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Koacinaute Togo : Comment peuvent-ils ne pas être des révoltés ?
 
Koacinaute le 24 juin 2013 - Il y a une dizaine de jours, j’ai suivi, avec une très grande attention, l’enterrement d’Etienne Yakanou, militant de l’opposition mort en prison suite à son incarcération dans la sombre histoire d’incendies des marchés de Lomé et de Kara. J’ai lu, avec tous les commentaires, les différents articles consacrés à l’affaire sur les grands sites web togolais. J’ai lu des messages d’indignation – souvent empreints de tentatives de l’inévitable récupération politique de nos opposants, des messages de compassion sincères, mais aussi des messages d’une cruauté frôlant le cynisme, comme celui du sieur portant le pseudonyme Gaspard sur le site www.icilome.com « Yakanou ou plutôt yakamèto – idiot en langue éwé ou mina - n'a qu'à aller au diable. Un pyromane mort c'est comme un chien… »

En fait, ce que j’ai recherché, au-delà de ces articles et des commentaires passionnés des internautes d’un camp ou de l’autre, c’est un message des autorités togolaises sur l’affaire. J’ai voulu savoir comment ils se sont exprimés, ce qu’ils ont dit, qui ils ont accusé, ce qu’ils ont promis de faire concernant cette mort – comme le Premier ministre qui a promis des enquêtes lors de l’assassinat du jeune Anselme Sinandaré. Parce que, quoi qu’on dise, les autorités togolaises sont responsables de la mort de ce monsieur, puisqu’il est mort en prison – et la prison n’est pas un lieu destiné à tuer les citoyens – et surtout aucune preuve ne l’a encore lié aux crimes dont on l’a accusé. Il est donc mort, innocent, au nom de la présomption d’innocence. Mais je n’ai vu aucune déclaration officielle des autorités togolaises sur l’affaire.

J’ai regardé les vidéos et les photos. J’ai vu la femme du défunt en larmes, ses amis, les membres de sa famille… J’ai surtout pensé à ses trois enfants, devenus éternellement orphelins de père. Et un père qu’on perd – tous les orphelins peuvent témoigner – est un bout de larme qu’on traîne dans les yeux toute la vie. J’ai pensé à comment, après les mobilisations des quelques jours qui suivent les enterrements, ces trois enfants se retrouveront seuls, une solitude qui les suivra, comme un compagnon fidèle, toute leur vie. Et j’ai imaginé, deviné ce qu’ils deviendront dans une dizaine d’années, quand ils seront assez grands, débarrassés de l’innocence de l’enfance, et leur cœur assez fort pour couver la haine : d’irréductibles révoltés détestant jusqu’au plus profond de leur cœur les assassins de leur père.

Le pouvoir togolais s’étonne, s’emporte, chaque fois qu’il remarque que les rangs de ses contestataires s’agrandissent au jour le jour, et il crie à une manipulation de l’opposition togolaise, ignorant que tous ceux qui le combattent ne sont pas des politiciens, ni même des sympathisants d’un quelconque parti politique, mais juste des révoltés forçant leur rendez-vous avec ce pays qui est le leur, le Togo. C’est vraiment insensé que chaque fois que la voix d’un Togolais brimé et piétiné s’élève pour crier sa révolte, Faure Gnassingbé et sa bande de tueurs, abrutis par la politique, aidés de leur canaille bidassière, le considèrent comme un opposant, et cherchent à le neutraliser.

Demain, les enfants d’Etienne Yakanou, injustement tué en prison, se mettront dans les rues et utiliseront tous les moyens à leur disposition pour crier leur haine vis-à-vis de ceux-là qui ont tué leur père. Ils n’ont besoin d’aucun parti politique d’opposition, ni d’aucun leader de l’opposition pour le faire. Un enfant qui exprime sa haine contre l’assassin de son père ne fait pas de la politique : il exprime son humanité. Un jeune chômeur, fatigué de sa misérable vie, qui s’oppose au régime responsable de son pétrin ne fait pas de la politique : il revendique sa fierté bafouée, son avenir hypothéqué. Un exilé, ayant fui son pays parce que n’ y trouvant aucune issue, qui se retrouve dans des conditions difficiles dans son pays d’accueil, et qui fait de la dictature qui l’a de chez lui renvoyé son ennemi n’est pas un politicien : il pleure, réclame sa patrie.

C’est inimaginable qu’un régime puisse ainsi, devant les yeux de toute la Terre, se fabriquer des ennemis par milliers chaque jour, et s’étonner qu’il n’est pas aimé. On nous parle d’un Togo Search Togo divisé entre le parti au pouvoir et l’opposition. Je vois, moi, un Togo Search Togo divisé entre ceux qui oppriment et ceux qui sont opprimés et qui n’ont pas besoin d’être des politiciens pour se révolter. Car notre révolte Search révolte contre ce régime ne naît ni d’aucun parti politique de l’opposition togolaise, ni d’aucun leader de l’opposition, ni d’aucun collectif de politiciens calculateurs et louches… notre révolte Search révolte nous vient du cœur. Nos cœurs meurtris par trop de frustrations et de rancœur.
Comment les enfants d’Etienne Yakanou pourront-ils ne pas détester, demain, les gendarmes, les militaires, les policiers togolais, tout ce groupe macabre de croque-morts qui se sont associés pour martyriser leur père en prison ? Comment pourront-ils ne pas détester, demain, tous ceux qui ont collaboré ou collaborent avec le régime qui a tué leur père ? Comment pourront-ils ne pas devenir des opposants, même sans être des politiciens ?

David Kpelly pour Koaci.com
 
 
9039 Visit(s)    0 Comment(s)   Add : 24/06/2013
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