Côte d'Ivoire: Port-Bouët, Vridi plage, après leur expulsion, les déguerpis dénoncent une nouvelle offensive foncière
Plusieurs mois après le déguerpissement d'environ 500 familles en juin 2026, le conflit foncier de Vridi Plage connaît un nouveau rebondissement. Le collectif des anciens habitants accuse des particuliers de poursuivre des travaux d'aménagement et des opérations de commercialisation sur les terrains contestés, malgré une procédure judiciaire en cours. Face à cette situation, les déguerpis réclament l'arrêt des travaux, une enquête indépendante ainsi que leur relogement ou une indemnisation équitable.
À Vridi Plage, l'expulsion des populations n'a manifestement pas clos le dossier foncier. Près de cinq mois après les opérations de déguerpissement menées les 8 et 9 juin 2026, la contestation demeure vive. Les anciens habitants dénoncent désormais la poursuite d'activités sur les terrains qu'ils occupaient depuis plusieurs décennies et mettent en cause la régularité des opérations engagées sur le site.
Lors d'une conférence de presse organisée le 8 novembre 2026, Abdoulaye BENDE Karamoko, porte-parole du collectif des déguerpis, a exprimé le mécontentement des familles concernées. Pour ces dernières, la poursuite des travaux, alors qu'une procédure judiciaire aurait été engagée, soulève de sérieuses interrogations sur le respect des droits des anciens occupants et la gestion de ce litige foncier.
Le collectif rappelle que plusieurs familles vivaient dans ce quartier depuis les années 1950. Parmi les anciens occupants figuraient notamment des personnes ayant travaillé pour les Travaux publics. Cette longue présence sur le site constitue, selon leurs représentants, un élément important dans la compréhension du préjudice subi lors des opérations de juin dernier.
En quelques heures, près de 500 familles auraient ainsi perdu leurs habitations et leur cadre de vie. Une situation que les victimes jugent d'autant plus préoccupante qu'elles estiment ne pas avoir bénéficié de réponses satisfaisantes à leurs préoccupations.
Le 19 juin 2026, les déguerpis affirment avoir saisi le procureur de la République afin de dénoncer les conditions de leur expulsion ainsi que les irrégularités présumées entourant le dossier foncier. Selon le collectif, une enquête aurait été ouverte et serait toujours en cours.
Mais cette procédure n'aurait pas empêché la reprise des activités sur les parcelles litigieuses. Les anciens habitants soutiennent que certains particuliers continueraient de proposer les terrains à la vente. Ils signalent également l'intervention d'engins lourds sur le site les 24 et 25 octobre derniers.
Ces opérations alimentent les inquiétudes du collectif, qui soupçonne une volonté de poursuivre l'aménagement et la commercialisation des espaces concernés avant même que le contentieux ne soit définitivement éclairci.
La tension est encore montée d'un cran avec la démolition de la mosquée du quartier, intervenue le 26 octobre. Selon les explications de Karamoko Bandit Abdoulaye, cet édifice religieux constituait le dernier bâtiment encore debout sur le site. Il servait également de refuge à certaines personnes vulnérables qui, depuis leur expulsion, n'auraient toujours pas trouvé de solution de relogement.
Pour les membres du collectif, cette succession d'événements pose la question de la sécurisation du site et du respect des procédures dans un contexte marqué par un différend foncier toujours pendant.
Face à cette situation, les déguerpis entendent désormais obtenir une intervention directe des pouvoirs publics. Ils sollicitent notamment le président de la République pour qu'il ordonne la suspension immédiate des travaux sur les terrains contestés, dans l'attente d'une clarification judiciaire et foncière.
Le collectif souhaite également la mise en place d'une enquête indépendante, avec l'implication du Conseil national des droits de l'homme et du ministère en charge de la Construction. L'objectif affiché est de faire la lumière sur les conditions du déguerpissement, les circonstances de la reprise des travaux et les responsabilités éventuelles des différents acteurs impliqués.
Au-delà de ces exigences, les anciens habitants réclament des mesures concrètes pour réparer le préjudice subi. Ils demandent soit leur réinstallation dans des conditions acceptables, soit une indemnisation équitable tenant compte des pertes occasionnées par leur expulsion.
Un dialogue avec les autorités est également souhaité afin d'aboutir à des solutions de relogement adaptées aux besoins des familles affectées.
Le collectif n'exclut pas de porter l'affaire devant les instances judiciaires internationales si ses revendications ne trouvent pas de réponse favorable au niveau national. Il envisage notamment de saisir la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples pour faire valoir les droits qu'il estime avoir été lésés.
Dans l'immédiat, ses responsables appellent les anciens habitants à garder leur calme et à privilégier les voies légales pour faire aboutir leurs revendications. Ils disent toutefois rester déterminés à obtenir des réponses sur les circonstances de leur expulsion et sur les opérations actuellement menées sur le site.
À Vridi Plage, le différend dépasse désormais la seule question de l'occupation des terrains. Il remet au centre du débat la protection des droits des populations affectées par les opérations de déguerpissement, les garanties entourant les procédures foncières et la responsabilité des autorités dans la recherche de solutions durables.
Pour les quelque 500 familles concernées, l'urgence reste entière : obtenir justice, retrouver un toit et faire reconnaître les préjudices subis.
Wassimagnon
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
