Côte d'Ivoire : Filière cacao, derrière le blocage de la commercialisation, se cache un bras de fer autour d'Yves Brahima Koné, des acteurs font des confidences
Yves Brahima Koné
Alors que la campagne principale de commercialisation du cacao 2025-2026 connaît un ralentissement inhabituel, le gouvernement ivoirien a décidé de prendre des mesures fortes afin de protéger les producteurs et d’assurer l’enlèvement de la récolte. Mais derrière cette situation conjoncturelle se dessinerait, selon plusieurs sources de la filière, une bataille d’intérêts dont la cible principale serait le directeur général du Conseil du café-cacao (CCC), Yves Brahima Koné.
Face aux difficultés observées sur le terrain, le gouvernement a annoncé une série de mesures destinées à relancer la commercialisation. Lors d’une conférence de presse animée le mardi 20 janvier 2026, au Plateau, l’ex-ministre d’État, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Kobenan Kouassi Adjoumani, a détaillé la stratégie retenue.
« Le gouvernement a arrêté trois mesures majeures pour faciliter l’enlèvement de la totalité de la production du cacao », a-t-il indiqué. Il s’agit notamment de l’inventaire exhaustif des stocks de cacao invendus dans les zones de production, de la mise en place d’un dispositif spécial d’achat de ces stocks au prix garanti de 2 800 FCFA le kilogramme, ainsi que de l’organisation de séances d’information et de sensibilisation à l’endroit de l’ensemble des acteurs de la filière.
Selon les chiffres communiqués, ce plan d’achat porte sur 123 000 tonnes, pour un coût global estimé à 280 milliards de FCFA.
Alors même que ces mesures commencent à être appliquées, des voix s’élèvent dans la filière café-cacao pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une instrumentalisation de la crise. Des sources proches du secteur pointent du doigt certaines multinationales, accusées de tirer profit de la situation et d’alimenter une campagne de déstabilisation visant directement le DG du CCC.
« Cette crise n’est pas spécifique à la Côte d’Ivoire », soutient une source bien introduite dans le milieu. « Au Ghana, deuxième producteur mondial de cacao, des milliers de planteurs restent impayés depuis novembre 2025. Pourtant, on donne l’impression, à travers une communication savamment orchestrée, que la situation est plus grave en Côte d’Ivoire. »
Le prix du cacao au cœur des tensions
Selon plusieurs acteurs interrogés, le principal tort reproché à Yves Brahima Koné serait sa volonté affichée de privilégier les sociétés nationales dans l’achat du cacao, conformément à la vision du président de la République, Alassane Ouattara, qui prône la promotion de champions nationaux.
« Lors de la campagne précédente, on critiquait le niveau du prix du cacao. Cette année, le DG du CCC s’est battu pour obtenir un prix record afin de mieux rémunérer les producteurs », confie la même source. « Pour lui, il est fondamental que les planteurs bénéficient réellement de la hausse des cours. »
Un président de coopérative basé à Bonon va plus loin : « En début de campagne, certaines multinationales ont volontairement boudé le marché, espérant une baisse des prix afin d’acheter le cacao à vil prix. Cette stratégie a été fermement rejetée par le DG du CCC. Depuis, tout est mis en œuvre pour l’écarter.»
Autre point de friction : la maîtrise des prévisions de récolte. Pour certains responsables de coopératives, cette mission devrait relever exclusivement du Conseil du café-cacao.
« C’est en Côte d’Ivoire seulement que tout le monde fait des prévisions de récolte, y compris des acteurs privés et des multinationales. Ce n’est pas normal. Cela influence négativement les cours internationaux et contribue à la chute des prix », dénonce un acteur de la filière.
Un technocrate au cœur des réformes
Ingénieur agronome, diplômé du Centre d’études financières, économiques et bancaires (CEFEB) de l’Agence française de développement (AFD) à Paris, Yves Brahima Koné a consacré une grande partie de sa carrière à la Caisse de stabilisation et de soutien des prix des produits agricoles (Caistab), structure ancêtre du CCC.
Nommé directeur général du Conseil du café-cacao en août 2017, il a engagé d’importantes réformes alignées sur le programme du chef de l’État. Celles-ci portent notamment sur le renforcement de la bonne gouvernance et de la transparence, le développement d’une économie cacaoyère durable, l’amélioration de la productivité, la lutte contre les pires formes de travail des enfants et la sécurisation du revenu des producteurs à travers un prix minimum garanti.
À cela s’ajoutent des efforts visant à moderniser la commercialisation, tant sur le marché intérieur qu’à l’international, et à consolider une interprofession forte, adossée à des organisations de producteurs crédibles.
Un bras de fer aux enjeux stratégiques
Au-delà du ralentissement actuel de la commercialisation, l’affaire révèle un bras de fer plus profond autour du contrôle de la filière cacao, secteur stratégique pour l’économie ivoirienne. Entre défense des intérêts nationaux, pression des multinationales et protection du revenu des producteurs, l’avenir du CCC et de son directeur général apparaît plus que jamais au cœur des enjeux.
Wassimagnon
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