Côte d'Ivoire : Déguerpissement de Vridi-Plage, les sinistrés dénoncent une « manœuvre frauduleuse » et saisissent la justice
Le Comité de crise des déguerpis de Vridi-Plage est monté une nouvelle fois au créneau. Lors de sa deuxième conférence de presse, tenue après les opérations de démolition des 8 et 9 juin, ses responsables ont dénoncé ce qu'ils qualifient de « déguerpissement abusif » et de « manœuvre frauduleuse », tout en annonçant avoir saisi le procureur de la République afin que toute la lumière soit faite sur cette affaire.
Face aux journalistes, le porte-parole des populations déguerpies, Bandé Karamoko, a rappelé que le quartier de Vridi-Plage, autrefois connu sous le nom de Campement TP, est occupé depuis les années 1940 par d'anciens employés des Travaux publics. Selon lui, si les premiers occupants ont aujourd'hui disparu pour la plupart, leurs épouses, leurs enfants et leurs petits-enfants continuent d'y vivre depuis plusieurs générations.
Le comité explique que les tensions ont débuté en décembre dernier lorsqu'un homme identifié comme Ahobaut Vincent de Paul aurait transmis aux habitants, par voie électronique, la photocopie d'une grosse de décision de justice, affirmant qu'une partie du quartier lui appartenait.
Les habitants affirment avoir attendu qu'une notification officielle leur soit régulièrement signifiée. Entre-temps, un autre homme, Dogbo Augustin, se présentant comme chef de terre, leur aurait fait délivrer, le 7 avril 2026, des mises en demeure par voie de commissaire de justice.
Ces actes exigeaient la libération d'une superficie de 1 772 m² dans un délai de trois semaines, au motif que cette parcelle lui appartiendrait. Le comité indique que cette zone a ensuite été délimitée et marquée sur le terrain.
Contestant ces prétentions, les habitants assurent avoir fait signifier, le 21 mai 2026, une protestation officielle contre cette mise en demeure.
Selon les responsables du comité, la situation s'est brusquement aggravée après la diffusion, le 7 juin, d'une vidéo mettant en garde contre un éventuel déguerpissement.
Ils affirment avoir reçu, dans la foulée, plusieurs appels anonymes annonçant que les démolitions seraient menées « contre vents et marées ».
Le lendemain, 8 juin, la partie du quartier correspondant à la superficie mentionnée dans la mise en demeure aurait été détruite. Le 9 juin, les opérations se seraient étendues à l'ensemble du quartier, laissant, selon le comité, des milliers de personnes sans logement.
Le Comité de crise estime que cette opération constitue un abus de droit et dénonce « la ruse de personnes cupides sans foi ni loi ».
Ses responsables établissent également un parallèle avec le précédent déguerpissement de Koumassi Campement, estimant que les méthodes employées présentent des similitudes.
Ils affirment par ailleurs observer, depuis les démolitions, « un ballet de personnes aux allures douteuses » sur le site, ce qui, selon eux, renforcerait leurs interrogations sur les véritables motivations de l'opération.
Une plainte déposée auprès du procureur
Afin de défendre leurs droits, les populations déguerpies indiquent avoir saisi le procureur de la République par le biais d'une plainte.
Selon le comité, cette démarche a conduit le parquet à ordonner l'ouverture d'une enquête sur les circonstances du déguerpissement.
Les responsables disent placer leurs espoirs dans cette procédure judiciaire, espérant qu'elle permettra d'établir les responsabilités, de rétablir les populations dans leurs droits et, le cas échéant, de sanctionner les auteurs d'éventuelles irrégularités.
En clôture de cette deuxième conférence de presse, le Comité de crise des déguerpis de Vridi-Plage a appelé les médias à relayer largement son message afin d'attirer l'attention de l'opinion publique et des autorités sur la situation des familles touchées par les démolitions.
Les responsables réaffirment leur volonté de poursuivre leurs démarches exclusivement par les voies légales, dans l'attente des conclusions de l'enquête ouverte par la justice.
Wassimagnon
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