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Côte d'Ivoire : Depuis Dakar, la FGT-CI avec la FGTS-B, lancent l'ICAA pour réinventer le syndicalisme africain
 

Côte d'Ivoire : Depuis Dakar, la FGT-CI avec la FGTS-B, lancent l'ICAA pour réinventer le syndicalisme africain

 
 
 
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© Koaci.com - mardi 25 août 2026 - 12:49

Le SG de la FGT-CI, le ministre sénégalais, le responsable de la FGTS-B et le directeur de cabinet (Ph Koaci)



La Fédération générale des travailleurs de Côte d’Ivoire (FGT-CI) veut ouvrir une nouvelle page du syndicalisme africain. Réunis en point de presse ce mardi 25 août 2026 à Yopougon, les responsables de la centrale syndicale sont revenus sur leur déplacement au Sénégal et surtout sur l’accord conclu avec la Fédération générale des travailleurs du Sénégal (FGTS-B), présenté comme le premier acte concret d’une démarche visant à repenser l’action syndicale sur le continent.


Face aux journalistes, le secrétaire général de la FGT-CI, Evariste Koudou Zegbeuh, a expliqué que cette initiative ne se résume pas à un simple rapprochement entre deux organisations syndicales. Elle part, selon lui, d’un constat : le monde du travail a profondément changé et le syndicalisme doit, lui aussi, évoluer pour rester en phase avec les réalités des travailleurs.


« Le monde du travail aujourd’hui, sinon le monde syndical, traverse des mutations profondes », a-t-il relevé. Pour le responsable syndical, la montée de l’économie informelle, la précarisation de l’emploi, les transformations économiques et l’affaiblissement du dialogue social imposent aux organisations de travailleurs de revoir leurs méthodes et leur manière de défendre les intérêts de leurs adhérents.


C’est dans cette logique que la FGT-CI s’est rendue à Dakar, du 1er au 8 août 2026, à l’occasion d’une visite syndicale officielle. L’objectif était notamment de présenter aux partenaires sénégalais une vision du syndicalisme déjà défendue en Côte d’Ivoire, notamment lors des célébrations du 1er mai.


Cette vision repose sur quatre grands projets. Le premier est la création d’un Parlement syndical africain. L’idée défendue par la FGT-CI est de disposer d’un espace continental où les syndicalistes pourraient se réunir, débattre des grandes questions liées au monde du travail et participer à l’élaboration de propositions communes.


Le deuxième pilier concerne la création d’universités syndicales. Elles auraient pour vocation de devenir des centres de formation destinés aux responsables et cadres syndicaux, avec l’ambition de renforcer leurs compétences et de favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants mieux préparés aux mutations du travail.


Le troisième axe porte sur la mise en place d’observatoires nationaux du monde du travail. Ces structures devraient notamment assurer une veille juridique sur l’application du droit du travail dans les différents pays et permettre aux organisations syndicales de mieux suivre les évolutions de la législation et les réalités vécues dans les entreprises et les secteurs d’activité.


Le quatrième projet, présenté comme l’un des axes les plus novateurs, est la création d’une Banque des travailleurs. Si les modalités de cette future institution restent à préciser, la FGT-CI entend en faire un instrument au service des travailleurs et de leur développement économique.


 

À Dakar, ces propositions ont débouché sur un premier accord avec la FGTS-B. La Déclaration de Dakar, signée le 7 août 2026 par Evariste Koudou ZGEBGUEH pour la FGT-CI et Moussa Sissokho pour la FGTS-B, pose les bases de l’Intersyndicale des Centrales Autonomes d’Afrique (ICAA).


Le document présente cette future organisation comme un cadre unitaire, autonome et permanent de coordination entre centrales syndicales africaines non affiliées aux clivages politiques. Il prévoit également que la coopération engagée entre la Côte d’Ivoire et le Sénégal puisse progressivement s’élargir à d’autres centrales autonomes d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.


Au-delà de la coordination syndicale, les deux organisations veulent développer des actions communes. Il est notamment question de renforcer les capacités des responsables syndicaux, de mener des études comparées sur les textes encadrant le travail dans les deux pays et de mettre en place une veille juridique dans des secteurs jugés stratégiques, notamment l’énergie, le pétrole, l’agriculture, les mines et les collectivités territoriales.


La déclaration prévoit aussi la création d’un comité paritaire de suivi et d’un fonds d’appui mutuel. Ces mécanismes devraient permettre aux deux centrales de suivre leurs engagements, mais également d’anticiper ou de contribuer au règlement de certains conflits sociaux sectoriels.


La question de l’emploi occupe une place importante dans cette démarche. La FGT-CI et la FGTS-B entendent mener des actions communes contre la précarisation du travail, soutenir la formalisation progressive de l’économie informelle et défendre une position commune des travailleurs africains auprès des organisations sous-régionales, continentales et internationales, notamment la CEDEAO, l’UEMOA, l’Union africaine et l’Organisation internationale du Travail.


Pour Evariste Koudou Zegbeuh cette volonté de changement répond aussi à une crise de confiance qui touche le mouvement syndical. Il estime que les modèles syndicaux hérités de l’histoire coloniale ne correspondent plus suffisamment aux réalités des sociétés africaines. « Le contexte africain ne s’adapte pas à celui des Européens, à celui de l’Occident », a-t-il soutenu, appelant à construire une approche qui parte davantage des réalités propres aux travailleurs africains.


Le secrétaire général de la FGT-CI considère notamment que les difficultés liées à la démocratie, au fonctionnement administratif et aux réalités économiques des pays africains doivent être prises en compte dans la réflexion sur l’avenir du syndicalisme. L’objectif affiché est de parvenir à un mouvement syndical capable de mieux répondre aux préoccupations concrètes des travailleurs et de retrouver leur confiance.


Cette démarche a, selon lui, suscité un intérêt favorable au Sénégal. Evariste Koudou Zegbeuh a évoqué ses échanges avec des responsables sénégalais, dont le ministre du Travail, Lamine Diante, le président du Haut Conseil du Travail Social ainsi que des représentants du Conseil national des employeurs du Sénégal.


 

La signature de la Déclaration de Dakar marque ainsi, aux yeux de la FGT-CI, le passage d’une idée à une première étape institutionnelle. L’ICAA doit désormais être structurée. Les deux organisations ont prévu la mise en place d’un comité technique conjoint chargé de travailler sur les statuts et le règlement intérieur de la future organisation, avant la tenue de son congrès constitutif.


La coopération devrait également se poursuivre au-delà de la signature de l’accord. Des responsables syndicaux sénégalais sont attendus en Côte d’Ivoire dans les prochains mois, notamment pour poursuivre les travaux autour de cette initiative et poser les bases concrètes de la nouvelle organisation.


En lançant cette démarche, la FGT-CI entend donc dépasser le cadre d’une coopération bilatérale. Son ambition est de fédérer progressivement les centrales qui partagent la même conception d’un syndicalisme autonome, indépendant et davantage adapté aux réalités africaines.


À Yopougon, le message adressé aux autres organisations syndicales était clair : la centrale ivoirienne veut désormais élargir le débat et convaincre d’autres acteurs de rejoindre cette réflexion.


Pour Evariste Koudou Zegbeuh, la Déclaration de Dakar n’est pas un aboutissement, mais le point de départ d’un chantier appelé à s’étendre. La FGT-CI entend ainsi faire de cette initiative un mouvement plus large, avec l’espoir de donner au syndicalisme africain « une nouvelle vision » et, surtout, une capacité renouvelée à porter les préoccupations des travailleurs.




Jean Chresus, Abidjan


 
 
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