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Koacinaute: Campagne du synphot pour le sourire: Un sourire sincère ou mesquin ?
 
Il y a quelques jours, le Syndicat des Praticiens Hospitaliers du Togo, (SYNPHOT) a organisé une campagne dite de sourire dont le but, selon les organisateurs, était d’inciter à l’amélioration de la qualité de l’accueil et du service dans les centres de santé du pays en donnant le sourire. Même si l’initiative est à encourager, elle suscite plusieurs interrogations. Pourquoi c’est seulement maintenant qu’une telle opération de charme est menée à l’endroit des togolais ? 
 
Le sourire des hommes en blouse au Togo, connus pour être des commerçants plutôt que des soignants, suffira-t-il pour ramener à la vie des milliers de vies fauchées suite aux mauvaises pratiques hospitalières décriées depuis toujours? 

Le sourire du personnel soignant satisfera-t-il réellement le togolais quand on sait que médecins et infirmiers sont toujours enclins à mettre en avant leurs avantages et primes au détriment de la vie des patients ? 

Les partisans du SYNPHOT en souriant pendant une semaine, parviendront-ils à rétablir la confiance brisée entre eux et les malades traités moins que des « animaux » dans les centres de santé ? Le sourire d’une semaine va-t-il rassurer nos sœurs et nos mamans qui essuient régulièrement l’humiliation de ces femmes dites sages mais qui n’ont jamais rien fait pour prouver leur présumée sagesse? 
 
Autant de questions que les togolais se posent depuis que la clique de David DOSSEH a lancé la semaine de sourire. Une semaine de répit « généreusement » offerte par les médecins qui, dans leur propension à « animaliser » le togolais, en sont arrivés à avoir pitié des patients. 

En réalité, c’est quoi le problème ? Pourquoi décider du coup d’améliorer l’accueil dans nos hôpitaux que d’aucuns, en raison de la mauvaise qualité d’accueil et de service, qualifient de mouroirs? 

Pourquoi pendant longtemps, le SYNPHOT a fermé les yeux sur les dérives et les manquements de ses agents dans les structures sanitaires en refusant de prendre très tôt ses responsabilités face à leur négligence notoire qui contraste de manière flagrante avec leur zèle dans la cupidité et la déconfiture des installations sanitaires ? 

Les togolais ont simplement marre des campagnes d’intoxication et de diabolisation tournées dans les médias privés pour jeter le tort sur le gouvernement, en mettant en avant des images déplorables pour démontrer l’état de délabrement avancé des infrastructures sanitaires. Les nombreuses images qui ont circulé sur les réseaux sociaux permettent de se rendre compte d’une évidence : les infrastructures et équipements sanitaires existent, même s’ils sont en nombre limité, mais se retrouvent malheureusement dans un état délabré. Là surgit la question de savoir à qui incombe la responsabilité de la déconfiture des infrastructures sanitaires, à l’Etat qui a jugé nécessaire leur mise en place, ou au personnel soignant formé par l’Etat et affecté dans ces structures sanitaires pour administrer les soins aux populations ? 

La question renvoie tout à l’heure à cette mentalité « sous-développée » très présente chez les Africains en général et plus encore chez les togolais, qui consiste à envisager les choses de la façon la plus simpliste et la plus irresponsable, en mettant tout sur le dos de l’Etat, comme si l’Etat était un personnage gargantuesque muni d’une baguette magique, qui résout toutes sortes de problèmes. Cette conception de l’Etat, est primaire, trisomique, pernicieuse et aliénante d’autant qu’elle donne à croire comme si le citoyen, qui parle à l’aoriste, se trouve par enchantement en dehors de cet Etat.

C’est sans nul doute après avoir pris conscience de la vanité de cette manière de penser par ailleurs suicidaire, que nos amis du SYNPHOT ont choisi de sourire pendant une semaine, comme on le fait généralement quand on vient à se rendre compte de l’erreur dans laquelle on se trouvait, et qu’on se décide finalement à changer de cap. 
 
Point n’est besoin de rappeler que les médecins et infirmiers togolais sont aujourd’hui en bute à une population qui ne comprend pas qu’un personnel censé protéger la vie humaine, puisse pousser le cynisme à son comble à cause de l’argent. 

Dans les structures de santé, bien qu’il soit dit que le service est public, la réalité est toute autre. Si vous n’avez pas le fric, il vaut mieux préparer le cercueil de votre parent. Tout commence par l’argent et se résume à l’argent. Surtout avec cette jeune génération de médecins et infirmiers, il ne faut jamais avoir la malchance de se retrouver sur le lit d’un hôpital public. Si cela vous arrivait, priez surtout que le bon Dieu guide vers vous un samaritain le plus tôt possible. 
 
Ces faits sont vécus au quotidien par des milliers de familles qui n’ont pas d’autre solution que de recourir au service public pour ne pas rester sans combat face à la menace de mort. Il est donc naturel que la côte de popularité des médecins devant le public soit proche de zéro. 
 
Les décès par négligence, les décès par mauvais diagnostics, les interventions chirurgicales mal réalisées, les opérations qui se terminent par les amputations, les absences aux postes de garde auprès des patients la nuit qui finissent par rendre l’âme, les injures et autres formes de brimades sont des maux qu’on ne peut pas mettre sur le dos de l’Etat tout comme le refus de veiller à l’entretien des locaux et des installations. Et ceci, la population le sait et le vit tout le temps.

Ce n’est pas l’Etat qui leur vend des produits détournés dans les hôpitaux. Ce n’est pas l’Etat qui surcharge les ordonnances dans le but de récupérer le reste des produits. Ce n’est pas l’Etat qui organise les grèves sèches sans service minimum, ce n’est pas le gouvernement qui fait grève du zèle alors qu’il y a des gens qui sont dans l’urgence, ce n’est pas l’Etat qui arrête le travail alors qu’il y a des femmes en travail qui souffrent et qui attendent d’accoucher, ce n’est pas l’Etat qui ferme les morgues et empêche aux citoyens d’enterrer leurs parents décédés par défaut de soins….. 

Difficile d’évoquer tout ceci sans verser de larmes. C’est de la pure cruauté qui se joue là-bas, dans les centres de santé au Togo, avec malheureusement en jeu, la vie d’honnêtes citoyens.

Alors, quand le SYNPHOT vient nous parler de sourire, cela laisse tout naturellement le citoyen lambda que je suis, que chacun de nous est, très perplexe, et le plonge dans le paradoxe. Ce sourire peut se révéler sarcastique surtout quand il provient d’un personnel réputé insensible à la douleur des autres, un personnel qui a souvent passé le temps à rire au moment où ses patients pleurent de douleurs. Il y a lieu de savoir où sourire et quand pour ne pas essuyer des revers.

A moins d’avoir reçu la révélation d’un prophète comme aux temps bibliques, le revirement du SYNPHOT frise la plaisanterie si ce n’est une prescription de ses parrains dans l’espoir d’une thérapie de choc, pour reprendre leur propre expression. 
 
Nos hôpitaux sont malades et au sein de l’opinion collective, les médecins et infirmiers ne sont pas étrangers à cet état de fait. 

Avant d’aller encore demander quoi que ce soit à Monsieur Etat, il va falloir faire un grand travail au niveau du personnel soignant et l’amener à prendre conscience pour changer ses habitudes en bien. 

Et quand nous disons changer les habitudes en bien, ce n’est pas seulement aller sourire aux malades même s’il va falloir sourire jusqu’aux oreilles. 
 
Dire une fois en passant qu’on offre le sourire aux patients ne suffira certainement pas pour que les usagers du service public acceptent ce sourire et le rendent en retour. 
 
Les populations togolaises attendent du SYNPHOT et de ses agents une sérieuse métamorphose dans leur comportement au quotidien. 
 
Le sourire sera perçu par le patient comme une moquerie si le médecin ne s’engage pas à redonner un sens au serment d’Hippocrate qu’il a prononcé avant sa prise de fonction.

Après le sourire, le personnel soignant devra s’engager à ne plus extorquer les sous ni aux patients ni à leurs accompagnateurs. A quoi sert le salaire que l’Etat lui verse à la fin du mois si à chaque injection faite, le patient devrait payer à l’infirmier ? Il faut que ça cesse.

Après le sourire, le SYNPHOT doit instruire ses éléments à ne plus dévier les patients vers les cliniques privées où ils sont des actionnaires. Non ça suffit ! Laissez le libre choix aux patients d’aller se faire soigner là où ils le désirent et ceci en fonction de leur bourse. Arrêtez d’exercer des pressions sur les patients en disant qu’ils seront mieux suivis s’ils viennent vous voir dans votre clinique à la maison. Et ceux qui ne pourront pas s’acheter le ticket de consultation dans votre clinique, que deviendront-ils ? 

Pendant qu’on y est et comme le SYNPHOT a décidé d’en parler, ne faisons point économie des maux de nos hôpitaux.

Le SYNPHOT devra ainsi après le sourire, rassurer les togolais et s’engager à ne plus protéger les réseaux de voleurs de matériels dans les CHU. Nous avons encore en mémoire la grève que ce syndicat a lancée pour faire obstruction à une enquête de la gendarmerie lorsqu’il a été constaté la disparition du matériel au CHU Sylvanus Olympio. C’est impardonnable. C’est tout simplement du non sens venant des intellectuels que les médecins prétendent être.

Le SYNPHOT s’engagera à rappeler à l’ordre les infirmiers, les agents d’hygiène qui ne font pas correctement leur travail, ceux qui transforment leur salle de consultation en un lieu de frivolité où les accompagnatrices monnaient leur chaire contre leurs faveurs. Assez, à ceux qui quittent leur poste de garde la nuit pour aller satisfaire leur libido hypothéquant des vies à l’hôpital. Assez, à ceux qui préfèrent caresser leur smartphone alors qu’il y a des fils en attente. 

Le SYNPHOT devra s’engager à rappeler à ses membres l’importance de l’hygiène dans les structures sanitaires. Car en voulant salir le gouvernement à travers la publication de clichés montrant des douches et autres robinets cassés, le syndicat du personnel hospitalier s’est lui-même exposé à la face du monde. Dans tous les centres de santé, il y a toujours des agents d’entretien. Dans les centres de santé au Togo, il existe bel et bien ce corps d’agents d’entretien mais par défaut d’auto-organisation et en raison de l’anarchie et du laisser-aller qui y prévalent, ceux-ci préfèrent faire du commerce, vendre des papiers mouchoirs, des pommades, des seringues et autres choses dans les couloirs aux malades au lieu de faire leur travail. Qu’on n’aille pas dire que c’est Monsieur Etat qui doit venir mettre de l’ordre dans un centre hospitalier disposant de médecins qualifiés avec tous le personnel requis à leur disposition. Il faut quand même un peu de hauteur, de patriotisme et de responsabilité pour ne pas paraître ridicules devant des pairs qu’on est bien souvent appelés à accueillir chez nous pour des séances de travail d’intérêt commun ! 
 
Par cette occasion, nous attendons de voir le SYNPHOT qui a tant dénoncé l’insalubrité sur les lieux de santé, prendre la résolution d’enclencher des actions citoyennes comme celles initiées par le gouvernement depuis 2013 pour maintenir notre chère patrie en état de propreté permanente. 

En dehors du sourire, nous attendons de voir naître ce sentiment de citoyenneté chez les agents du SYNPHOT qui peuvent montrer le bon exemple en commençant par participer aux journées Togo propre. Prendre la résolution de nettoyer les hôpitaux chaque premier samedi du mois serait un pas décisif pour que les togolais acceptent le sourire des médecins.


PS : La direction de KOACI rappelle qu'un "koacinaute" n'est pas un journaliste de la rédaction de KOACI mais un contributeur inscrit ayant la possibilité de poster sur le site en vue d'une diffusion et ce dans une dynamique de libre expression plurielle.

 
 
4683 Visit(s)    0 Comment(s)   Add : 01/03/2016
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