Côte d'Ivoire : Inadéquation formation-emploi, un ouvrage invite l'État à repenser le système éducatif ivoirien pour former des élites
Et si l’avenir de la Côte d’Ivoire se jouait moins dans ses ressources naturelles que dans la qualité de ses élites ? C’est la réflexion au cœur de la cérémonie de dédicace de l’ouvrage Réinventer la formation des élites, qui a réuni, jeudi, au Palm Club Hôtel de Cocody, un parterre d’universitaires, de décideurs publics et d’acteurs du secteur privé.
Loin d’une simple présentation d’ouvrage, l’événement s’est imposé comme un véritable espace de dialogue sur les mutations nécessaires du système éducatif ivoirien face aux exigences d’un monde en constante évolution.
Porté par son auteur, Moussa Abdoul Kader Diaby, l’ouvrage propose une redéfinition ambitieuse de la notion d’élite. Pour lui, le diplôme ne suffit plus.
« Une élite, ce n’est pas seulement un diplômé. C’est une personne capable de comprendre les enjeux, de prendre des décisions et de transformer la société », a-t-il affirmé devant un auditoire attentif.
S’appuyant sur une expérience internationale, l’auteur plaide pour une refonte en profondeur du système de formation, afin de mieux l’aligner sur les réalités économiques et les besoins du marché de l’emploi.
Placée sous le parrainage du professeur Adama Diawara, la cérémonie a également mis en lumière la volonté des autorités ivoiriennes de faire du capital humain un levier central de développement.
Intervenant au nom du gouvernement, un représentant a rappelé que « former des cadres compétents et adaptés aux besoins du pays constitue une priorité stratégique », en cohérence avec la vision du Président Alassane Ouattara.
Même tonalité du côté de Touré Vamara, chef de cabinet au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui a inscrit l’ouvrage dans la dynamique nationale de transformation.
« L’excellence académique est essentielle, mais elle doit être complétée par l’innovation, la créativité et l’engagement », a-t-il souligné.
Au cœur des échanges, un constat largement partagé : l’inadéquation entre les formations proposées et les besoins du tissu économique.
« Nous faisons face à une situation paradoxale : des entreprises en quête de compétences et des diplômés en difficulté d’insertion », a relevé l’auteur.
Pour corriger ce déséquilibre, plusieurs pistes ont été évoquées, le développement de la formation en alternance, un renforcement des partenariats entre universités et entreprises, la promotion de la recherche appliquée.
Dans cette perspective, le directeur général de l’INP-HB a appelé à une meilleure articulation entre théorie et pratique : « Le laboratoire doit dialoguer avec l’usine. »
Au-delà des questions éducatives, la rencontre a également pris une dimension géostratégique. Représentant les Éditions Expertises Locales, Ange Sahali-Tra Bi a insisté sur l’importance de produire et diffuser une pensée africaine.
« Si nous n’écrivons pas notre propre histoire, d’autres le feront à notre place », a-t-il averti.
Dans un contexte marqué par la domination des productions intellectuelles occidentales, il a présenté le livre comme un outil d’influence et de projection culturelle. « Publier, c’est programmer l’intelligence de demain », a-t-il affirmé.
Au-delà des analyses, la cérémonie s’est aussi adressée à la jeunesse ivoirienne, invitée à se projeter dans un modèle d’excellence et de responsabilité.
« Votre origine ne détermine pas votre destin », a martelé Moussa Abdoul Kader Diaby, appelant les jeunes à faire preuve d’audace, de rigueur et d’ambition.
Son ouvrage se veut ainsi à la fois un outil de réflexion et un guide pratique, accessible à tous ceux qui aspirent à jouer un rôle actif dans le développement du pays.
Au terme de cette rencontre, une conviction s’impose : Réinventer la formation des élites dépasse le cadre d’un simple essai. Il s’agit d’un véritable plaidoyer pour une transformation en profondeur du système éducatif ivoirien.
Entre volonté politique, engagement académique et affirmation d’une pensée endogène, la Côte d’Ivoire semble amorcer un tournant décisif vers un modèle fondé sur la valorisation du capital humain.
Un chantier ambitieux, mais incontournable pour bâtir une économie plus compétitive, inclusive et durable.
Wassimagnon
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