Cameroun : Quand l'argent semble dicter la justice, l'affaire Aïcha Kamoise fait scandale
Steven Nbienou Kouadjo et Aïcha Kamoise (Ph)
Une détention contestée, une procédure aux allures d'anomalie, et en arrière-plan, l'ombre d'un homme d'affaires influent. L'affaire qui secoue le Cameroun pose une question simple : la justice camerounaise est-elle la même pour tous ?
Depuis plusieurs jours, le nom d'Aïcha Kamoise - également connue sous le nom de Wété Aïcha -circule dans les couloirs des tribunaux et sur les réseaux sociaux avec une intensité croissante. Son avocat, Maître Djemeni Yannick, s’est exprimé le 22 avril 2026 pour dénoncer ce qu'il décrit comme une série d'irrégularités procédurales graves, dans une affaire qui l'oppose à un homme d'affaires, Steven Nbienou Kouadjo.
Procédure contestée
Selon la défense, l'affaire souffre d'un vice originel : la juridiction initialement saisie - le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi -n'aurait pas été compétente pour connaître de faits qualifiés de simples délits. Un mandat d'amener aurait néanmoins été émis contre la prévenue, alors même qu'elle n'avait jamais été convoquée par une unité de police ou de gendarmerie. Le dossier a depuis été transféré vers le Tribunal de Première Instance de Yaoundé-centre administratif, sans que la situation de la mise en cause ne se dénoue.
Libération annoncée, puis bloquée
C'est le tournant le plus controversé de cette affaire. Le 21 avril 2026, le procureur compétent aurait décidé de classer le dossier sans suite. Une décision qui, selon plusieurs sources concordantes, a été annulée dans la foulée par le Parquet général, qui a ordonné une confrontation entre les parties. Or, le plaignant Steven Nbienou se trouverait aux Émirats Arabes Unis et n'aurait à ce jour jamais été entendu dans le cadre de cette procédure pénale. La confrontation s'est finalement tenue à la Direction de la police judiciaire, non pas entre Aïcha Kamoise et le plaignant lui-même, mais entre elle et l'avocat de ce dernier - une situation que des juristes jugent pour le moins insolite dans le cadre d'une procédure pénale, où la responsabilité est, par principe, individuelle.
Indépendance de la justice en question
Pour la défense, le schéma est clair : une décision régulièrement prise par un magistrat du parquet aurait été renversée sous l'effet d'une pression extérieure, au détriment des droits de la prévenue. Sans désigner nommément de responsable, Maître Djemeni pose la question de l'influence que peuvent exercer certains acteurs économiques sur le cours de la justice. « Si la justice devient un instrument au service des plus fortunés, que nous restera-t-il ? », a-t-il déclaré, dans des termes qui résonnent au-delà du seul cas de sa cliente.
L'affaire Kamoise s'inscrit dans un débat plus large sur l'état de droit au Cameroun, et sur la capacité des institutions judiciaires à traiter équitablement les justiciables, quelle que soit la puissance de leurs adversaires.
Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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