Côte d'Ivoire : Violences sexuelles, le certificat médical payant, un frein majeur à la justice pour les survivantes, des OSC sonnent l'alarme
En Côte d’Ivoire, le parcours vers la justice pour les survivantes de violences sexuelles est souvent semé d’embûches. Parmi les obstacles les plus critiques figure le coût du certificat médical, estimé à 50 000 FCFA, une somme inaccessible pour de nombreuses victimes.
Ce document, pourtant indispensable pour établir les preuves dans une procédure judiciaire, conditionne largement l’issue des dossiers. En son absence, les plaintes perdent en crédibilité et les chances d’obtenir réparation s’amenuisent considérablement.
Plusieurs organisations de la société civile dénoncent cette barrière financière qui pèse lourdement sur des victimes déjà fragilisées. Faute de moyens, certaines renoncent à porter plainte, laissant ainsi leurs agresseurs impunis.
Cette situation contribue à renforcer un sentiment d’injustice et d’abandon, tout en fragilisant les efforts de lutte contre les violences basées sur le genre.
Les statistiques récentes illustrent l’ampleur du phénomène. En 2023, 8 862 cas de violences basées sur le genre ont été enregistrés, dont plus de 1 000 cas de viol. En 2024, ce chiffre a encore augmenté pour atteindre 9 607 signalements.
Derrière ces données se cachent des réalités dramatiques : des jeunes filles, des femmes et parfois des enfants confrontés à des violences souvent tues ou insuffisamment dénoncées.
Pourtant, un mécanisme de gratuité existe. L’État a prévu la délivrance du certificat médical sans frais à travers une réquisition judiciaire. Mais dans la pratique, ce dispositif reste peu appliqué, mal connu du grand public ou difficile d’accès.
Résultat : une inégalité persistante dans l’accès à la justice, où seules les victimes disposant de ressources suffisantes peuvent espérer faire valoir leurs droits.
Au-delà de la procédure judiciaire, la question du certificat médical soulève un enjeu plus large. L’absence de prise en charge favorise l’impunité, encourage la répétition des violences et peut, dans certains cas, conduire à des drames encore plus graves, notamment des féminicides.
Pour les acteurs engagés dans la défense des droits des femmes, il s’agit donc d’un levier essentiel de prévention.
Face à cette réalité, plusieurs organisations, réunies au sein de plateformes de plaidoyer, intensifient leurs actions. Elles réclament la gratuité effective du certificat médical ainsi que la prise en charge des soins pour les victimes.
Des campagnes de sensibilisation et de mobilisation, notamment dans les établissements scolaires, sont en cours afin de recueillir des signatures et interpeller les autorités.
L’objectif de ces initiatives est clair : éliminer un obstacle majeur à l’accès à la justice et envoyer un signal fort contre les violences sexuelles.
Car tant que des barrières financières subsistent, de nombreuses victimes resteront exclues du système judiciaire. Et sans justice, la lutte contre l’impunité ne pourra être pleinement efficace.
Wassimagnon
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