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Koacinaute : Journée Internationale de la Femme [8 mars prochain]: Quelques réflexions dÂ’actualité sur la femme gabonaise.
 

Koacinaute : Journée Internationale de la Femme [8 mars prochain]: Quelques réflexions dÂ’actualité sur la femme gabonaise.

 
 
 
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© Koaci.com - lundi 04 mars 2013 - 11:57

Gabon - Koacinaute Le 4 mars 2013 - Journée Internationale de la Femme: Tribune du CDDH du 4 mars 2013

Quelques réflexions dÂ’actualité sur la femme gabonaise : état des lieux et enjeux.

Créée à  Saint-Pétersbourg en 1917 au cours de la révolution russe par les femmes ouvrières et officialisée en 1977 par la communauté des Etats membres des Nations Unies qui ont marqué leur volonté de reconnaître le rôle des femmes dans la société, la journée internationale de la femme, 35 ans après sa première célébration garde encore toute sa pertinence. Car lÂ’égalité, lÂ’idée si chère à  Jean Jacques Rousseau, tarde toujours à  se concrétiser notamment pour la reconnaissance des mêmes droits entre les hommes et les femmes Gabon.

Si la célébration tous les 8 mars de cet événement relève de la prise de conscience nécessaire qui doit être celle des gouvernants et plus généralement de toute la collectivité, en même temps elle nous rappelle le besoin pressant quÂ’il y a à  agir dans ce domaine.

Le Centre pour la promotion de la démocratie et la défense des droits de lÂ’Homme se sent interpellé à  prendre part à  ce débat. Pas seulement pour respecter sa mission de défense de toutes les vulnérabilités qui sont constitutives dÂ’atteintes aux droits de lÂ’Homme, mais encore parce que nous respectons profondément la femme quÂ’elle soit gabonaise ou autre.

Et cette journée vient nous rappeler que la femme gabonaise vit encore sous le joug dÂ’inégalités structurelles à  la fois verticales (juridiques, économiques, politiques et sociales) au sens où cÂ’est lÂ’Etat qui en est responsable. Mais également horizontales dans la mesure où la société dans son ensemble se réfugiant derrière une certaine idée que la culture gabonaise admettrait des inégalités entre les hommes et les femmes, alors que ceux-ci sont égaux en droit.

La célébration dÂ’une telle journée nÂ’aurait aucun sens, ni aucune portée si lÂ’on se contentait de sacrifier à  un dérisoire exercice formel de déclamation des principes déjà  énoncés les années antérieures. Elle doit au contraire être pour nos gouvernants, lÂ’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis la dernière célébration, le moment de faire le bilan et de réévaluer les moyens et les stratégies, ainsi que le temps de la réflexion pour lÂ’avenir.

Certes, on peut créditer lÂ’Etat gabonais dÂ’une volonté tà¢tonnante dans la réduction dÂ’un certain nombre de vulnérabilités qui affectent la situation de la femme gabonaise. Le constat vaut surtout sÂ’agissant de la situation des veuves avec notamment la création dÂ’un certain nombre de missions de service public visant à  prendre en charge les problématiques spécifiques de la veuve. Ainsi que les projets dÂ’élimination des dispositifs qui participent à  la spoliation de la veuve gabonaise sÂ’agissant en particulier des questions de captation dÂ’héritage et de lÂ’attribution du capital décès. CÂ’est heureux !

Cependant, outre que ces projets et volontés dÂ’action ont une effectivité plus ou moins fantomatique. Surtout ces projets et initiatives restent globalement insuffisants pour changer de façon déterminante la situation de la femme gabonaise. Car, la femme gabonaise ne se réduit heureusement pas à  un statut de veuve.
Les questions toutes aussi importantes sur lesquelles lÂ’Etat peut jouer directement un rôle décisif sont, soit totalement occultées, soit que les outils qui leur sont consacrés ne sont pas adaptés traduisant ainsi dÂ’une prise en compte insuffisante des exigences de reconnaissance et de valorisation de la femme gabonaise et de son image dans le monde.

Comment par exemple ne pas sÂ’indigner devant cette situation inacceptable pour notre si riche pays de ce ratio trop élevé – et largement au-dessus de la moyenne africaine – de mortalité maternelle (519 pour 100.000 naissances selon le ministre de la santé lui-même) ?

Sur un registre similaire, on trouve la problématique concernant les jeunes filles mères ( lÂ’ONU elle même trouvant cette dénomination rabaissante pour cette catégorie de femmes les appelle maintenant : les mères célibataires) et de leur scolarisation, qui nÂ’est pas traitée en amont de façon satisfaisante, alors quÂ’il sÂ’agit dÂ’un vrai fait social qui compromet lÂ’avenir de pans entiers de notre jeunesse.

Il en est de même des sévices sexuels et corporels qui sont un phénomène structurel dont les femmes gabonaises sont lÂ’objet de la part de leurs compagnons.

À quoi sÂ’ajoute le harcèlement sexuel qui bénéficie dÂ’une immunité sauvage faute dÂ’un traitement adéquat.

Toutes choses qui participent à  la dévalorisation de lÂ’image de la femme gabonaise.

Combien de femmes se soumettent aux chantages de leurs supérieurs hiérarchiques dans lÂ’administration ou de leurs employeurs dans le secteur privé ?

Combien mettent de côté leur dignité pour se soumettre semble-t-il, aux obligatoires et affligeants droits dits de cuissage ?

Cet excès de tyrannie que sÂ’arrogent les hommes sur les femmes est destructeur pour notre société puisquÂ’elle introduit et conforte lÂ’idée répandue dans notre pays quÂ’une femme nÂ’a pas besoin de faire des efforts pour réussir, ou quÂ’elle ne peut réussir malgré ses efforts (ce qui revient au même), sans sÂ’acquitter au préalable de « son » devoir de « cuissage ».

La société gabonaise rabaisse tellement la femme quÂ’il est de bon ton de ne jamais lui reconnaître son intelligence, son coté industrieux, sa capacité de faire face aux difficultés de la vie en étant le pilier de la famille où lÂ’homme a démissionné, ni son gout de lÂ’effort au travail; mais de lÂ’avilir, dés quÂ’elle tente de sortir «la tête sous lÂ’eau» ou «des sentiers battus», en lui attribuant un nombre aussi bien inimaginable quÂ’imaginaire dÂ’amants qui justifierait sa réussite, aussi minime soit elle.

De telles violences qui tiennent lieu de coutumes et qui sont banalisées doivent être combattues parce quÂ’elles dénigrent la femme gabonaise, hypothèquent son avenir et inscrivent les jeunes générations dans une circularité, un esprit, une mentalité qui sape les valeurs morales dont toute société a besoin pour se rassembler et se régénérer par le haut.

Sur un tout autre registre où lÂ’Etat peut assez facilement agir, on peut mentionner la représentativité des femmes dans lÂ’espace politique et en particulier au Parlement et dans les collectivités territoriales.

On peut très bien imaginer quÂ’on introduise une loi qui impose aux partis politiques dÂ’avoir parmi leurs candidats un pourcentage acceptable et significatif de femmes.

Une telle initiative participerait davantage à  la valorisation de la femme gabonaise et à  sa dignité plutôt que quelques nominations en trompe-lÂ’Âœil répondant à  des desseins autres que le combat en faveur de la reconnaissance des femmes et de la promotion de lÂ’égalité des chances qui doit par ailleurs rester une valeur fondamentale des politiques publiques transcendant les questions de genre.

Les nominations de cette nature font du mal à  la femme gabonaise et confirment lÂ’idée assez répandue que jÂ’entends souvent dans les colloques et les séminaires et qui nÂ’est pas si inexacte que la femme gabonaise nÂ’a que des responsabilités octroyées et non conquises, en comparaison avec ses sÂœurs de lÂ’Afrique de lÂ’ouest ou du sud par exemple qui ont souvent été le porte flambeau du changement dans leur pays.

Toutes ces questions appellent de la part de lÂ’Etat et de la société dans son ensemble des réponses appropriées et urgentes.

Le droit a donc de ce point de vue un rôle prépondérant à  jouer.

Mais il ne faut pas ériger la femme exclusivement en objet juridique.

Elle doit demeurer comme les autres, un sujet de droit.

Et sÂ’il y a des discriminations, nombreuses, que la société cause à  la femme gabonaise et qui méritent donc un traitement par le droit. Il y a aussi sûrement une forme de passivité, dÂ’inertie, certaines habitudes horripilantes intégrées dans lÂ’éducation, le raisonnement et la vision de la femme gabonaise qui lui font croire avoir la vocation de ne vivre que pour lÂ’homme.

Et le problème de ce point de vue nÂ’est pas de revendiquer lÂ’égalité.

Car si on sÂ’attache à  lÂ’identification des différents plans sur lesquels on peut faire exister lÂ’égalité dans une société, on se rend compte que dÂ’un point de vue opérationnel, lÂ’égalité peut sÂ’appréhender sur quatre plans.

DÂ’un point de vue juridico-politique, elle signifie le droit de jouir des mêmes droits.

DÂ’un point de vue socio-économique, lÂ’égalité se résume à  la jouissance des mêmes conditions dÂ’existence.

En troisième lieu lÂ’égalité des capacités qui est la prétention de posséder objectivement les mêmes compétences techniques ou autres dans un domaine particulier.

Et enfin lÂ’égalité subjective qui est le fait, la prétention, la fierté légitime de se sentir lÂ’égal dÂ’une ou dÂ’autres personnes.

À partir de ce constat, ce que la femme gabonaise est en droit de revendiquer à  lÂ’Etat et à  la collectivité dans son ensemble, cÂ’est dÂ’un point de vue juridico-politique de jouir des mêmes droits, de la même égalité de statut civique et culturel. Et aussi dans le prolongement de cette première catégorie, sous réserves de situations objectivement équivalentes, une égalité socio-économique.

Quant aux deux autres plans de lÂ’égalité, cÂ’est à  la femme gabonaise elle-même, à  titre individuel ou collectif, de les imposer par son intelligence, son travail, son action, sa ténacité, son ambition et son engagement dans la société qui inverseront la situation et feront échec à  tous les préjugés et clichés dont elle est actuellement victime.

CÂ’est ici le lieu de lancer à  nos filles, à  nos sÂœurs, à  nos mères, un appel solennel au changement de perspectives. DÂ’autant que la République gabonaise elle-même est symbolisée en son sceau, par « la maternité allaitante ». Il nÂ’est, à  cette aune, pas concevable pour la femme gabonaise de se réduire à  un destin fragile, à  vivre que pour nÂ’être que lÂ’épouse de tel, la maîtresse dÂ’untel, et de nÂ’imaginer sÂ’élever socialement quÂ’au prix de pratiques dÂ’un autre temps et dÂ’un renoncement à  sa fierté.

Le moment est venu de sÂ’inscrire, par un engagement personnel et militant dans un autre schéma de citoyenneté à  part entière.

Car, et cÂ’est ma conviction profonde : la femme gabonaise a un rôle à  jouer, elle a quelque chose à  dire à  la société, elle a quelque chose à  proposer au monde.

Et elle doit pouvoir le faire sans avoir besoin dÂ’être encasernée dans les groupes dÂ’animation, sans avoir à  succomber au devoir pervers et convaincue dÂ’être un objet de distraction et un instrument de désirs et de fantasmes pour les hommes.

Autant de choses qui rétrécissent ses horizons et lui ferment les issues de la respectabilité et de la considération.

Cela étant, rien sur le plan de lÂ’égalité des droits, de lÂ’égalité des chances ne devrait être interdit aux femmes au Gabon, et en même temps elles-mêmes ne devraient rien sÂ’interdire si elles veulent sÂ’affranchir de la tutelle oppressante de la société et celle de leurs maris et même souvent de leurs compagnons en union libre, un concept qui devrait dÂ’ailleurs être aboli car il rabaisse la femme et ne lui reconnait aucun statut juridique.

Sans remettre en cause lÂ’altérité, la femme gabonaise doit sÂ’assumer en tant quÂ’être humain, dÂ’une égale humanité aux autres.

Elle ne saurait se réfugier perpétuellement derrière sa différence, sa féminité, sa sensibilité et sa fragilité fantasmée pour éviter dÂ’assumer ses responsabilités dans la société.

La différence des sexes ne saurait être affectée en elle-même dÂ’un coefficient de valeur positive ou négative.

Ce qui interpelle, cÂ’est que lÂ’on puisse sÂ’appuyer sur cette différence pour fonder une hiérarchie et justifier des inégalités.

Me Paulette OYANE ONDO
Présidente du CDDH
 
 
  Par Koaci
 
 
 

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