Côte d'Ivoire: CNRA, foncier sous pression, dette à apurer et subvention à relever, l'État attendu au tournant
La visite du ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, au Centre national de recherche agronomique, a été marquée par un plaidoyer appuyé des responsables de l’institution. Au cœur des préoccupations : la sécurisation d’un vaste patrimoine foncier de 27 000 hectares, aujourd’hui menacé par des occupations et conflits récurrents.
Prenant la parole au nom du Conseil d’administration, son président, Coulibaly Nandho, a exprimé sa reconnaissance au ministre pour sa présence, tout en saluant sa reconduction au gouvernement.
« Votre nomination à la tête du ministère de l’Agriculture est synonyme de compétence et d’intégrité », a-t-il déclaré.
Le président du Conseil d’administration a toutefois rapidement mis en lumière les difficultés majeures auxquelles fait face le CNRA, notamment en matière foncière. Bien que l'institution dispose d’une importante réserve de terres, leur exploitation reste fortement compromise.
« Les conflits avec les riverains sont récurrents. Votre visite constitue un réel espoir dans la gestion de ces problèmes », a-t-il insisté, tout en soulignant que l’institution continue d’enregistrer des résultats encourageants malgré les obstacles.
De son côté, le directeur général du CNRA, le professeur Abdourahamane Sangaré, a dressé un état des lieux sans concession de l’institution. Créé en 1998 dans le cadre du Programme national d’appui aux services agricoles (PNASA), le CNRA a rapidement été confronté aux turbulences sociopolitiques qu’a connues la Côte d'Ivoire, notamment le coup d’État de 1999. Le retrait temporaire de la Banque mondiale, principal partenaire du projet, a accentué les difficultés.
« Nous avons traversé des crises institutionnelles et financières très sérieuses, avec parfois plusieurs mois sans salaires », a rappelé le DG.
Malgré ces défis, des efforts de restructuration ont été engagés, notamment à travers un plan de relance adopté en 2018. Toutefois, sa mise en œuvre a été freinée par des changements fréquents de tutelle et des contraintes administratives.
Le rattachement du CNRA au ministère de l’Agriculture en 2022 marque, selon le professeur Sangaré, une étape décisive.
« Nous avons immédiatement ressenti des effets positifs », a-t-il affirmé, citant l’accès à plusieurs projets structurants ayant permis de réhabiliter des stations de recherche, notamment à Bouaké et dans d’autres zones stratégiques.
Cette nouvelle tutelle a également facilité les échanges avec les grandes filières agricoles, telles que le Conseil café-cacao, ouvrant la voie à des partenariats pour le financement de la recherche.
Malgré ces avancées, la question foncière demeure la principale menace pour la pérennité du CNRA. Selon le Directeur général, la pression urbaine et les occupations anarchiques fragilisent fortement le patrimoine de l’institution, notamment dans des zones autrefois rurales comme Adiopodoumé, aujourd’hui rattrapées par l’expansion d’Abidjan.
« Nous continuons à être agressés de toutes parts », a-t-il déploré.
Face à cette situation, le gouvernement avait décidé dès 2022 de suspendre certaines procédures foncières et d’engager un processus de déclaration d’utilité publique (DUP). Mais ce processus accuse un retard important.
Or, pour le CNRA, cette déclaration est cruciale : elle permettrait de sécuriser les terres et de renforcer la position de l’État dans les négociations avec les occupants.
« L’objectif n’est pas d’exclure les populations, mais d’être en position de force pour négocier équitablement », a précisé le DG.
Le plan de restructuration du CNRA repose sur cinq axes majeurs: réaffirmer le rôle stratégique de la recherche agronomique, réviser le statut et le capital de l’institution, améliorer le recrutement et la valorisation des chercheurs, sécuriser le patrimoine foncier, assainir la situation financière.
Selon la direction, plus de 90 % des objectifs ont été atteints. Cependant, les 10 % restants, jugés les plus critiques, concernent notamment le financement et les réformes structurelles.
Sur le plan financier, le CNRA bénéficie aujourd’hui d’une subvention annuelle d’environ 6 milliards de FCFA, jugée insuffisante au regard des besoins. L’institution plaide pour une augmentation à 10 milliards de FCFA afin de couvrir notamment les charges salariales et soutenir la recherche. Par ailleurs, malgré l’apurement d’une partie de la dette en 2019, le CNRA cumule à nouveau une dette estimée à plus de 6,7 milliards de FCFA.
Pour surmonter ces défis, les responsables du CNRA misent sur un renforcement de l’appui de l’État, mais aussi sur une implication accrue des filières agricoles dans le financement de la recherche. Des discussions sont en cours pour mettre en place un mécanisme durable, inspiré de modèles existants, afin de garantir un financement pérenne.
Malgré les difficultés, les dirigeants du CNRA restent optimistes. Ils soulignent les progrès réalisés en matière de gouvernance, de gestion et de performance scientifique.
La visite du ministre apparaît ainsi comme une opportunité majeure pour accélérer les réformes, sécuriser le foncier et consolider le rôle stratégique du CNRA dans le développement agricole de la Côte d’Ivoire.
Wassimagnon
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