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Côte d'Ivoire : Depuis Abidjan, Sidi Touré interpelle l'Afrique : « L'ordre sans la liberté n'est pas la paix »
 

Côte d'Ivoire : Depuis Abidjan, Sidi Touré interpelle l'Afrique : « L'ordre sans la liberté n'est pas la paix »

 
 
 
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© Koaci.com - jeudi 03 septembre 2026 - 20:30


À l’initiative d’Audace institut Afrique, les premières « Rencontres africaines de la liberté » ont réuni, jeudi 3 septembre 2026, à Cocody-Riviera 4, plusieurs acteurs du débat public autour d’une question centrale : comment penser la liberté en Afrique à partir des réalités du continent ? À l’ouverture des travaux, le ministre ivoirien des Ressources animales et halieutiques, Sidi Tiémoko Touré, a défendu une vision de la liberté articulée à la responsabilité, au développement économique et à la participation citoyenne.


La liberté serait-elle une valeur importée en Afrique ou trouve-t-elle ses racines dans les pratiques et les traditions du continent ? C’est autour de cette interrogation que se sont ouvertes, jeudi 3 septembre 2026 à Abidjan, les « Rencontres africaines de la liberté », une initiative d’Audace institut Afrique, organisée en partenariat avec Atlas Network, la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté et le Centre de recherche et d’action pour la paix (Cerap).


Réunis à Cocody-Riviera 4, universitaires, responsables politiques, acteurs de la société civile et défenseurs des idées libérales ont engagé une réflexion sur les liens entre liberté, développement et réalités sociales africaines. L’objectif affiché : sortir des approches exclusivement idéologiques pour interroger la liberté à partir des expériences vécues par les sociétés du continent.


En ouvrant les travaux sur le thème « Pourquoi la liberté est un enjeu majeur pour l’Afrique du XXIᵉ siècle ? », Sidi Tiémoko Touré, ministre des Ressources animales et halieutiques et vice-président de l’Internationale libérale, a récusé l’idée selon laquelle la liberté serait une valeur étrangère aux sociétés africaines.


Pour lui, il suffit d’observer les pratiques sociales du continent pour constater que certaines valeurs associées à la liberté y sont profondément ancrées. Il a notamment cité les tontines, fondées, selon lui, sur la confiance, l’honneur, le dialogue et la consultation.


« La liberté n’est pas étrangère à l’Afrique. C’est surtout la confiscation de la liberté qui lui est étrangère », a-t-il soutenu, estimant que les générations actuelles ont la responsabilité de préserver l’héritage des indépendances politiques conquises par leurs devanciers.


Après les indépendances politiques, a-t-il expliqué, l’un des grands défis du continent consiste désormais à consolider la liberté économique. Un enjeu d’autant plus important que l’Afrique dispose d’un atout démographique considérable.


Avec un âge médian d’environ 19 ans sur le continent et une population ivoirienne majoritairement jeune, l’Afrique dispose, selon le ministre, d’une réserve exceptionnelle de talents, d’énergie et d’audace.


Cette jeunesse constitue, à ses yeux, l’un des principaux leviers permettant au continent de s’inscrire pleinement dans la dynamique mondiale. Encore faut-il lui permettre d’exprimer son potentiel.


« Une jeunesse à qui l’on ferme les portes n’est qu’une promesse », a-t-il déclaré, établissant un lien étroit entre libertés politique et économique.


Sidi Touré considère ainsi ces deux dimensions comme indissociables. « La liberté économique et la liberté politique ne sont pas deux sujets séparés. Ce sont les deux jambes d’un même corps », a-t-il expliqué, rappelant que les grandes phases de transformation économique observées en Europe, aux États-Unis puis en Asie ont été accompagnées par l’élargissement des libertés économiques.


À ses yeux, le XXIᵉ siècle pourrait être celui de l’Afrique, à condition que le continent avance simultanément sur les deux fronts : la liberté politique et la liberté économique.


 

Dans son intervention, le vice-président de l’Internationale libérale a également mis en garde contre les dérives autoritaires observées dans plusieurs pays africains. Il a notamment dénoncé les atteintes aux libertés et les transitions politiques qui tendent à se prolonger.


« L’ordre sans la liberté n’est pas la paix, c’est juste une pause avant l’orage », a-t-il lancé.


À l’inverse, il a cité la Côte d’Ivoire comme exemple d’une trajectoire économique qu’il associe à la liberté d’entreprendre et aux choix de gouvernance opérés sous Alassane Ouattara.


Selon lui, les performances économiques du pays ne doivent rien au hasard, mais résultent notamment d’un choix en faveur de la liberté économique comme moteur de la prospérité.


Pour Sidi Touré, la liberté ne saurait toutefois être confondue avec l’absence de règles ou le droit de tout faire. Elle implique nécessairement une contrepartie : la responsabilité.


« Être libéral, pour ce qui nous concerne, ce n’est pas réclamer le droit de faire n’importe quoi, c’est réclamer le droit de faire et d’accepter d’en répondre », a-t-il affirmé.


Il a également associé à la liberté et à la responsabilité une troisième valeur : la solidarité. Une manière, selon lui, de dépasser l’opposition souvent présentée entre initiative individuelle et entraide collective.


Le ministre a par ailleurs appelé à faire d’Abidjan une capitale africaine du débat sur la liberté, notamment en donnant une place centrale à la jeunesse.


Dans un appel direct aux jeunes Africains, Sidi Touré les a invités à ne pas attendre que la liberté leur soit accordée d’en haut.


Pour lui, celle-ci se construit dans les actes quotidiens : créer une entreprise, publier un article, défendre une idée, fonder une association, participer à un scrutin ou encore s’exprimer de manière responsable sur les réseaux sociaux.


« La liberté ne se décrète pas d’en haut, elle se construit d’en bas », a-t-il martelé. Il s’est dit convaincu que le XXIᵉ siècle sera africain, mais surtout qu’il devra être un siècle de liberté pour le continent.


 

Dépasser les caricatures du libéralisme


Pour Gisèle Dutheuil, directrice d’Audace institut Afrique et initiatrice des Rencontres africaines de la liberté, l’enjeu consiste précisément à sortir des représentations réductrices de la liberté.


Elle estime que celle-ci ne doit pas être enfermée dans des concepts idéologiques ou assimilée systématiquement à l’individualisme, à l’égoïsme ou à la loi du plus fort.


La responsable appelle ainsi à repenser la liberté à travers la diversité des libertés humaines et à ouvrir un débat dépassionné sur les modèles de société susceptibles de répondre aux réalités africaines.


Dans la même dynamique, Bénédicte Koffi, chargée de programmes à la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté, a présenté l’action de cette organisation qui défend depuis plus de six décennies les valeurs libérales à travers le monde et en Afrique.


Plusieurs panels ont ponctué cette journée de réflexion, offrant aux participants l’occasion de confronter leurs expériences et leurs analyses sur les rapports entre liberté, développement, gouvernance et société.


Une communication du professeur Pierre Garello, enseignant à l’Université d’Aix-Marseille en France, figurait également au programme.


À travers ces différentes interventions, les organisateurs entendent installer un espace durable de réflexion sur les libertés en Afrique et contribuer à renouveler le débat sur le développement du continent.


Au-delà des clivages idéologiques, les « Rencontres africaines de la liberté » posent ainsi une question de fond : comment faire de la liberté non seulement un principe politique, mais aussi un levier de responsabilité, d’innovation, de prospérité et d’émancipation pour les générations africaines actuelles et futures ?



Wassimagnon


 
 
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