Cameroun : La gérontocratie à bout de souffle, le PAN absent de sa propre cérémonie
Cavaye Yeguié Djibril, 85 ans PAN (Ph)
Le 9 janvier 2026 restera dans les annales de la vie parlementaire camerounaise comme une date symbolique. Ce jour-là, au Palais des Verres de Yaoundé, s'est déroulée une cérémonie de vœux pour la nouvelle année dont le principal intéressé, Cavaye Yeguie Djibril, président de l'Assemblée nationale âgé de 85 ans, était absent. Il n'a pas assisté à la réception organisée en son honneur pour recevoir les félicitations de ses collaborateurs et des députés. À sa place, c'est son premier vice-président, Hilarion Etong, qui a endossé le rôle de « représentant personnel » du titulaire.
L'Assemblée nationale du Cameroun est dirigée par un homme qui, tant physiquement que politiquement, ne semble plus en mesure d'assumer pleinement les obligations de sa charge.
Double absence révélatrice
L'absence du président de l'Assemblée nationale lors de la cérémonie du 9 janvier prend une dimension encore plus significative lorsqu'on la replace dans son contexte immédiat. Cavaye Yeguie Djibril avait déjà brillé par son absence lors de la présentation des vœux du nouvel an au chef de l'État. Cette double défection n'est pas anodine : elle montre un dirigeant parlementaire qui ne peut ni honorer les obligations protocolaires envers le président de la République, ni assumer les cérémonies organisées au sein de sa propre institution.
Comment interpréter cette situation ? La sagesse populaire camerounaise affirme qu'« on ne rase pas la tête d'un homme en son absence ». Pourtant, c'est précisément ce qui s'est produit : une liturgie républicaine s'est déroulée sans son protagoniste central, vidant la cérémonie de sa substance. Le faste de l'organisation contrastait violemment avec le siège demeuré vide, créant un malaise palpable parmi les participants.
Aucune explication officielle n'a été fournie par le secrétariat général de l'Assemblée nationale pour justifier cette absence. S'agissait-il d'un empêchement de santé ? D'une incapacité physique à assumer les obligations de la charge ? Le silence institutionnel alimente les interrogations et nourrit le sentiment d'un pouvoir parlementaire qui fonctionne en dehors de tout principe de transparence.
Cavaye Yeguie Djibril, symbole d'une gérontocratie à bout de souffle
Depuis 1992, soit plus de trois décennies, Cavaye Yeguie Djibril occupe le perchoir de l'Assemblée nationale. Cette longévité fait de lui l'un des présidents de Parlement les plus anciens au monde. Mais cette pérennité soulève aujourd'hui une question : peut-on encore parler de service à la République lorsque le titulaire de la troisième fonction de l'État devient invisible, silencieux, ou physiquement incapable d'assumer ses responsabilités ?
La présidence de l'Assemblée nationale camerounaise fonctionne désormais selon un modèle de délégation permanente. Le premier vice-président Hilarion Etong apparaît de plus en plus comme l'homme qui exerce le pouvoir réel, tandis que Cavaye Yeguie Djibril conserve le titre sans la substance.
L’institution est censée incarner la voix du peuple camerounais. Comment cette représentation peut-elle être effective quand le président du Parlement ne peut plus se présenter devant les députés, ne peut plus présider les débats, ne peut plus assurer la visibilité nécessaire à sa fonction ? Les citoyens ont le droit de voir et d'entendre ceux qui les représentent.
En maintenant sa position malgré les évidentes difficultés à exercer ses fonctions, le président de l'Assemblée nationale bloque l'émergence de nouvelles générations de dirigeants parlementaires.
Le cas de Cavaye Yeguie Djibril n'est pas isolé dans le paysage politique camerounais, mais il est particulièrement emblématique au niveau parlementaire. L'Assemblée nationale, censée être le lieu du débat démocratique et du renouvellement des idées, est devenue le symbole d'une gérontocratie figée.
À 85 ans, le président de l'Assemblée nationale est confronté aux réalités biologiques de l'âge avancé. La question n'est pas de stigmatiser la vieillesse, mais de s'interroger sur l'adéquation entre les capacités physiques nécessaires pour exercer une fonction aussi exigeante et la réalité du titulaire. Présider le Parlement implique de longues séances, des déplacements, une présence constante, une capacité d'écoute et de réaction immédiate.
Pourquoi un homme de 85 ans, visiblement diminué dans sa capacité à exercer ses fonctions, continue-t-il à occuper le perchoir ? Un Parlement dirigé par un président absent ou diminué est un Parlement affaibli.
L'absence répétée du président de l'Assemblée nationale à ses propres cérémonies n'est pas qu'une anecdote : elle révèle un dysfonctionnement profond de l'institution parlementaire et de la gouvernance au Cameroun pays dont le Chef de l’Etat a 92 ans et 43 au pouvoir.
Chaque absence, chaque délégation, chaque manifestation de faiblesse du président de l'Assemblée érode la crédibilité de l'institution parlementaire auprès des citoyens. Les Camerounais observent, commentent sur les réseaux sociaux, s'interrogent et perdent confiance. Un observateur a d'ailleurs comparé la situation à « une absence à sa propre cérémonie de mariage ».
Les institutions doivent être au service du peuple et de l'avenir du pays, pas au service de la préservation du pouvoir d'une élite vieillissante.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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