Côte d'Ivoire : Harmonisation et modernisation des données sous -regionales, Abidjan ouvre une nouvelle ère statistique pour la CEDEAO
La capitale économique ivoirienne accueille du 2 au 13 mars une série de cinq ateliers techniques consacrés à l’harmonisation et à la modernisation des systèmes statistiques dans l’espace CEDEAO. Organisées dans le cadre du Projet d’Harmonisation et d’Amélioration des Statistiques en Afrique de l’Ouest et du Centre (PHASAOC), avec l’appui de la Banque mondiale, ces rencontres marquent une nouvelle étape dans la construction d’un espace statistique régional intégré, fondé sur des données fiables, comparables et accessibles.
La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) place le développement statistique au cœur de sa Vision 2050, qui ambitionne de bâtir une communauté intégrée, prospère et dotée d’institutions solides.
Prenant la parole à l’ouverture des travaux, le Commissaire chargé des Affaires économiques et de l’Agriculture, Kalilou Sylla, a rappelé que « la disponibilité de statistiques fiables, harmonisées et régulièrement mises à jour constitue un impératif stratégique pour la planification, le suivi et l’évaluation de nos politiques régionales ».
Les ateliers portent sur cinq thématiques majeures, les projections démographiques, l’harmonisation des méthodes d’échantillonnage de l’Indice des Prix à la Consommation Harmonisé (IPCH), l’élaboration d’un guide méthodologique pour l’Indice du Coût de la Construction (ICC), l’exploitation des données de téléphonie mobile à des fins statistiques et le déploiement de la plateforme de données ouvertes (PDO2) et de la norme internationale SDMX.
Autant de chantiers structurants destinés à renforcer la cohérence et l’interopérabilité des systèmes statistiques nationaux.
Hôte de la rencontre, la Côte d'Ivoire a mis en avant les progrès réalisés ces dernières années grâce au PHASAOC. Le Directeur de cabinet du ministère du Plan et du Développement a détaillé les avancées institutionnelles et techniques, modernisation des infrastructures de l’Agence nationale de la statistique, centres d’innovation cartographique, déploiement d’équipements numériques dans l’ensemble des directions régionales et lancement d’opérations majeures telles que le Recensement général de la population et de l’habitat.
Le pays a également renforcé la production d’indicateurs clés, notamment l’Indice des prix à la consommation, l’indice des coûts des matériaux de construction et les statistiques sur l’emploi, tout en amorçant des projets pilotes en matière de Big Data et de web scraping.
Mais c’est surtout l’intervention du ministre délégué, ministre des Affaires étrangères, Adama Dosso, qui a donné le ton politique de la cérémonie.
Dans un discours structuré autour de quatre axes, ambition politique, priorité nationale, gouvernance éthique et synergie régionale, le ministre a clairement positionné la donnée comme un outil de souveraineté économique.
« Notre région a besoin d’indicateurs harmonisés et crédibles pour conduire la convergence macroéconomique, stimuler le commerce intra-régional et piloter les grands chantiers d’infrastructures, de sécurité alimentaire, de transformation industrielle et de capital humain », a-t-il affirmé.
Soulignant l’engagement de la Côte d’Ivoire sous le leadership du Président Alassane Ouattara, il a rappelé que le Plan national de développement 2026-2030 s’appuie résolument sur l’évidence statistique. La Stratégie nationale de développement de la statistique (SNDS 2026-2030), validée en 2025, constitue à cet égard le cadre de référence pour arrimer le PHASAOC aux priorités nationales.
Le ministre a également insisté sur la dimension éthique du chantier statistique : « Le PHASAOC n’est pas seulement un projet d’équipement ou de formation. C’est une réforme des systèmes qui appelle des décisions de gouvernance, des investissements pérennes, une gestion des talents et une éthique des données : protection, confidentialité et usage responsable. »
Enfin, il a plaidé pour une synergie régionale accrue : « Nos systèmes nationaux doivent dialoguer afin de réduire les coûts de transaction, améliorer la cohérence des séries et accélérer l’accès aux données pour tous. L’intégration se mesure autant dans la fluidité de nos données que dans celle de nos biens et services. »
Les échanges techniques s’annoncent denses. Les projections démographiques visent à mieux anticiper les besoins en santé, éducation et emploi dans une région à forte croissance démographique. L’harmonisation de l’IPCH est essentielle pour garantir la comparabilité des données d’inflation, tandis que l’ICC permettra un suivi plus précis des coûts dans le secteur stratégique des BTP.
L’intégration des données de téléphonie mobile ouvre, quant à elle, des perspectives inédites pour produire des indicateurs plus fréquents et plus granulaires, tout en soulevant des défis juridiques et éthiques. Enfin, la norme SDMX et la plateforme PDO2 devraient faciliter l’échange sécurisé et automatisé des données entre niveaux national, régional et international.
Les intervenants ont unanimement salué l’appui déterminant de la Banque mondiale, ainsi que celui de partenaires tels que l’UNFPA, la Banque africaine de développement, l’Union africaine et AFRISTAT.
Pour la CEDEAO, ces ateliers traduisent une volonté claire : bâtir un espace statistique intégré où chaque État membre contribue à un patrimoine régional de données harmonisées et de qualité, au service de l’intégration et du développement durable.
À Abidjan, la donnée n’est plus un simple outil technique. Elle s’affirme comme un levier stratégique, au cœur des politiques publiques et de l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest.
Wassimagnon
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