Nigeria Culture
 
Cliquez pour agrandir l'image  
Koacinaute Nigeria : Bon retour au bercail, révéré professeur
 

Koacinaute Nigeria : Bon retour au bercail, révéré professeur

 
 
 
 5690 Vues
 
  0 Commentaire(s)
 
 Il y a 6 ans
 
 
 
 
 
© Koaci.com - samedi 23 mars 2013 - 16:58

- Koacinaute le 23 mars 2013 - Pour saluer Chinua Achebe

LÂ’anecdote est restée lÂ’une des plus émouvantes de mon enfance. Un soir de 1993. JÂ’avais dix ans, et jÂ’étais au cours moyen première année, la cinquième année à  lÂ’école primaire. JÂ’étais coincé, depuis plus de trente minutes, devant le portail de notre maison, incapable dÂ’ouvrir et rentrer. De la cour, me venait la voix vague de mon père qui devisait avec un interlocuteur que jÂ’ignorais. Il venait de rentrer au village pour son week-end. Je ne pouvais pas rentrer, du moins avant quÂ’il ne rentre dans sa chambre, constate que lÂ’un de ses livres de chevet a disparu, déduise que cÂ’est moi qui lÂ’ai pris et lÂ’ai perdu, et fasse passer la première vague de sa colère, celle qui pousse à  commettre les plus grands dégà¢ts.

Mon père mÂ’avait plusieurs fois averti, je pouvais lire tous les livres de sa bibliothèque sans en emporter un seul, même une seule fois, à  lÂ’école. Mais ce matin de lundi, il y avait cinq jours, la tentation avait été tellement forte que jÂ’avais oublié lÂ’interdiction, pris un des livres, le Livre, lÂ’avais mis dans mon sac dÂ’écolier, lÂ’avais apporté à  lÂ’école. Et ce matin, jÂ’avais réussi à  prouver à  mes camarades ce quÂ’ils avaient refusé de croire la veille. Lire par cÂœur, mot après mot, les deux premières pages du Livre. Ce livre dont on avait, la semaine passée, étudié un extrait et qui avait tant plu à  toute la classe, même à  Akossiwa D. la vieille triplante qui passait plus de temps à  dormir dans la classe quÂ’à  suivre les cours, et que le maître avait transformée, pour la rendre utile à  quelque chose dans la classe, en vendeuse des petits gà¢teaux que préparait sa femme.
JÂ’avais réussi, ce lundi matin, à  lire par cÂœur les deux premières pages du Monde sÂ’effondre à  mes camarades, un livre que je lisais depuis des mois. Je fus applaudi. Mais à  midi, je rentrai à  la maison en larmes. Le roman avait disparu. Je passai une semaine de cauchemars et dÂ’anxiété, attendant le retour de mon père qui ne pouvait ne pas remarquer la disparition, comme ce livre faisait partie de ceux quÂ’il lisait plus fréquemment, ceux-là  qui étaient placés dans lÂ’étagère supérieure de la bibliothèque.
La portail sÂ’ouvrit subitement et je nÂ’eus pas le temps de me dérober. Mon père apparut, accompagnant mon maître qui tenait en main un livre, le Livre.
- Tu faisais quoi bloqué devant le portail ? As-tu commis un crime qui tÂ’empêche de rentrer ?
- Euh, jeÂ… jÂ’étaisÂ…
- Ton maître mÂ’a amené ce livre, il paraît que tu lÂ’avais apporté à  lÂ’école lundi, et avais lu par cÂœur les deux premières pages. Je tÂ’ai interdit dÂ’apporter mes livres à  lÂ’école. Je vais te punir. Pas aujourdÂ’hui, ni demain. Je te punirai ce jour où tu auras lÂ’à¢ge quÂ’a aujourdÂ’hui Chinua Achebe, et quÂ’aucun élève ne sera fier de lire tes textes par cÂœur. Chinua Achebe a aujourdÂ’hui soixante-trois ans, et si à  soixante-trois ans aucun élève ne lit tes textes avec fierté, où que je sois, je te punirai.
AujourdÂ’hui, vingt ans après, cette phrase de mon père sonne en moi comme lÂ’une des plus belles bénédictions quÂ’un père puisse faire à  son fils. Lui souhaiter le destin de lÂ’écrivain nigérian, lÂ’un des plus illustres de la littérature africaine, de la littérature moderne, lÂ’un des auteurs les plus lus et traduits du monde noir. « Umofia, Obi Okonkwo, EzinmaÂ… » Ces noms raisonneront toujours, avec nostalgie, dans les oreilles de tous les élèves ayant lu le Nigérian.
Le Monde sÂ’effondre reste lÂ’un des plus beaux livres quÂ’un élève africain puisse croiser durant son cursus scolaire. Et quand on considère tous ces élèves, des fois perdus dans des coins reculés du monde, qui jubilent et rêvent en lisant ce grand classique de la littérature noire, tous les destins dÂ’écrivains que ce livre a forgés, toutes les vocations quÂ’il a suscitéesÂ… Quand on considère combien dÂ’écrivains africains continueront de naître des lectures de Chinua Achebe, on comprend que le doyen des lettres africaines nÂ’est pas mort. QuÂ’il ne peut pas mourir. Il est, selon cette image de mon peuple éwé, retourné au bercail, comme un cultivateur retourne à  sa chaumière, après une dure journée de labeur. Bon retour donc chez toi, professeur Achebe.

David Kpelly pour Koaci.com
 
 
  Par Koaci
 
 
 
 
 
 

SONDAGE

Côte d'Ivoire: Affaire de la préfecture de policie, le comportement des forces spéciales a-t-il brisé leur myhthe?
 
 
   + Voir les resultats
 
 
DERNIER SONDAGE
 
CPI: Procès de Gbagbo et Blé Goudé, Bensouda fait-elle appel pour gagner du temps en...
 
2643
Oui
74%  
 
900
Non
25%  
 
17
Sans Avis
0%  
 
 
KOACI
 
 
L’Info au Cœur de
l’Afrique
 
en ligne depuis 2008