle donne, allons à  la CNS. Portons cette grande idée, cette force morale. À défaut dÂ’agir par certitude de réussir, agissons par conviction du devoir.

Je vous remercie.

Maître Paulette OYANE-ONDO
Présidente du CDDH Gabon



 
 
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