Côte d'Ivoire : Crise du cacao, l'ANAPROCI accuse le Conseil du Café-Cacao d'inaction face à la détresse des producteurs
Kanga Koffi
La tension monte au sein de la filière cacao ivoirienne. Le président du Conseil d’administration de l’Association nationale des producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire (ANAPROCI), Kanga Koffi, est sorti de sa réserve pour exprimer l’exaspération des producteurs face à une crise qu’il juge mal appréciée par la direction du Conseil du Café-Cacao (CCC).
Cette réaction intervient après la conférence de presse tenue le mercredi 14 janvier 2026 par le directeur général du CCC, Koné Brahima Yves, au cours de laquelle celui-ci a rejeté toute idée de blocage dans la commercialisation du cacao. Une position que l’ANAPROCI considère comme éloignée de la réalité quotidienne des acteurs de terrain.
Pour Kanga Koffi, la filière traverse depuis novembre 2025 une période particulièrement critique, marquée par des dysfonctionnements persistants qui affectent toute la chaîne de commercialisation. De nombreuses sociétés coopératives, explique-t-il, peinent à obtenir les connaissements nécessaires à l’exportation, provoquant l’accumulation de milliers de tonnes de fèves dans les magasins et dans des camions immobilisés pendant plusieurs semaines. Cette situation entraîne une dégradation progressive de la qualité du cacao et plonge producteurs, transporteurs et coopératives dans une grande précarité financière.
L’un des effets les plus préoccupants de cette crise reste le non-paiement de nombreux producteurs pour des livraisons effectuées depuis plusieurs mois. Dans plusieurs zones de production, des stocks importants de cacao restent bloqués dans les villages et campements, tandis que le prix bord champ, officiellement fixé à 2 800 FCFA le kilogramme, est en net recul sur le terrain, oscillant désormais entre 2 000 et 2 300 FCFA.
Selon le président de l’ANAPROCI, ces difficultés sont largement documentées et facilement observables dans les régions productrices. Il déplore un sentiment d’abandon croissant chez les producteurs, qui ne comprennent pas le décalage entre les déclarations officielles et leur vécu quotidien.
Kanga Koffi s’est également montré surpris par les propos du directeur général du CCC affirmant qu’aucun camion ne pouvait accéder aux ports sans connaissement valide. Il affirme que, le même jour, plusieurs centaines de camions ont effectivement déchargé au port de San Pedro, dont une partie appartenait à des circuits réguliers et non frauduleux, contrairement à certaines insinuations.
Sur le fond, l’ANAPROCI estime que la crise trouve son origine dans la défaillance de certains opérateurs titulaires de contrats d’achat, le manque de redistribution de ces contrats et les retards jugés injustifiés dans la délivrance des documents d’exportation, qui paralysent l’ensemble du système.
Face à cette situation, l’organisation des producteurs, agissant au sein de la plateforme SYNAPCI-ANAPROCI, entend saisir les plus hautes autorités du pays afin d’obtenir des solutions rapides et durables. Tout en affirmant sa confiance dans l’attention que le Président de la République accorde à la filière café-cacao, Kanga Koffi appelle à des décisions fortes pour sortir de l’impasse.
Il plaide notamment pour une réorganisation de la gouvernance du Conseil du Café-Cacao, incluant la nomination d’un nouveau manager et la mise en place d’un comité opérationnel de gestion de crise associant producteurs, structures de gestion et ministères techniques. Pour l’ANAPROCI, seule une réponse urgente, concertée et pragmatique permettra de restaurer la confiance et de soulager les milliers de producteurs aujourd’hui confrontés à une incertitude grandissante.
Jean Chresus, Abidjan
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