Côte d'Ivoire : Gagnoa, un projet d'hypermarché crée la tension entre le Maire et les nombreux riverains en colère
Des opposants au projet (ph KOACI)
Depuis quelques jours, la ville de Gagnoa, dans le Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire, est secouée par un conflit autour du projet de construction d’un hypermarché « China Mall » sur le site du hall d’information du quartier Dioulabougou. Le 26 avril 2026, lors de son dernier conseil municipal, la mairie de Gagnoa a voté à l’unanimité la démolition du hall d’information pour y construire l’hypermarché.
Mais cette décision ne passe pas chez les riverains. Pour eux, ce hall est depuis des années leur lieu de culte et de jeux. Imams, chefs de communautés et jeunes du quartier ont donc demandé une concertation au maire Yssouf Diabaté. À cette rencontre, le premier magistrat leur a répondu que la décision était actée en conseil municipal et qu’elle allait être exécutée.
Face à cette réponse, les opposants au projet ont créé le mouvement « Sauvegarde pour le hall d’information », dirigé par Fofana Aboudramane. Selon son porte-parole Amadou Sanogo, plus de 300 pétitions ont été signées. Le mouvement a aussi lancé plusieurs démarches administratives : recours gracieux auprès du maire, recours hiérarchique auprès du préfet du Gôh, saisine du CNDH… L’objectif était de faire suspendre les travaux.
Leur argument : le hall d’information est un lieu public. Sa transformation en site privé nécessiterait donc un changement de la nature du sol. Le vendredi 22 mai 2026, le mouvement a organisé un point de presse. C’était juste après la convocation de son porte-parole à la préfecture de police, suite à une plainte du conseil municipal pour « trouble à l’ordre public, incitation à la violence et à la révolte ».
Contacté par KOACI, le maire Yssouf Diabaté défend son projet. Pour lui, le hall d’information appartient aux biens immobiliers privés de la commune. Il retrace l’histoire rappelant qu'étant élu maire le 12 octobre 2018, il avait été sollicité par Youssouf Fofana pour aménager le hall qui servait déjà de lieu de culte pendant la Tabaski. C’est alors que le ministère de la Culture l’a informé que le site était une propriété privée de la commune.
Vérification faite auprès de la direction régionale de la Construction, l’information est confirmée. Depuis, il a réuni tous les documents. Notamment l’ancien plan du hall, le plan de régulation et le plan approuvé où figure la mention « camp militaire ». De 2002 à 2009, le site avait en effet abrité des militaires pendant la crise militaro-politique.
Pour le maire, la pétition n’est qu'« une agitation de ses adversaires politiques ». Il rappelle qu’en 1970, le préfet-maire avait prêté ce lieu au Président Félix Houphouët-Boigny pour la Fête nationale. « Aucun document ne dit que ce hall est devenu un lieu public », insiste-t-il. Après le départ des militaires, il a même réhabilité le site et ajouté une clôture. Le ministre de la Communication l’aurait aussi contacté, pensant que le hall relevait de son ministère. Après investigations auprès du cadastre et du préfet de région, le dossier est clos.
Le maire Yssouf Diabaté veut rassurer faisant savoir que les travaux vont reprendre. Selon lui, cet hypermarché rapportera plus de 6 millions fcfa par an à la caisse communale. Il promet aussi des emplois pour les jeunes du département.
T.K.Emile
tkemile@koaci.com
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