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Côte d'Ivoire : Emploi, innovation et financement, la jeunesse ivoirienne interpelle la Banque mondiale lors du Forum régional AFW 2026
 

Côte d'Ivoire : Emploi, innovation et financement, la jeunesse ivoirienne interpelle la Banque mondiale lors du Forum régional AFW 2026

 
 
 
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© Koaci.com - lundi 22 juin 2026 - 21:45



À Abidjan, jeunes entrepreneurs, étudiants et acteurs de l’innovation ont porté une vision ambitieuse pour transformer l’emploi en Afrique de l’Ouest et du Centre. Entre réforme du financement, rapprochement universités-entreprises et création d’infrastructures d’innovation, leurs recommandations visent à placer durablement la jeunesse au cœur des politiques de développement.


Le Groupe de la Banque mondiale a réuni ce lundi des centaines de jeunes issus de huit villes d’Afrique et des États-Unis dans le cadre du Forum régional de la jeunesse AFW 2026, organisé simultanément à Abidjan, Accra, Abuja, Conakry, Dakar, Niamey, Yaoundé et Washington DC. Placée sous le thème « La Jeunesse à l’œuvre, l’Afrique en marche », cette initiative régionale s’inscrit dans la continuité du Sommet mondial des jeunes organisé dix jours plus tôt à Washington. Elle vise à créer un espace de dialogue entre les jeunes, les institutions publiques, le secteur privé et les responsables du Groupe de la Banque mondiale autour des enjeux de l’emploi, de l’entrepreneuriat et du développement durable.


À Abidjan, désignée comme l’un des hubs majeurs de l’événement, une trentaine de jeunes entrepreneurs, innovateurs, étudiants, leaders associatifs et représentants du secteur privé ont participé à une journée d’échanges consacrée à l’accès à l’énergie, au capital humain et aux emplois du futur.


Dans son allocution d’ouverture, Nayé Anna Bathily, Manager Communication et Relations extérieures Afrique de l’Ouest et du Centre à la Banque mondiale, a réaffirmé la volonté de l’institution d’associer davantage les jeunes à la conception des programmes de développement.


« L’emploi des jeunes est une priorité absolue. Nous avons besoin de votre voix, de vos idées et de vos innovations. Vous n’êtes pas simplement les bénéficiaires de nos programmes ; vous êtes les acteurs du changement », a-t-elle déclaré devant les participants.


Elle a souligné que la Banque mondiale souhaite désormais renforcer son dialogue direct avec les jeunes afin de mieux adapter ses interventions aux réalités du terrain et aux attentes des nouvelles générations.

Pour la responsable régionale, l’innovation, l’entrepreneuriat et l’implication des jeunes constituent des leviers essentiels pour accélérer la transformation économique du continent.


Au cœur des discussions figurait la question centrale retenue pour l’étape ivoirienne du forum : « Comment les jeunes Africains peuvent-ils tirer parti de l’innovation pour contribuer à la création d’emplois ? »


Les échanges ont mis en évidence plusieurs obstacles persistants : inadéquation entre les formations et les besoins du marché, difficultés d’accès au financement, faible connexion entre la recherche académique et le secteur privé, ainsi que l’absence de mécanismes efficaces permettant aux innovations locales de changer d’échelle.


Face à ces défis, les participants ont formulé une série de recommandations destinées à alimenter les futures stratégies de la Banque mondiale et de ses partenaires.


Première recommandation majeure : investir davantage dans les infrastructures qui permettent à l’innovation de prospérer à grande échelle.


Pour les participants, le véritable enjeu n’est pas uniquement de financer davantage de startups ou de projets individuels, mais de bâtir des écosystèmes complets capables d’accompagner durablement la croissance des entreprises africaines.


Cela passe notamment par le développement d’infrastructures numériques, de plateformes de données, de systèmes de confiance, de mécanismes de financement adaptés, d’un meilleur accès à l’énergie ainsi que de structures d’accompagnement performantes. Selon eux, un environnement favorable à l’innovation créera davantage d’emplois durables que la multiplication d’initiatives ponctuelles et isolées.


 

Les participants ont également plaidé pour la création de mécanismes de validation et d’expérimentation permettant aux innovations africaines de franchir plus facilement le cap entre la phase pilote et le déploiement à grande échelle.


De nombreuses solutions développées localement démontrent déjà leur efficacité mais peinent à attirer les investissements nécessaires à leur croissance.


La mise en place de cadres réglementaires d’expérimentation, de laboratoires d’innovation publique et de programmes d’adoption institutionnelle permettrait de réduire les risques pour les investisseurs et d’accélérer l’émergence de champions africains capables de créer massivement des emplois.


L’une des préoccupations les plus partagées concerne l’inadéquation entre les compétences acquises dans les établissements d’enseignement supérieur et les besoins réels du marché du travail.


Les jeunes participants ont appelé à un renforcement de la collaboration entre les universités, les centres de recherche, les innovateurs et les entreprises afin d’adapter plus rapidement les programmes de formation aux métiers émergents.


L’objectif est de construire un véritable écosystème où les étudiants peuvent développer des compétences directement valorisables dans les secteurs porteurs tels que le numérique, l’énergie, l’agritech, l’intelligence artificielle, la logistique ou encore l’industrie verte.


Autre recommandation forte : réformer les mécanismes de financement destinés aux jeunes entrepreneurs. Selon plusieurs intervenants, les critères actuels favorisent souvent les entreprises déjà structurées et disposant de garanties importantes, au détriment des initiatives innovantes à fort potentiel de croissance.


Les participants recommandent que les critères d’éligibilité prennent davantage en compte la capacité de création de valeur, l’impact social attendu, la qualité de l’équipe fondatrice et les perspectives de passage à l’échelle.


« Il faut financer le potentiel autant que la maturité », ont-ils insisté.


Dans cette logique, les jeunes ont également proposé la création de micro-fonds de garantie simplifiés, accessibles sans les contraintes bancaires habituelles.


Une telle mesure permettrait, par exemple, à une jeune entrepreneure spécialisée dans la transformation agricole ou à un jeune porteur de projet dans la logistique urbaine d’obtenir les ressources nécessaires pour acquérir des équipements énergétiques, développer son activité et créer des emplois.


Les participants ont également défendu l’idée d’une « Clause Jeunesse » obligatoire dans les grands projets financés par les bailleurs de fonds internationaux.


 

Cette disposition prévoirait qu’une partie des ressources investies dans les infrastructures publiques, routes, ponts, réseaux électriques ou équipements structurants, soit systématiquement consacrée à la formation certifiante des jeunes vivant dans les zones concernées.


Pour les participants, l’objectif n’est pas uniquement de construire des infrastructures, mais également de former les compétences locales capables de les exploiter, de les entretenir et d’en tirer des opportunités économiques.


Enfin, les jeunes ont appelé à une transformation profonde des critères d’évaluation des programmes dédiés à l’emploi.


Selon eux, le principal indicateur de succès doit être le nombre d’emplois décents et durables effectivement générés. Ils recommandent que les programmes soient évalués non seulement sur le nombre de bénéficiaires formés ou accompagnés, mais surtout sur leur capacité à déboucher sur des emplois stables, des revenus durables et des entreprises viables.


« Les jeunes ont besoin de fiches de paie et d’opportunités économiques réelles, pas seulement d’attestations de participation », ont résumé plusieurs intervenants.


Au terme des échanges, les participants ont salué l’ouverture d’un dialogue direct avec les responsables du Groupe de la Banque mondiale et exprimé leur volonté de poursuivre cette dynamique au-delà du forum.


Les recommandations formulées à Abidjan rejoindront celles recueillies dans les autres pays participants afin d’alimenter les futures orientations de la Banque mondiale en matière d’emploi, d’énergie, de développement du capital humain et de soutien à l’innovation.


Au-delà des discussions, ce forum marque l’émergence d’une nouvelle approche du développement : une approche dans laquelle les jeunes ne sont plus seulement les bénéficiaires des politiques publiques, mais deviennent pleinement des co-constructeurs des solutions destinées à transformer l’Afrique de demain.




Wassimagnon



 
 
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